Critique : Bons à rien

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Italie, 2014
Titre original : Buoni a nulla
Réalisateur :
Scénario : Gianni Di Gregorio et Pietro Albino Di Pasquale
Acteurs : Gianni Di Gregorio, Marco Marzocca, Valentina Lodovini
Distribution : Bellissima Films
Durée : 1h28
Genre : Comédie
Date de sortie : 18 février 2015

Note : 3/5

En seulement trois films, le réalisateur italien Gianni Di Gregorio a réussi ce qui a pris une filmographie entière chez des géants de la comédie cinématographique comme et : créer un personnage récurrent dans un univers vaguement autobiographique, qui y stagne de la façon la plus amusante imaginable. Son Gianni n’est guère le prototype du séducteur vieillissant, qui n’a plus que son machisme italien pour s’imaginer des conquêtes féminines. Il n’est pas non plus tout à fait un fainéant vulgaire, qui laisserait les autres travailler à sa place. Non, ce personnage magnifique est tout cela à la fois et en même temps animé par un masochisme burlesque qui ne cessera jamais de nous faire rire aux éclats.

Synopsis : Le fonctionnaire Gianni, docile et patient, aurait dû partir à la retraite dans six mois. En raison d’un changement de la législation, il apprend qu’il devra travailler trois années supplémentaires. Pas assez de cette mauvaise nouvelle, il devra quitter son bureau confortable en centre-ville, pour rejoindre un autre dans la banlieue lointaine. L’intégration dans sa nouvelle équipe l’angoisse beaucoup. Jusqu’à ce que son dentiste Raffaele lui conseille d’arrêter de toujours prendre sur lui et d’apprendre à dire non. Gianni tentera alors de devenir aussi méchant et égoïste que les gens de son entourage, ce qui s’avère plus facile qu’il ne le pensait.

Un chien de la race Jack Daniels

Les cibles de la moquerie de Gianni Di Gregorio peuvent paraître d’abord un peu trop évidentes : la fonction publique et les zombies qui la peuplent, en premier ce sexagénaire qui a cultivé à la perfection l’art de ne rien faire. Sauf que la description de cette décadence professionnelle est truffée de tant de détails gentiment cinglants, que l’on se laisse volontairement divertir par de tels poncifs. A force d’esquiver toute responsabilité dans sa vie, le protagoniste n’a pas accompli grand-chose. Il se faufile comme il le peut, avec une gaucherie enfantine qui est depuis toujours présente dans les interprétations de Gianni Di Gregorio. Ce grand gaillard à la tronche de chien battu nous était d’emblée devenu sympathique, il y a six ans, dans , où il se faisait méchamment malmener par sa vieille mère. Son existence est toujours aussi peu enviable ici, puisqu’il préfère s’écraser plutôt que de s’insurger contre un statu quo qui l’ignore au lieu de le mettre en valeur.

Une fois, pas deux

L’enjeu principal de l’intrigue est le changement hésitant de la nature profonde de Gianni. Le déclic s’opère suite à l’avertissement de son médecin, un être qui subit aussi stoïquement que lui, autrefois, le matriarcat du mariage, surtout parce qu’il avait débarrassé le personnage principal de sa femme en l’épousant. Le miracle n’est pas prêt de se reproduire chez Marco, un nouveau collègue de travail qui se laisse exploiter à droite et à gauche sans jamais broncher. Hélas pour lui, mais tant mieux pour le spectateur, qui pourra observer alors les tentatives maladroites de la vieille canaille, fraîchement convertie à l’hédonisme, de conduire son jeune acolyte sur le même chemin des plaisirs éphémères. Le tout sur le ton d’un humour aussi léger que caustique, grâce à une narration qui multiplie les trouvailles visuelles et les reparties de plus en plus mordantes.

Conclusion

Aussi faussement déterminé soit-il, Gianni Di Gregori ne sera jamais un vrai méchant. Pour cela, il dispose d’une compréhension infiniment trop nuancée de la nature humaine, de ses imperfections et avant tout de sa capacité d’adaptation aux situations les plus pernicieuses. Dans Bons à rien, il nous prouve pour la troisième fois de suite à quel point il est un maître de la comédie à l’italienne, la vraie, c’est-à-dire celle qui parle vrai sans jamais se prendre au sérieux. Espérons que l’occasion sera donnée encore plein de fois à ce trublion attachant de tourner en dérision la mentalité d’un pays en général et une génération d’hommes en particulier, qui ont rarement le privilège d’occuper le devant de la scène filmique !

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