Plus fort que moi
Grande-Bretagne : 2025
Titre original : I swear
Réalisation : Kirk Jones
Scénario : Kirk Jones
Interprètes : Robert Aramayo, Maxine Peake, Peter Mullan
Distribution :Tandem
Durée :2h01
Genre : Biopic, Drame
Date de sortie : 1er avril 2026
4/5
Synopsis : Dans les années 1980, John Davidson grandit avec le syndrome de Gilles de la Tourette, une pathologie encore largement méconnue. Entre incompréhension, stigmatisation et détermination, son parcours d’abord semé d’embûches se transforme en combat pour être reconnu tel qu’il est, au-delà des préjugés.

Certains s’en plaignent, d’autres s’en réjouissent : il y a de plus en plus de biopics au cinéma. A peu près tous les domaines sont concernés mais il est rare que l’on puisse dire d’un biopic qu’il est d’utilité publique. C’est pourtant bien le le cas avec Plus fort que moi, le film britannique que Kirk Jones a consacré à John Davidson. Cet écossais, aujourd’hui âgé de 55 ans, aurait sans doute préféré ne jamais devenir célèbre mais touché à son adolescence par le syndrome de Gilles de la Tourette, à une époque où il était peu connu que ce soit des médecins, de la police ou des familles, il est devenu dans son pays un ambassadeur de cette maladie, permettant à celles et ceux qui, comme lui, sont atteint(e)s par ce trouble neurologique de mieux vivre ce handicap et à toutes celles et tous ceux qui manquent d’information sur ce sujet de les sensibiliser à cette maladie et de leur permettre de mieux comprendre, de mieux accepter, les comportements étonnants, voire choquants, de celles et ceux qui en souffrent. C’est alors que, à l’âge de 13 ans, ses talents de gardien de but avaient amené son entraineur à faire venir le recruteur d’un grand club de football afin qu’il puisse constater de visu la qualité de ses prestations que John a vu apparaitre les premiers symptômes de la maladie, tics moteurs et tics sonores allant chez lui jusqu’à cette tendance à exprimer des mots obscènes, injurieux ou orduriers qu’on appelle la coprolalie, et a commencé à subir leurs conséquences indésirables. En effet, John ayant subi une sévère et douloureuse correction sur les doigts d’une de ses mains pour avoir proféré des grossièretés au Principal de son collège, le recruteur, voyant un gamin au visage grimaçant et n’utilisant qu’une main dans sa prestation de gardien de but, est bien évidemment reparti sans donner suite, tout étonné qu’on l’ait fait venir pour un tel numéro. En quelques jours, sans qu’il comprenne lui-même ce qui lui arrive, les symptômes se sont aggravés et sa vie lui a échappé. Incompris par ses parents, incompris dans le cadre du système scolaire, objet de moquerie ou de violence dans son quotidien, la vie de John aurait été un véritable calvaire sans sa rencontre avec Dottie, une infirmière et de Chris, son mari, qui ont pris soin de lui pendant des années. Sans sa rencontre, également, avec Tommy, un employé municipal qui a permis à John de trouver un travail dans lequel il pouvait s’épanouir, un épanouissement se traduisant entre autre par la réussite de la mission qu’il s’est fixée : promouvoir l’empathie et la compréhension.
Réaliser un film sur un personnage atteint par un très profond syndrome de Gilles de la Tourette demande beaucoup de doigté. Bien entendu, qu’on le veuille ou non, qu’on le regrette ou non, les mots orduriers, les insultes proférées à haute voix ne manqueront pas d’avoir un effet hilarant sur les spectateurs, mais, en même temps, pour que le caractère éducatif du film soit pleinement réussi il faut arriver à créer de l’empathie pour le personnage et s’abstenir d’en faire un objet de moquerie. Heureusement pour les spectateurs, Kirk Jones est un réalisateur britannique et il excelle à combiner comique plein de tendresse et film social. Lorsque, en 2019, John est amené à rencontrer la Reine Elizabeth pour être fait membre de l’ordre de l’empire britannique en reconnaissance de ses activités en faveur de toutes celles et de tous ceux qui souffrent du syndrome de Gilles de la Tourette et qu’il lance un sonore « Fuck the Queen », forcément, on rit, mais, en même temps, on est ému. La distribution de Plus fort que moi est de très haut niveau avec, en particulier, un exceptionnel Robert Aramayo dans le rôle de John Davidson adulte, avec un excellent Scott Ellis Watson dans celui de John Davidson adolescent, avec Maxine Peake qui interprète Dottie avec beaucoup de finesse, avec Shirley Henderson très crédible dans le rôle de la mère de John et l’incontournable Peter Mullan dans celui de Tommy. A la fois drôle et émouvant, Plus fort que moi est un film qui permet à un large public de faire connaissance avec le syndrome de Gilles de la Tourette tout en le divertissant de façon intelligente.
















