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Test Blu-ray : Reviens Jimmy Dean, reviens

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Reviens Jimmy Dean, reviens

États-Unis : 1982
Titre original : Come Back to the 5 and Dime, Jimmy Dean
Réalisation : Robert Altman
Scénario : Ed Graczyk
Acteurs : Sandy Dennis, Cher, Karen Black
Éditeur : Rimini Éditions
Durée : 1h49
Genre : Comédie, Drame
Date de sortie cinéma : 6 avril 1983
Date de sortie DVD/BR : 7 juillet 2026

Dans le bazar d’une petite ville du Texas, quelques admiratrices de James Dean se retrouvent pour le 20ème anniversaire de la mort du comédien. L’occasion pour elle de faire le bilan des années passées, des rêves perdus et des désillusions…

Le film

[3/5]

Le cinéma de Robert Altman ressemble souvent à une réunion de famille où chacun parle en même temps, où les souvenirs se contredisent avec une politesse toute relative, et où les silences finissent par raconter davantage que les grandes déclarations. Reviens, Jimmy Dean, reviens occupe une place un peu particulière dans cette filmographie foisonnante. Adapté de la pièce de Ed Graczyk, le film renoue avec une forme beaucoup plus théâtrale que les grandes fresques chorales auxquelles le réalisateur avait habitué son public. Le pari est audacieux : enfermer une poignée de femmes dans une boutique poussiéreuse du Texas, les laisser convoquer leurs souvenirs de jeunesse et observer ce qui remonte à la surface lorsqu’un passé idéalisé accepte enfin de retirer son maquillage. Et si le film n’est sans doute pas l’œuvre la plus immédiatement séduisante de Robert Altman, il possède néanmoins cette étrange capacité à grandir doucement dans un coin de la mémoire, comme une vieille photographie dont certains détails n’apparaîtraient qu’après plusieurs regards.

Le point de départ de Reviens, Jimmy Dean, reviens pourrait presque tenir sur un ticket de caisse oublié dans une poche : vingt ans après avoir célébré la venue supposée de James Dean dans leur petite ville, les membres d’un fan-club se retrouvent pour commémorer cet événement. Très vite, la nostalgie cesse pourtant d’être une simple décoration accrochée au mur. Elle devient un personnage à part entière, probablement le plus bavard de tous. Robert Altman ne filme jamais le souvenir comme un refuge confortable ; il le montre au contraire comme une matière instable, capable de réécrire les faits avec une obstination presque touchante. Les héroïnes se raccrochent à l’image de James Dean moins parce qu’elles idolâtrent encore l’acteur que parce qu’il représente une époque où tout semblait encore possible. Derrière cette fascination se cache une Amérique qui regarde les années cinquante avec les yeux fatigués des années soixante-dix, entre désillusions politiques, libération des mœurs et remise en question des anciens modèles. Les coiffures ont changé, les robes se sont raccourcies, les couleurs sont devenues plus franches, mais certaines blessures continuent d’habiter les mêmes visages. Reviens, Jimmy Dean, reviens parle finalement moins de la star de La Fureur de vivre que des mythologies personnelles que chacun fabrique pour survivre au temps.

Cette réflexion trouve un écho direct dans les choix de mise en scène de Robert Altman. L’origine théâtrale du projet ne disparaît jamais vraiment, et c’est sans doute là que le film divise le plus. Une bonne partie de Reviens, Jimmy Dean, reviens repose sur les dialogues, les confrontations et les révélations successives, avec une caméra qui préfère accompagner les interprètes plutôt que de chercher à faire oublier les planches dont est issu le récit. Certains spectateurs pourront ressentir une légère impression d’enfermement, comme si les murs de cette boutique rétrécissaient progressivement autour des personnages. Pourtant, ce parti pris possède aussi une véritable cohérence. Robert Altman utilise notamment les miroirs avec une remarquable intelligence, transformant chaque reflet en passerelle entre passé et présent. Les personnages semblent alors dialoguer avec leurs propres fantômes plutôt qu’avec leurs interlocutrices. Le procédé, loin d’être un simple exercice esthétique, traduit parfaitement cette idée que les souvenirs ne disparaissent jamais vraiment : ils changent seulement de place dans la pièce. Quelques longueurs viennent parfois ralentir la progression dramatique, certaines scènes s’attardant davantage sur les échanges que sur leur évolution. Mais cette lenteur participe aussi à la sensation d’assister à une véritable réunion de retrouvailles, où les non-dits mettent toujours un peu de temps avant d’accepter de sortir de leur cachette.

