La guerre des prix

France : 2025
Titre original : –
Réalisation : Anthony Déchaux
Scénario : Anthony Déchaux, Maël Piriou, Benjamin Charbit, Mathilde Belin
Interprètes : Ana Girardot, Olivier Gourmet, Julien Frison
Éditeur : Diaphana
Durée : 1h33
Genre : Thriller social
Date de sortie cinéma : 18 mars 2026
Date de sortie DVD/BR : 21 juillet 2026
Audrey, fille d’agriculteurs et cheffe de rayon dans un hypermarché en province, se voit propulsée à la centrale d’achat de son enseigne afin d’y défendre la filière bio et locale. Alors qu’elle fait équipe avec un négociateur aux méthodes redoutables, Audrey va devoir se battre pour faire exister ses convictions au sein d’un système impitoyable.

Le film
[4.5/5]
Les négociations commerciales entre la grande distribution et les producteurs agricoles ont un impact très important sur notre porte-monnaie et sur notre santé et pourtant, malgré la tension dramatique que, forcément, elles engendrent, elles n’ont pratiquement jamais été l’objet d’une œuvre cinématographique. Avec La guerre des prix, son premier long métrage en tant que réalisateur, le comédien Anthony Déchaux comble magistralement cette surprenante lacune. Ce film passionnant qui bénéficie d’une superbe interprétation et que le réalisateur qualifie à juste titre de « fiction documentée », vient se ranger auprès des meilleurs films du genre, ceux de Stéphane Brizé (La Loi du marché, En guerre, Un autre monde) par exemple. Au moment de sa sortie en salle, Critique-film avait fait paraitre une critique écrite par Tobias. En voici un extrait :
« Quand on peut se permettre le luxe de faire ses courses d’alimentation en magasin bio, on le fait avant tout parce que c’est bon et que c’est censé être bénéfique pour la santé. Mais une partie de cette démarche en faveur de la tranquillité de notre conscience personnelle repose aussi sur la supposition que le prix plus élevé qu’on est prêt à débourser à la caisse se traduise par des revenus plus équitables à l’intention des agriculteurs ainsi engagés et autres fournisseurs valeureux. Or, comme le montre implacablement ce premier film coup-de-poing, les affaires ne s’agencent pas forcément de la sorte, même parmi ces exemples hypothétiques d’une bonne conduite commerciale. Car La Guerre des prix y est déclarée à tous les niveaux. Peu importe les scrupules et convictions idéalistes des participants au jeu perfide de la négociation pour aboutir aux tarifs les plus compétitifs et donc les plus serrés. En nous faisant entrer dans ce microcosme de prédateurs sans âme par le biais d’une jeune acheteuse qui a la candeur de croire encore en un modèle économique réellement juste, Anthony Déchaux réussit brillamment son coup d’essai.Il y parvient grâce à son écriture sans fioriture, qui sait astucieusement doser l’alternance entre l’euphorie et l’abattement de son personnage principal, au fur et à mesure que celui-ci assume son rôle de rouage au sein d’un système foncièrement mercantile. Ainsi qu’à cette opposition presque caricaturale, entre d’un côté le monde agricole avec ses fermes artisanales et de l’autre l’univers impitoyable des sièges sociaux à Paris, qui retrouve ici une fraîcheur tout à fait bienvenue, due au regard objectif et dépourvu d’états d’âme sur les qualités et les failles de ces lieux de vie diamétralement opposés.
Toutefois, cette base des plus appréciables est rendue proprement passionnante par le jeu des actrices et acteurs, qui habitent pleinement et sans fausse pudeur leurs personnages. Cela vaut évidemment pour Ana Girardot en jeune ambitieuse qui pense jusqu’au bout pouvoir tirer son épingle d’un jeu d’emblée pipé et pour Olivier Gourmet, magistralement impérial en vieux loup ayant fait de la dureté constante en affaires sa marque de fabrique. Mais la dynamique dramatique du récit ne serait sans doute pas aussi vigoureuse, si ce n’était pour des seconds rôles aussi sublimement solides que Julien Frison en petit frère coincé au bout de la chaîne alimentaire de l’industrie bio, Aurélia Petit en directrice hautement rusée et en même temps guère plus que la façade progressiste d’une économie archaïque du mieux offrant, Yannick Choirat en malheureux laissé-pour-compte d’un système qui compte le moindre cent d’euro et Jonas Bloquet en amoureux qui a déjà fait un peu plus sa paix intérieure avec le caractère corrompu de son métier que sa partenaire. .Enfin, tout le soin apporté à la distribution des rôles devient manifeste du côté de la mère de la fratrie fermière à laquelle Catherine Vinatier sait conférer une noblesse sans fard en seulement deux séquences décisives. Nul besoin de mots pour qu’elle exprime son impuissance maternelle autour d’un puzzle et à peine plus, quand elle opère son charme auprès de son invité de marque, venu jauger l’exploitation agricole de son fils. »
Pour accéder à la critique dans son intégralité, c’est ICI.

Le DVD
[4.5/5]
C’est toujours bon signe lorsqu’on n’a pas grand chose à dire concernant la qualité technique d’un DVD. En effet, cela signifie tout simplement que l’éditeur a su tirer le maximum de ce format au niveau de l’image et du son. Eh bien, concernant le DVD La guerre des prix, on n’a vraiment pas grand chose à dire et encore moins à redire ! On se contentera de signaler que le son est disponible en 2.0 et en 5.1 et qu’une audiodescription est disponible ainsi qu’un sous-titrage pour sourds et malentendants.
2 suppléments d’un grand intérêt viennent compléter le films. Le premier, d’une durée de 16 minutes, est un entretien Inkerview avec Anthony Déchaux, le réalisateur du film, et Olivier Mevel, économiste des chaînes de valeur alimentaire. Ce dernier, Maître de Conférence à l’Université de Bretagne Occidentale, fait partie des personnes que le réalisateur a rencontrées lorsque, ayant été troublé par les appellations de requins et, surtout, de requins tueurs, entendues alors qu’il intervenait en tant que comédien chargé de jouer des saynètes et d’animer des débats lors du séminaire annuel des acheteurs d’une enseigne de grande distribution, il a voulu enrichir ses connaissances sur les négociations commerciales dans la filière lait entre la grande distribution et ses fournisseurs dans le but d’en faire un film. Pour Olivier Mervel, les choses sont claires : un acheteur c’est quelqu’un qui a été formé pour extorquer de la valeur ajoutée à celui qui a construit cette valeur en utilisant une manipulation psychologique lui permettant de se trouver en position de force. Il regrette qu’il n’y ait pas assez de films économiques sur l’entreprise et il sait gré à Anthony Déchaux d’avoir particulièrement bien utilisé les connaissances qu’il lui avait transmises. En réalisant La guerre des Prix, Anthony Déchaux avait comme but de montrer au grand public une réalité invisible afin de provoquer chez lui une prise de conscience. Pas question pour lui de culpabiliser les consommateurs ! Ce qu’il veut faire au travers de son film, c’est les informer. Il ne se considère pas comme étant un lanceur d’alerte, il cherche à toucher les gens au niveau émotionnel. Le 2ème supplément, d’une durée de 5 minutes, consiste en 3 séquences du film commentées par le réalisateur
















