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La Roche-sur-Yon 2026 : Everytime

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La Roche-sur-Yon 2026 : Everytime

Titre original : Everytime
Réalisatrice et scénariste : Sandra Wollner
Casting principal : Birgit Minichmayr, Lotte Shirin Keiling, Tristan Lopez et Carla Hüttermann
Genre : Drame
Durée : 2h04
Pays : Allemagne, Autriche (2026)
Distributeur : New Story Distribution
Date de sortie : 11 novembre 2026

Note de la rédaction★★★★★★★★★★3 / 5

Il y a autant de deuils que de façons de faire le sien. Pour être arrivés à un âge où ce fait triste de la vie a hélas tendance à se répéter à un rythme de plus en plus rapproché, nous sommes parfaitement conscients que tout un chacun doit faire ses adieux à un proche à son propre rythme, selon ses dispositions émotionnelles et en fonction de ses éventuelles croyances religieuses. Cette maladie chronique qui nous atteindra, toutes et tous, tôt ou tard dans la vie dispose certes d’un vocabulaire filmique établi depuis très longtemps. Un film comme Everytime, découvert en avant-première au Festival de La Roche-sur-Yon, a toutefois l’immense avantage de se passer aisément de la plupart de ses expressions. Vous y chercherez en vain de grandes effusions de larmes ou des regrets amers sur ce qui aurait dû être et sur le comportement qu’on aurait dû avoir, avant que la mort ne frappe sans pitié.

Le regard de la réalisatrice Sandra Wollner sur une famille désormais tronquée qui essaie, tant bien que mal, de se reconstruire est exempt de tous ces poncifs qui nous prennent habituellement en otage, jusqu’à ce que chaque spectatrice et chaque spectateur dans la salle ait au moins versé une petite larme. Il s’agit au contraire d’un film qui cherche à rendre abstrait le sentiment douloureux d’avoir perdu une fille, une sœur ou une copine, sans partir non plus dans des directions esthétiques excessives. Les moments de pause et de reprise du dessus de la routine quotidienne y sont infiniment plus frappants que les passages obligés de ce sous-genre dramatique, au demeurant absents.

Et même si nous émettons quelques réserves par rapport au tout dernier chapitre du récit, où cours duquel la tension retombe d’une manière singulière, nous ne remettons pas en question le pouvoir de fascination de ce troisième long-métrage situé entre Berlin et les Îles Canaries, entre le déni de la perte et son escamotage subtil.

La Roche-sur-Yon 2026 : Everytime
© 2026 Elsa Okazaki / Panama Film / The Barricades / Zweites Deutsches Fernsehen / Charades / New Story Distribution Tous droits réservés

Synopsis : L’année de son bac et au petit matin du départ prévu en vacances avec sa mère Ella et sa petite sœur Melli, la jeune Jessie disparaît brutalement. Les trois personnes qui lui étaient les plus proches, Ella, Melli et son ami Lux, cherchent à faire front face à cette perte aussi soudaine que terrible. Afin de rompre la monotonie de ce deuil vécu tous ensemble à Berlin, Ella décide sur un coup de tête de partir en vacances pour ce qui aurait été le jour d’anniversaire de Jessie.

La Roche-sur-Yon 2026 : Everytime
© 2026 Elsa Okazaki / Panama Film / The Barricades / Zweites Deutsches Fernsehen / Charades / New Story Distribution Tous droits réservés

Le prologue mis à part qui nous montre la vie d’avant avec ses querelles de fratrie et son insouciance d’adolescence qui ne tarde pas à être définitivement anéantie, Everytime se compose essentiellement de deux parties. Celle en Allemagne où les peines de la perte sont contenues, quitte à choquer la grand-mère au détour d’une remarque de la part d’Ella qui ne voit pas d’inconvénient à ce que Lux continue de fréquenter la famille. Puis celle sur l’archipel espagnol, où la volonté de recréer autrement le lien avec le passé produit en fin de compte quelques drôles d’effets. En termes de ton et durée, elles restent plutôt semblables, bien que leurs finalités dramatiques ne pourraient pas être plus diamétralement opposées.

Ainsi, le volet berlinois respire sublimement la nécessité de continuer à vivre, pendant que chacun s’accroche à des bribes de souvenirs plus ou moins concrets de la défunte. La chape de plomb émotionnelle n’y est point assénée par voie de cris et de lamentations, comme ce fut d’ailleurs le cas dans notre premier film vu cette année à La Roche-sur-Yon Harlan County USA dont la seule séquence à l’impact affectif discutable était celle où la vieille mère s’écroule à côté du cercueil de son fils gréviste assassiné. Elle y prend une allure sensiblement plus anodine, notamment lors de la visite de la tombe. Alors que quelques semaines à peine ont dû s’écouler depuis la mort de Jessie, ce rituel de deuil répond à une répartition des tâches clairement établie, entre la mère qui passe un coup de fil professionnel en arrosant les plantes et la sœur qui semble déjà avoir pris ses habitudes du côté des toilettes publiques du cimetière.

La Roche-sur-Yon 2026 : Everytime
© 2026 Elsa Okazaki / Panama Film / The Barricades / Zweites Deutsches Fernsehen / Charades / New Story Distribution Tous droits réservés

Cependant, cette première moitié du film indubitablement dévolue au pragmatisme germanique contient aussi quelques éléments à la signification plus ouverte. Que penser en fait de la rencontre d’Ella avec un drone sur un parking, la nuit ? La mise en scène de Sandra Wollner se montre suffisamment assurée pour ne pas se sentir obligée de nous donner une raison pour cet étrange ballet d’observation réciproque. Tout comme elle avait permis auparavant au reflet solaire de la sérénité à l’aube sur les toits de Berlin de coexister avec la tragédie à l’état pur, plus suggérée qu’ouvertement montrée à l’image. Le soleil qui jouera un rôle encore plus important en Espagne, quand l’incursion périodique dans l’univers pixelisé des jeux vidéos finira par déborder sur la vie réelle.

En Espagne, Everytime nous livre à la fois son moment le plus touchant et ses choix narratifs les moins convaincants. Pour le premier, toute la tristesse accumulée jusque là dans le jeu d’une grande finesse de Birgit Minichmayr dans le rôle de la mère se déverse en haut de la montagne dans un éclat de rires se transformant subitement en sanglots. Quant au deuxième, l’abstraction de la tout dernière partie du film relativise par contre en même temps toute la peine sourde que nous avions partagée jusque là avec le trio de personnages meurtri par la mort de Jessie. Opérer un tel revirement dramatique relève bien entendu de la seule et unique responsabilité de la réalisatrice / scénariste, qu’elle assume pleinement.

Néanmoins, l’aspect principal du deuil, ce qui le rend souvent si insoutenable, c’est le caractère irréversible de la mort. Autant dire que Sarah Wollner s’autorise une petite tricherie finale avec ce fait immuable auquel nous n’adhérons pas forcément.

La Roche-sur-Yon 2026 : Everytime
© 2026 Elsa Okazaki / Panama Film / The Barricades / Zweites Deutsches Fernsehen / Charades / New Story Distribution Tous droits réservés

Conclusion

Fin août, le comité de sélection avait désigné Everytime en tant que candidat officiel qui représentera l’Allemagne dans la course à l’Oscar du Meilleur Film International. Un choix quelque peu téméraire, quoique mérité. Car le film de Sandra Wollner exprime avec une intensité cinématographique presque à toute épreuve sa vision personnelle de ce que peut être et de ce que peut faire le deuil. Sans emphase, ni noirceur tendancieuse, mais avec un langage filmique joliment métissé. Ses formats d’images différents reflètent bien le rapport variable que nous avons, toutes et tous, à la représentation du monde des personnes qui ne sont plus là et à celle d’un présent à la banalité pas toujours appréciée à sa juste valeur.

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