
Titre original : Hot Water
Réalisateur et scénariste : Ramzi Bashour
Casting principal : Lubna Azabal, Daniel Zolghardi, Dale Dickey et Gabe Fazio
Genre : Comédie dramatique
Durée : 1h37
Pays : États-Unis (2026)
Pour notre dernier film au Festival de La Roche-sur-Yon 2026 , on se sentait comme déplacé trois cents kilomètres plus au nord et un mois en arrière, à celui de Deauville. En effet, Hot Water fait partie de ces productions indépendantes américaines qui pullulent depuis des décennies au mois de septembre sur la Côte Fleurie. Dans le cadre d’un festival à la sélection plus éclectique comme celui en Vendée, le premier long-métrage de Ramzi Bashour aurait pu faire tache.
Et même si certains confrères l’ont accusé de facilité – ce qui peut s’entendre au vu de sa prémisse passablement éculée d’une mère qui traverse les États-Unis contre son gré et en voiture avec son fils adolescent et rebelle –, nous y avons néanmoins apprécié une véracité pas sans charme des personnages. Est-ce que cette qualité indéniable sera suffisante pour que ce film fort plaisant finisse par sortir sur les écrans de cinéma du monde entier, au lieu de se contenter de faire la tournée des festivals ? Seul le temps nous le dira.
En attendant, nous sommes quand même ravis d’avoir pu enfin admirer Lubna Azabal dans un rôle à la mesure à la fois de son talent et du cliché de la névrose pathologique qu’elle trimballe derrière elle depuis trop longtemps. Ici, sa mère prise en étau entre ses responsabilités complémentaires de mère – justement – et de fille confère au récit une authenticité qui n’est pas forcément donnée à un fil dramatique plus consensuel. C’est à cause d’elle que le voyage s’arrête, puis repart. Tout comme c’est elle qui vit le cheminement intérieur le plus concluant, par rapport à son fils, pas encore tout à fait un adulte, mais certainement plus un enfant.
Même si ce rôle-là sied parfaitement à Daniel Zolghardi, depuis une dizaine d’années un jeune espoir du cinéma indépendant américain en continuelle ascension, entre autres dans Funny Pages de Owen Kline, If I Had Legs I’d Kick You de Mary Bronstein et Lurker de Alex Russell, d’ailleurs tous les trois privés d’une sortie française en salles.
Synopsis : Les nouvelles déplaisantes s’accumulent pour Layal, professeure d’arabe dans une université de la côte est américaine : sa mère a fait une mauvaise chute et son fils Daniel a été expulsé de son lycée, après avoir frappé un autre élève. Afin de lui permettre d’obtenir malgré tout son bac, déjà raté par deux fois, sa mère accepte de le conduire en voiture jusqu’au Colorado, où son père qui vit en Californie est censé le récupérer. Ces quelques jours passés ensemble, en traversant la moitié d’un continent immense, permettront-ils à Layal de renouer le lien avec son fils ?

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Sevrage du tabagisme par régime de clémentines
Les premiers plans de Hot Water – de futures mamans en train de faire de la gym aquatique – ont beau ne pas nous avoir subjugués, ils campent quand même raisonnablement le décor pour le thème principal du film : la difficulté d’être mère. Tandis que le personnage de Lubna Azabal se met d’emblée en opposition par rapport à ces corps temporairement difformes, pris dans l’immobilisme d’une drôle d’apesanteur pendant qu’elle nage vigoureusement, Layal ne tarde pas à être rattrapée par cette dure réalité-là. Ses liens avec sa sœur et sa mère, restées au pays, et avec son fils adolescent ne sont pas encore nerveusement tendus à ce moment-là. Cependant, son explication à bout de nerfs de son état mental actuel, mis à rude épreuve par sa décision d’arrêter de fumer, à l’égard d’une étudiante venue marchander au sujet d’une note perçue comme injuste fait présager les pétages de plomb à venir.
De ceux-là, il existe un nombre conséquent dans ce premier long-métrage prometteur. Sauf que le jeu tout en finesse, à mi-chemin entre la tragédie et la comédie ironique, de Lubna Azabal permet à cette femme fictive de graduer admirablement son désarroi. Ainsi, elle opère sans cesse un regard critique sur elle-même et sur le monde qui l’entoure, truffé d’attaques olfactives et autres atteintes à la pudeur qui vont probablement à l’encontre de l’éducation qu’elle a reçue au Liban. Pas tout à fait un corps étranger, cette mère à bout de forces peine toutefois sérieusement à voir la vie du bon côté. Un fait exprimé d’une manière infiniment plus saisissante d’un point de vue cinématographique par l’interprétation sous tension d’Azabal, à l’affût du moindre danger, que par les jeux d’élocution grâce auxquels Daniel cherche à dérider sa mère.
Huit câlins par jour
Car face à cette cocotte-minute prête à exploser à tout moment, qui investit une force incommensurable dans le contrôle d’elle-même en accordant le bénéfice du doute à des personnes et des situations qui finissent invariablement par la décevoir, le reste du film court un risque sérieux de faire pâle figure. La gentillesse avec un léger arrière-goût de fadeur prédomine donc du côté de son fils qui cherche encore sa place dans le monde. Tout comme sa libido, sa colère s’y exprime souvent avec une maladresse qui a tendance à exaspérer sa mère, adepte pour sa part d’une sophistication qui trouve ses limites lorsqu’il s’agit de saisir les subtilités linguistiques du menu. Puis, sans doute un signe des temps actuels et de sa jeunesse entièrement accro aux écrans, Daniel ne quitte pratiquement jamais le confort d’une passivité lui permettant de se laisser flotter, en fonction de ses rencontres en cours de route.
L’équilibre que Ramzi Bashour a trouvé entre des moments d’intimité à bord de la voiture, parfois loquaces, parfois plongés dans un silence borné, et ces étapes ponctuées d’hommes et de femmes singuliers fait partie des franches réussites de son film. Aussi, parce que chacun de ces arrêts ne se solde pas nécessairement par un gain sirupeux en points de complicité entre la mère et son fils ou, au contraire, par une rupture définitive entre eux, à maintes fois retardée. Là où le calme et la paix distillés par Dale Dickey en hippie vieillissante font plutôt office de poncif un peu trop appuyé, la séquence autour de l’auto-stoppeur sait rester à l’écart des clichés sur l’altruisme à l’américaine les plus prévisibles. En ce sens, elle est représentative d’un film qui, s’il n’ambitionne pas de révolutionner le format très ancien et très américain du road-movie, s’y conforme en fin de compte avec une personnalité filmique plutôt savoureuse.
Conclusion
Notre séjour en Vendée s’est clos sur une œuvre filmique très plaisante dans sa manière d’énumérer les passages obligés d’une traversée des États-Unis, tout en restant à l’écoute de la complexité psychologique de ses personnages. Ceci dit, Hot Water permet avant tout à Lubna Azabal de briller dans un rôle taillé sur mesure pour elle. Celui d’une mère à fleur de peau, exténuée par sa perception personnelle d’être la seule adulte dans son entourage, qui finit par s’autoriser un minimum de régression. Grâce à elle, le premier film de Ramzi Bashour évite les stéréotypes les plus affligeants de ce genre de mélodrame familial, au profit d’une bienveillance décomplexée qui a fini par déteindre sur nous.














