Bilan 2016 : petit tour des flops et ratages (suite)

0
128

Il existe plusieurs types de ratage. Les nanars ou séries Z tellement mauvais qu’ils parviennent à détendre, les déceptions de films trop attendus ou les films qui vous agacent prodigieusement par leur idéologie ou leur refus de l’affronter, les frontières entre ces catégories pouvant être poreuses. Preuve que je vois trop de films, j’aurais pu glisser une bonne cinquantaine de longs-métrages… au moins et sans compter les films que j’ai pu et su éviter…

de Yvan Attal : l’un des films les plus gênants de l’année. Évoquer l’antisémitisme croissant en France avec ironie dans des sketchs censés mettre à mal les clichés sur les juifs était prometteur mais le propos général est franchement limite, la partie avec Charlotte Gainsbourg étant insupportable et méprisante. La façon dont le réalisateur s’implique lors de rencontres lourdingues avec un psy est bien lourde et dénuée d’humour. Rejet immense et total pour ce film qui se prend trop au sérieux et rate sa cible. Comment personne n’a été capable de prévenir Attal de l’ampleur du désastre est un grand mystère.

Elie Chouraqui avec et Radu Mihaileanu avec L’Histoire de l’Amour (l’on admirera la modestie des titres) évoquent de façon plus qu’embarrassante la Shoah. Avec son récit qui mêle troubles émotionnels d’une adolescente portée sur les SMS et un rescapé de l’Holocauste, ce dernier pourrait presque être sous-titré LOL-hocauste. C’est dire le niveau du naufrage. Les accents surlignés de Derek Jacobi ou de ce pauvre Elliott Gould sont très vite insupportables et le maquilleur de Felicity Jones a probablement trouvé son diplôme dans une pochette surprise. Quant au premier, le poids de la Shoah inscrit dans les gênes est là encore source d’embarras à la vision de ce film réalisé comme un épisode de Voisins, Voisines avec des acteurs en roue libre.

de Bertrand Bonello : première partie relativement brillante dans son déroulé quasi muet, même si ce ballet dans les rues de Paris avec près d’une dizaine de protagonistes souffre de toute comparaison avec le cinéma de Jacques Rivette et son art du complotisme. La deuxième partie repose sur trop d’incohérences dans l’organisation de ces apprentis terroristes après une première partie qui montre ces jeunes adultes avec un reste d’adolescence (pour les victimiser un peu plus ?) apparemment hyper bien organisés devenir totalement stupides. Quant au final sur fond de Amicalement vôtre, il est carrément douteux.

S.O.S. Fantômes : contrairement aux propos de certains défenseurs obsédés par le sujet, ce n’est pas le fait de remplacer des hommes par des femmes qui pose problème. C’est le fait de nier l’existence du premier film, indémodable, tout en multipliant les clins d’oeil vers ce classique du cinéma contemporain, jusqu’aux acteurs d’origine hyper mal utilisés (à l’exception de Sigourney Weaver et Annie Potts). Chris Hemsworth est impayable en secrétaire totalement bombo-isé et au moins Leslie Jones essaie de créer un personnage. Mais dans l’ensemble, quel ennui et quelle hystérie en guise d’humour.

The Revenant : je suis resté totalement indifférent (voir ai rejeté) le mystique de pacotille de Inarritu et la performance physique de Leonardo Di Caprio qui n’est que cela, physique. Le livre de Michael Punke est bien plus enrichissant et complexe, notamment sur le personnage incarné par Tom Hardy (néanmoins convaincant dans son jeu). Et chez lui, pas de fils indien ni de lévitation spirituelle. Je suis passé à côté du parcours du combattant de Hugh Glass dans cette vision pas très légère. Préférons la version de l’histoire racontée dans Le Convoi sauvage avec Richard Harris.

Batman v Superman L’Aube de la justice. Pas totalement raté, moins que Man of Steel en tout cas, le film de Zack Snyder utilise un élément totalement évacué de la mythologie générale des précédentes incarnations des personnages (qui ne se sont de toute façon guère rencontrés au cinéma auparavant) : le fait que les mères des deux héros s’appellent Martha. Mais c’est si peu subtilement utilisé que l’on rit franchement, ce qui n’était pas l’ambition, évidemment. Dommage car Ben Affleck est plutôt un excellent Batman, même si totalement incohérent par rapport à l’histoire du personnage. L’autre DC de l’année, Suicide squad, est totalement incohérent et épileptique (et non pas elliptique) dans son scénario et ce n’est pas la prestation rigolote de Margot Robbie, résumée à 100% dans les diverses bandes-annonces qui sauvera la mise.

 : et oui, l’éternité ça dure vraiment longtemps devant la caméra de Tranh Anh Hung qui multiplie les ralentis supposés avoir du sens. Lassitude de voir des caméras portées suivant des personnages de dos (la palme au dos de Mélanie Laurent) et des ralentis visant Terrence Malick et rappelant plus des mauvaises pubs.

Danish girl : les mimiques de Eddie Redmayne sont insupportables et seul Matthias Schoenarts survit à ce biopic trop bien calibré pour les Oscars. Tom Hooper, l’inénarrable réalisateur du Discours d’un roi et des Misérables est à la barre. Tout est dit.

Randonneurs amateurs de Ken Kwapis : un projet né de l’envie de Robert Redford de rejouer avec Paul Newman. Heureusement pour lui, ce dernier est mort. Nick Nolte le remplace dans cette promenade en forêt filmée avec paresse avec des blagues éculées et des clichés usés. Du très vieux «cinéma».

