Cannes, jour 7 : Une vie cachée & Frankie

Une vie cachée – 3.5/5

Franz est un objecteur de conscience, ce qui n’est pas conseillé quand on est Autrichien en 1940. Lorsqu’il est appelé à servir sous les oripeaux du IIIème Reich, quitte à laisser de côté sa vie paisible, et sa famille avec elle, il préfère devenir prisonnier politique que d’aller tuer des innocents.

Reprocher à Terrence Malick sa caméra virevoltante et ses grands angles serait lui intenter un procès injuste. Ce procédé, il le maîtrise à la perfection, bien que malheureusement, il n’ait plus rien de surprenant. Nous ne boudons tout de même pas notre plaisir à être immergé dans un village en plein campagne autrichienne, qui prouve qu’au-delà d’être un cinéaste américain, la grande force de Malick est de trouver dans n’importe quel environnement une inébranlable foi universaliste.

Ainsi, « Il y a plus de chaînes que de chien fous », explique un des personnages au protagoniste. Lorsqu’il souligne en début et en fin de film que nous sommes face à une histoire vraie, le cinéaste veut sûrement moins nous dresser Franz en grand héros, qu’à souligner que le véritable héroïsme est souvent oublié, inconnu. La cause du héros ne sera pas entendu, n’est qu’une pierre dans l’eau boueuse de la guerre. Étonnamment, cette fameuse guerre n’est jamais montrée à l’écran ; tout juste apercevons-nous des drapeaux nazis lors d’une scène procès. Malick n’accorde ainsi aucune importance à des éléments violents ; la brutalité que subit notre héros est psychologique avant d’être physique. Il accepte son destin avec une telle facilité, que c’en est presque incompréhensible sans avoir l’état d’esprit du réalisateur.

L’humilité est revendiquée, en particulier dans la belle relation entre Franz et sa femme – ou plutôt, entre sa femme et lui. Une fois de plus, nous avons été moins touchés que pour certaines de ses oeuvres précédentes. Mais peu importe : Terrence Malick a toujours foi en l’homme, et arrive à faire ressortir la beauté de la vie dans les moments les plus tristes. Ainsi, nous reviendrons sûrement à cette Vie cachée avec un état esprit plus calme que celui, frénétique, du Festival de Cannes.

Frankie – 3/5

« Une actrice qui se sait atteinte d’un cancer incurable réunit ses proches pour des vacances au Portugal ». Le synopsis n’annonce rien de réjouissant, et pourtant ! Frankie est loin d’être un film morbide ou mélodramatique. Sans être non plus une comédie, le long-métrage d’Ira Sachs adopte un ton doux-amer pour non pas raconter la mort d’une actrice, mais montrer que la vie continue autour d’elle. La protagoniste, incarnée par Isabelle Huppert, est ainsi presque effacée de son propre film : ce qui intéresse vraiment le cinéaste américain, c’est la vie de tout ceux qui l’entourent, de ses amis à ses enfants.

Le portrait qui nous est fait de ces derniers est l’occasion de dialogues ciselés, très « Woody Allen » dans l’âme. D’ailleurs, tout le film a un aspect très new-yorkais, alors même qu’il se déroule au Portugal. Il possède l’état d’esprit du cinéma indépendant de la côte est, dont le symbole actuel est sûrement Noah Baumbach, qui est directement cité au détour d’une conversation. Malheureusement, l’esthétique qui convient bien à la big apple anesthésie un peu ici l’émotion qui pourrait ressortir du récit.

Pour se consoler, ou plutôt pour verser quelques larmes, on réécoutera le discours déchirant d’Alain Delon lors de la remise de sa Palme : « J’ai duré 62 ans. Maintenant, je sais que ce qui est difficile, c’est de partir. Parce que je vais partir. Je ne partirai pas sans vous le dire et sans vous remercier. » Des paroles qui, étonnamment, résonnent avec le film d’Ira Sachs …

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Nicolas Santal

Cet article a été rédigé par Nicolas Santal, rédacteur de Critique-film.fr