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Critique Express : Salvation

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Salvation 

 Turquie, France, Pays-Bas, Grèce, Suède, Arabie Saoudite : 2026
Titre original : Kurtuluş
Réalisation : Emin Alper
Scénario : Emin Alper
Interprètes : Caner Cindoruk, Berkay Ateş, Feyyaz Duman
Distribution : Dulac Distribution
Durée : 2h00
Genre : Drame
Date de sortie : 2 septembre 2026

4/5

Synopsis : Deux villages turcs, l’un à flanc de montagne, l’autre dans la plaine. Quand les habitants du bas, exilés, décident de revenir sur leurs terres, des conflits ancestraux ressurgissent avec ceux du haut. Progressivement, croyances, paranoïa et luttes de pouvoir s’exacerbent, mettant en péril la fragile cohabitation des deux communautés.

 

Dans le sud-est de la Turquie, deux villages jumeaux très proches l’un de l’autre pourraient cohabiter harmonieusement mais ils n’y arrivent pas. Quelles peuvent être les raisons qui les poussent à se regarder en chien de faïence, et même, en se radicalisant, à aller beaucoup plus loin dans l’antagonisme ? La différence d’altitude, l’un des villages, Haut-Pingan, étant perché à flanc de montagne, l’autre, Bas-Pingan, étant en contrebas, dans la plaine ? Leurs activités, les habitants de Bas-Pingan, du clan des Bezari,  pouvant bénéficier de terres cultivables alors que ceux de Haut-Pingan, du clan des Hazeran, pratiquent le pastoralisme ou sont employés par des habitants du bas ? Leur histoire récente, suite aux activités de « terroristes » dans la région qui ont poussé les habitants de Bas-Pingan à quitté leur village pour aller provisoirement s’établir en ville alors que ceux de Haut-Pingan sont restés sur place et, tout en collaborant avec la police gouvernementale dans leur lutte contre ces « terroristes », se sont accaparés les terres de leurs voisins du bas ? Des superstitions bien ancrées chez certains habitants, en particulier celle concernant les jumeaux selon laquelle un des enfants aurait été introduit par le diable dans le ventre de la mère ? La jalousie de certains habitants de Haut-Pingan par rapport à ceux de Bas-Pingan, en particulier celle de Mesut, le petit-fils de l’ancien chef religieux de Haut-Pingan, un homme hanté par d’affreux cauchemars qu’il prend pour argent comptant et qui le  persuadent que les enfants qu’il a eus avec Gülsüm, son épouse, ne sont pas de lui sous prétexte qu’elle a été employée par Halil, un habitant de Bas-Pingan. Un sentiment qui va être renforcé lorsque le médecin local annonce que Gülsüm est enceinte de jumeaux peu de temps après que Mesut se soit aperçu que Halil était le père de 2 jumelles ? Dans Salvation, c’est un peu tout cela, mais celles et ceux qui passent leur temps à rechercher des boucs émissaires, à semer la haine et le rejet de l’autre, voire leur élimination physique, sont parfaitement capables de trouver encore d’autres motifs pour creuser des divisions tout aussi nocives ! Toujours est-il que lorsque, petit à petit, les habitants de Bas-Pingan rejoignent leur village et entendent reprendre possession de leurs terres, les choses commencent à mal tourner, les appels à la modération et à la coexistence de Cheik Ferit, le chef religieux de Haut-Pingan, se heurtant aux positions belliqueuses de Mesut et de quelques autres membres du clan des Hazeran. Face à cette suite de vengeance réciproque qui s’annonce, Mesut propose avec succès une solution qui n’est probablement pas celle que vous imaginiez !

Dans la genèse de Salvation, un évènement réel qui s’est déroulé en Turquie en 2009 a eu une grande importance. Pour avoir des détails, si possible après avoir vu le film, il vous suffit de taper « Bilge village kurde » sur un moteur de recherche. En dire plus serait dommage ! Par contre, savoir que ce film se déroule dans la partie kurde de la Turquie et que ceux qui sont qualifiés de terroristes par la police ne sont autres que des membre du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), représente un plus dans la compréhension du film. En tout cas, ce qui s’est passé en 2009 a profondément marqué Emin Alper et l’a inspiré lorsque, constatant que la barbarie était de mise un peu partout dans le monde, que ce soit à Gaza, ou contre des immigrés, des personnes LGBT+ ou des opposants politiques, il a décidé de faire un film qui montrerait comment se construit cet engrenage avec la mise en accusation de boucs émissaires et l’importance que peuvent avoir un ou des meneurs dans le processus. Un film qui a été couronné du Grand Prix du Jury lors de le dernière Berlinale, en février dernier. Comme c’était déjà le cas dans des films précédents, Derrière la colline et Burning days, Salvation a un petit côté Western et présente aussi quelques traces de fantastique, la différence (importante !) étant que, cette fois ci, le mélange des genres est parfaitement réussi. Quant à la photographie et à la lumière, le travail effectué par Ahmet Sesigürgil et Barış Aygen est somptueux, en particulier dans les scènes de transe religieuse et les nombreuses scènes nocturnes.

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