Le Fantôme de Canterville : un film de fantômes français dans lequel seul Michael Youn s’investit un tant soit peu. Les autres acteurs, en particulier Michèle Laroque et Lionnel Astier sont aux abonnés absents, même si ce dernier passe son temps au téléphone. Avec son agent ?

High-rise de Ben Wheatley est un film épuisant, qui tourne en rond, une fois ses bases posées. Belle utilisation du décor néanmoins. Mais pour ce qui relève du récit d’anticipation mêlé à une lutte des classes, l’on peut préférer Snowpiercer.

de Xavier Dolan a le mérite d’avoir un parti-pris radical et des prestations fortes de Vincent Cassel en vilain petit canard qui se sent/est mal-aimé et de Marion Cotillard en pièce rapportée fragile mais ces champs/contre-champ et gros plans sont insupportables, d’autant plus rapidement qu’ils sont accompagnés d’un abus d’hystérie.

 : Emily Blunt est relativement irréprochable, communiquant aisément la détresse de cette femme totalement paumée, aidée d’un maquillage minimaliste mais révélateur sur son état. Les autres personnages, dont sa rivale et des inspecteurs de police gravement incompétents, sont hélas plus inconsistants. Les rebondissements de plus en plus improbables et des révélations tardives à l’intérêt limité (voire carrément ridicules) nuisent à l’intérêt de ce thriller bien décevant qui s’achève sur l’un des objets les plus drôles de l’année au cinéma (oui, c’est involontaire) : un tire-bouchons !

En bref, et sans ordre autre que leur date de sortie, ou leur souvenir qui remonte comme ça sans prévenir, Paris-Willouby avec Isabelle Carré est un sous-Little Miss Sunshine ; un western dénué d’enjeux passionnants ; souffre d’une performance outrée de Vincent Macaigne (on le préfère dans La Loi de la jungle avec son double au féminin Vimala Pons) et d’un scénario épuisant ; est un embarrassant remake de l’argentin Dans ses yeux ; Joyeuse fête des mères, également avec Julia Roberts comme le précédent, est le dernier long-métrage pénible du défunt Garry Marshall avec notamment deux sœurs obligées pour l’une de cacher sa petite amie et l’autre son mari indien à des parents homophobes et racistes ; avec Ewan McGregor est une bien médiocre adaptation d’un John Le Carré ; Conjuring 2 est encore rempli de bondieuseries comme le premier et ne fait jamais peur ; j’espère que est le dernier volet (le cinquième déjà) de L’Âge de glace car même Scrat n’amuse plus ; dans Genius, Colin Firth passe son temps avec un chapeau collé sur la tête (jamais il ne le quitte, sérieusement, comme s’il était collé sur ses tempes) ; The Wave est un film catastrophe norvégien qui ressemble à une production US pour les après-midis de M6 ; Jason Bourne est l’épisode de trop malgré les retours de Damon et Greengrass ; Instinct de survie – The Shallows avec Blake Lively est un film de requins sans intérêt et grotesque (la mouette !!! l’alcoolo !!!); Planétarium était ambitieux mais se noie dans sa démesure et une certaine suffisance malgré la belle idée d’engager Emmanuel Salinger pour le rôle principal.

Enfin, deux films sortis le même jour, le 23 novembre, sont réunis par leur côté nanardesque à mort et le fait de se dérouler dans une Seconde Guerre Mondiale de carton-pâte. La romance caviardée Cotillard/Pitt dans de Robert Zemeckis n’est guère sauvable que pour son dernier acte qui arrive bien tard. Découvert en compétition à Berlin (nimpnawak), de Vincent Perez aura été source d’un grand nombre de private jokes tout au long de l’année. Comment peut-on réaliser en 2016 un film se déroulant en Allemagne avec des acteurs anglais ou allemands s’exprimant en anglais avec un accent allemand surligné ? Plus fort que le chapeau fixé sur la tête de Colin Firth dans Génius, je vous présente la moustache de Daniel Brühl lauréate du prix du pire acteur de l’année à elle toute seule.

En guise d’épilogue, pour faire suite à cette liste qui n’est même pas exhaustive (heureux sont les oubliés), citons un film relativement épargné par l’auteur de ces lignes. Les Visiteurs 3 de Jean-Marie Poiré n’est pas une réussite, loin de là. Mais le ranger dans les pires films de l’année serait, in my humble opinion, une erreur. Plombé par une absence quasi totale de gags, ce qui est pour le moins gênant pour une COMÉDIE, ce quatrième opus (si l’on compte le remake US improbable) est porté par un rythme plutôt soutenu après un début pour le moins chaotique dans son montage. Le duo Jean Réno / Christian Clavier étonnamment sobre (jusqu’à une mesure plus grande dans les effets spéciaux laids des épisodes 1 et 2) s’efface durant une bonne partie du film au profit de seconds rôles dans l’ensemble bien campés, notamment par Nicolas Vaude, Frank Dubosc ou Sylvie Testud. L’une des meilleures idées du film est de montrer le personnage de Réno comme un type pas très malin qui ne comprend plus rien à ses errances d’une époque à une autre, se servant de l’adverbe «certes» comme d’un bouclier pour cacher sa perte de repères. Enfin, le moment post générique avec mister Poiré himself qui nous claque la porte au nez pour nous inviter à nous barrer est assez amusant. Le seul vrai gag du film ?

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici