A Big Bold Beautiful Journey
Irlande, États-Unis : 2025
Titre original : –
Réalisation : Kogonada
Scénario : Seth Reiss
Acteurs : Colin Farrell, Margot Robbie, Jennifer Grant
Éditeur : Sony Pictures
Durée : 1h49
Genre : Drame, Romance, Fantastique
Date de sortie cinéma : 1 octobre 2025
Date de sortie DVD/BR : 7 janvier 2026
Imaginez pouvoir ouvrir une porte et la franchir pour revivre un moment décisif de votre passé. Sarah et David, deux inconnus célibataires, se rencontrent lors du mariage d’un ami commun et, par un incroyable coup du sort, se lancent ensemble dans une aventure grandiose – drôle, fantastique et pleine d’émotions – où ils revivent des instants marquants de leurs vies respectives. Ces souvenirs retracent leurs parcours et pourraient bien leur offrir une chance de transformer leur avenir…
Le film
[3,5/5]
A Big Bold Beautiful Journey s’ouvre comme une porte qu’on n’aurait jamais pensé pousser, une porte un peu grinçante, un peu magique, qui donne sur un couloir où les souvenirs se prennent pour des funambules. Dans le film de Kogonada, les personnages avancent avec cette hésitation délicieuse de ceux qui savent que le passé n’est jamais un musée, mais un animal vivant, parfois affectueux, parfois prêt à mordre. Le film joue avec cette idée, s’inscrivant dans la veine de récits fantastiques doux-amers tels que Eternal Sunshine of the Spotless Mind ou Il était temps, mais avec une sensibilité propre à Kogonada, toute en glissements subtils et en regards suspendus.
Dans A Big Bold Beautiful Journey, les portes temporelles ne sont pas des gadgets scénaristiques, mais des révélateurs d’âme. Chaque passage d’un souvenir à l’autre ressemble à une respiration profonde, comme si le film invitait à écouter le bruit du monde derrière les dialogues. Kogonada y utilise la lumière comme un pinceau nerveux : elle caresse les visages, souligne les hésitations, éclaire les regrets, transformant l’intime en un spectacle discret. Les mouvements de caméra, souvent fluides, accompagnent les personnages comme un ami trop collant, mais toujours bien intentionné. L’ensemble est émaillé de scènes d’une douceur renversante, où un simple changement de focale suffit à révéler la fragilité des personnages. Les cadres sont composés avec une précision presque sensuelle : un reflet dans une vitre, un contre-jour, un travelling qui glisse comme une main sur une peau trop chaude. Et soudain, A Big Bold Beautiful Journey bascule dans une réflexion plus large sur le temps, la mémoire, et cette étrange pulsion humaine qui pousse à vouloir réparer ce qui n’a jamais été cassé.
A Big Bold Beautiful Journey s’amuse également à détourner les codes de la romance. Pas de violons dégoulinants, pas de déclarations calibrées pour les réseaux sociaux : juste deux êtres qui se frôlent, se ratent, se retrouvent, comme deux GPS émotionnels qui auraient décidé de recalculer leur trajectoire à chaque battement de cœur. Les portes qui s’ouvrent sur le passé évoquent autant les couloirs de L’Agence que les mondes parallèles de Everything Everywhere All at Once, mais Kogonada préfère la délicatesse à la surenchère : le fantastique qui s’immisce au cœur du récit est ici surtout utilisé comme une manière de dire ce qui ne peut pas se dire autrement. Le film parle d’amour, bien sûr, mais aussi de solitude, de choix, de ces instants minuscules qui façonnent une vie entière. A Big Bold Beautiful Journey réussit à mêler humour, émotion et fantaisie sans jamais perdre son équilibre, comme un acrobate qui aurait décidé de jongler avec ses propres souvenirs.
Le Blu-ray
[4/5]
Le Blu-ray de A Big Bold Beautiful Journey édité par Sony Pictures nous arrive dans un joli fourreau cartonné, élégant sans être prétentieux, comme si l’objet lui-même avait compris que le film repose sur la délicatesse plutôt que sur le clinquant. Côté image, le film bénéficie d’un master Haute-Définition d’une grande finesse : les couleurs pastel, typiques de Kogonada, s’étalent avec une douceur presque tactile. Les contrastes restent maîtrisés, les noirs profonds sans être bouchés, et les visages conservent cette texture légèrement granuleuse qui rappelle que le film joue constamment entre réalisme et onirisme. Les séquences lumineuses, notamment celles où les personnages franchissent les fameuses portes, profitent d’une précision remarquable, sans halos disgracieux ni artefacts numériques. En deux mots comme en cent, A Big Bold Beautiful Journey trouve ici un écrin visuel parfaitement adapté à son esthétique, et toc. Côté son, le Blu-ray édité par Sony bénéficie de deux pistes DTS-HD Master Audio 5.1, en VF comme en VO. La version française se montre propre, bien équilibrée, avec des dialogues clairs et une spatialisation très réussie. Néanmoins, la dynamique de l’ensemble reste légèrement en retrait par rapport à la version originale, plus ample, qui nous offre une immersion sonore plus riche : les ambiances, les nappes musicales de Joe Hisaishi, les bruissements du décor, tout semble respirer avec une fluidité accrue. Les effets surround restent subtils, jamais démonstratifs, mais participent pleinement à l’atmosphère douce et enveloppante du film.
Dans la section suppléments, on trouvera d’abord un making of (20 minutes) formaté promo mais agréable, dans lequel l’équipe revient sur la genèse de A Big Bold Beautiful Journey, les intentions du scénario, et la manière dont les acteurs ont abordé leurs rôles. On continuera ensuite avec un module plus technique, centré sur le Production Design, les choix esthétiques, les décors, et la direction artistique très précise de Kogonada (15 minutes). Enfin, le module intitulé Un grand moment musical audacieusement magnifique (5 minutes) isole la délicieuse séquence centrée sur la comédie musicale « How to Succeed in Business Without Really Trying », ce qui nous permettra d’apprécier le travail chorégraphique et la mise en scène millimétrée. Un bon moyen pour prolonger le plaisir pris devant le film !




