Ce sont finalement les actrices qui permettent à Reviens, Jimmy Dean, reviens de dépasser les limites de son dispositif. Cher impressionne par la délicatesse avec laquelle elle compose un personnage constamment partagé entre assurance et fragilité, tandis que Karen Black, Sandy Dennis, Kathy Bates ou Sudie Bond donnent une épaisseur remarquable à cette galerie de femmes ordinaires dont les existences semblent avoir été suspendues à un rêve adolescent. Il serait facile de réduire le film à une succession de secrets révélés autour d’une tasse de café oubliée sur un comptoir. Ce serait pourtant passer à côté de ce qui fait son véritable charme. Reviens, Jimmy Dean, reviens regarde ses personnages sans ironie ni cruauté. Il accepte leurs illusions, leurs mensonges et leurs maladresses avec une tendresse discrète, comme si Robert Altman rappelait que chacun transporte quelque part un petit musée personnel, rempli d’objets auxquels plus personne ne croit vraiment… sauf leur propriétaire. Cette humanité profonde empêche le film de sombrer dans le simple exercice de style. Même lorsqu’il semble tourner en rond, Robert Altman continue d’avancer à sa manière, en empruntant les chemins sinueux de la mémoire plutôt que les autoroutes du récit classique. C’est parfois frustrant, souvent touchant, et suffisamment singulier pour mériter d’être redécouvert aujourd’hui.

Le Blu-ray

[4/5]

Avec Reviens, Jimmy Dean, reviens, Rimini Éditions poursuit son remarquable travail de redécouverte de films parfois restés dans les marges de l’histoire du cinéma américain. Comme souvent chez l’éditeur, le soin éditorial ne fait aucun doute, même si la qualité intrinsèque du master utilisé rappelle rapidement que tous les classiques ne bénéficient pas encore des mêmes conditions de restauration. Le transfert Haute Définition repose en effet sur un ancien master HD qui accuse aujourd’hui le poids des années. Le piqué demeure assez limité, les plans larges affichent une douceur parfois prononcée et la photographie volontairement vaporeuse imaginée par Pierre Mignot accentue encore cette impression de léger voile permanent. Les gros plans révèlent davantage de détails, notamment sur les visages et les regards des comédiennes, mais l’ensemble manque parfois de précision. Certains choix de traitement numérique, perceptibles dans la restitution des textures des vêtements ou de la peau, donnent également une sensation légèrement artificielle. Les couleurs apparaissent assez sages, avec une dominante chaude, tandis que les contrastes manquent un peu de mordant. Rien de véritablement rédhibitoire toutefois : le film conserve une image stable, propre et agréable à suivre. Côté son, le film nous est proposé en version originale DTS-HD Master Audio 2.0 (mono), et bénéficie d’une restitution claire et parfaitement adaptée à une œuvre reposant avant tout sur les dialogues. Les nombreuses conversations demeurent toujours parfaitement intelligibles, sans effet d’étouffement, tandis que les chansons qui ponctuent le récit retrouvent une présence chaleureuse et une belle dynamique. Une présentation simple, respectueuse et tout à fait satisfaisante.

Côté bonus, Rimini privilégie quelques interventions particulièrement riches qui permettent de replacer Reviens, Jimmy Dean, reviens dans la carrière de Robert Altman ainsi que dans le contexte du cinéma américain du début des années 1980. On commencera avec une présentation du film par Frédéric Mercier (35 minutes), qui s’imposera naturellement comme la pièce maîtresse de l’ensemble. Avec la précision qu’on lui connaît, le critique revient sur la place singulière qu’occupe le film dans la filmographie d’Altman, à un moment où le cinéaste traverse une période plus délicate après plusieurs échecs commerciaux. L’intervention éclaire notamment la manière dont Robert Altman revient au théâtre sans jamais renoncer à sa mise en scène profondément cinématographique. Frédéric Mercier insiste avec beaucoup de justesse sur le travail autour des espaces, des reflets et de la circulation des corps dans un décor pourtant très limité, montrant comment le réalisateur transforme progressivement ce huis clos en véritable laboratoire des souvenirs. Le propos dépasse rapidement la simple analyse du film pour évoquer plus largement les obsessions du cinéaste : les faux-semblants, la mémoire collective, les identités mouvantes ou encore cette fascination permanente pour les groupes humains et leurs mécanismes de fonctionnement. Intéressant ! On continuera ensuite avec un entretien avec le monteur Jason Rosenfield (25 minutes), qui nous offre un éclairage plus technique mais tout aussi passionnant. Son témoignage permet de mesurer à quel point le montage participe discrètement au fonctionnement émotionnel du film. Il revient sur les transitions entre les différentes temporalités, sur l’équilibre délicat entre l’origine théâtrale du récit et les exigences du langage cinématographique, ainsi que sur la collaboration avec Robert Altman, dont les méthodes de travail laissaient une place importante à la spontanéité des interprètes. On terminera enfin avec un module plus bref mais tout aussi intéressant : un entretien avec le directeur artistique David Gropman (11 minutes), qui attirera notre attention sur un aspect souvent sous-estimé du film de Robert Altman : son extraordinaire travail sur les décors. La petite boutique texane où se déroule l’essentiel de l’action devient presque un personnage à part entière, chargée d’objets, de bibelots, d’affiches et de reliques qui semblent conserver la mémoire de celles qui y reviennent vingt ans plus tard. David Gropman explique avec beaucoup de simplicité comment chaque élément du décor a été pensé pour accompagner le thème du temps qui passe, sans jamais attirer inutilement l’attention sur lui-même. Une intervention courte mais particulièrement éclairante.

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