Cachez ce Saint-Denis que je ne saurais voir

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C-Visuels CMJN

Les 16èmes Journées Cinématographiques Dyonisiennes ont débuté ce mardi 2 février avec la projection de trois courts-métrages dont Zéro de Conduite de Jean Vigo en présence de sa fille Luce Vigo, mémoire vivante de ce nom majeur du cinéma (disparu alors qu’elle n’avait que trois ans) et cinéphile passionnée, un passeur du cinéma, notamment grâce à ses écrits et à son implication dans le Prix Jean-Vigo qui soutient le jeune cinéma novateur et personnel. Elle a évoqué les mésaventures de son père avec la censure mais aussi les producteurs peu respectueux (pour le moins) de son œuvre, supprimant par exemple la musique composée par Maurice Jaubert pour L’Atalante et ajoutant une chanson sans son accord. Disparu trop jeune, il n’a même pas vraiment vu son film achevé. Zéro de conduite est un bras d’honneur levé en face des institutions, un film d’une audace stylistique et politique inédite pour l’époque, et d’une réjouissante drôlerie.

Moïra Chappedelaine-Vautier (fille de René Vautier), Luce Vigo (fille de Jean Vigo) et Olivier Pierre (photo : Carmen Leroi)
Moïra Chappedelaine-Vautier (fille de René Vautier), Luce Vigo (fille de Jean Vigo) et Olivier Pierre (photo : Carmen Leroi)

Il reste encore quatre journées intenses de projections et débats, à commencer par ce samedi 6 février qui mêle engagements politiques (grèves ; dénonciation du colonialisme via l’hommage appuyé à René Vautier, décédé peu avant l’édition 2015 ; chasse aux sorcières dans l’Amérique maccarthyste des 50ies) et regard sur les censures du cinéma érotique et pornographique. Et oui, c’est le premier samedi du mois, St Denis, fidèle à la renommée de son nom, a pensé aux pipes (pardon, je ne suis pas fier). Avant d’arriver à cette soirée et cette nuit riches en poitrines offertes et jambes velues (c’est du X 70ies), il faudra notamment passer par la vision rare d’un film tourné en 1968 et sorti enfin en salles en 2015 : La Femme-bourreau de Jean-Denis Bonan, autour de meurtres en séries de prostituées, précédé d’un court-métrage du même auteur, Tristesse des anthropophages, censuré en 1966. Dans cette journée passablement riche, il sera aussi possible de revoir à 18h30 Les Chats Persans, sur la scène rap/rock iranienne et la question de comment créer dans un pays privatif de libertés où l’exercice de la musique est passible de longues peines de prison voire bien pire ainsi. Il sera possible de découvrir la farce expérimentale Haut les mains en présence de son réalisateur Jerzy Skolimowski ce soir à 21h.

la femme bourreau

Enfin, la nuit du porno interdit, donc, devrait créer l’événement, même si les cinéphiles qui, chaque année remplissent les salles l’après-midi et en début de soirée, ont tendance à déserter les nuits thématiques, la cinéphilie, c’est épuisant. On parie qu’ils devraient faire un effort en raison d’un programme que l’on qualifie aisément de «olé, olé» avec des films que l’on peut qualifier de cul(tes). Oui, j’ai osé, pas d’auto-censure, manquerait plus que ça ! Ce n’est pas le lieu…

Ne passez pas à côté du riche programme de ce dimanche qui commencera dès 10h avec Platform de Jia Zhangke mais le premier événement du jour sera bien la projection à 10h30 du chef d’oeuvre inédit en salles (malgré une présentation à Cannes en 2013) Les Manuscrits ne brûlent pas de Mohammad Rasoulof, encore plus radical et nettement plus désespéré que le cinéma de Jafar Panahi. Ce qui n’est pas peu dire. A 14h30, séance de courts-métrages avec Betty Boop.

Betty-boop

Le reste de la journée de ce dimanche 7 février inclura une programmation avec débats autour du cinéma de René Vautier encore ; des films et rencontres sur le cinéma iranien et la censure ; la projection de De bruit et de fureur en présence de son réalisateur Jean-Claude Brisseau (un fidèle du festival, présent, et c’est bienvenu, presque chaque année) et de ses acteurs François Négret et Fabienne Babe ; la présentation des films La chair et le sang avec Jennifer Jason Leigh et Rutger Hauer (ce dimanche à 20h30) et Spetters (ce lundi à 20h30) en présence de Gerard Soeteman, le scénariste de Paul Verhoeven sur ces deux films et d’autres, ce dernier étant présent à Paris pour le Festival Toute la mémoire du monde (voir notre news sur le programme), il n’est pas interdit de rêver.

La chair et le sang

Le lundi 8 débutera avec La vie de Brian des Monty Python à 14h, se poursuivra à 16h avec un hommage (involontaire) avec Jacques Rivette avec La Religieuse, l’un des plus grands symboles de la censure au cinéma en France, puis Mais ne nous délivrez pas du mal à 18h avec ses jolies satanistes Jeanne Goupil et Catherine Wagener puis donc Spetters, voir ci-dessus.

L’un des grands moments de la soirée du lundi sera la table ronde sur la censure à 20h15, timing hélas excellent avec un nouveau coup de boule à la liberté d’expression effectué par l’association proche des milieux d’extrême droite Promouvoir qui vient de faire annuler le visa d’exploitation de Antichrist de Lars Von Trier après avoir réussi le même «exploit» sur les films Baise-moi, Nymphomaniac, Saw 3D, Love et La vie d’Adèle en attendant le prochain, à savoir Bang Gang, histoire d’amour moderne, déjà visé officiellement. Une nouvelle décision liberticide dénoncée par le Syndicat de la Critique de cinéma, l’ARP et la SRF qui sera représentée lors de ce débat par sa co-présidente, la réalisatrice Céline Sciamma (Tomboy, cible des censeurs du dimanche déjà.

Programmation complète signée Olivier Pierre à retrouver ici.

Et surtout, n’oubliez pas de profiter des très bons petits plats concoctés par l’équipe de Métis Too sous le barnum qui jouxte le cinéma L’Ecran de Saint-Denis, le lieu de ces festivités (métro Basilique de Saint-Denis sur la ligne 13) avec mon mets préféré, depuis des années déjà, la tarte aux poires aux amandes, un régal. La cave est bonne également, profitez-en !

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