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Critique Express : Baise-en-ville

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Baise-en-ville

France : 2025
Titre original : –
Réalisation : Martin Jauvat
Scénario : Martin Jauvat
Interprètes : Martin Jauvat, Emmanuelle Bercot, William Lebghil
Distribution : Le Pacte
Durée : 1h34
Genre : Comédie
Date de sortie : 28 janvier 2026

3.5/5

Synopsis : Quand sa mère menace de le virer du pavillon familial s’il ne se bouge pas les fesses, Sprite se retrouve coincé dans un paradoxe : il doit passer son permis pour trouver un taf, mais il a besoin d’un taf pour payer son permis. Heureusement, Marie-Charlotte, sa monitrice d’auto-école, est prête à tout pour l’aider – même à lui prêter son baise-en-ville. Mais… C’est quoi, au fait, un baise-en-ville ?

Quel point commun y a-t-il entre La vie de Brian, Yannick, L’Extravagant Mr. Deeds, Les Tuche et Ma frère, 5 titres pris presque au hasard ? Pratiquement aucun, sauf que ces 5 films sont des comédies. Présenté en séance spéciale de la Semaine de la Critique lors du dernier Festival de Cannes, Baise-en-ville, le deuxième long métrage de Martin Jauvat, est une comédie. Mais de quel genre de comédie s’agit-il ? En simplifiant au maximum : comédie fine ou comédie grasse, comédie restant dans les clous du réalisme ou comédie déjantée ? Voyons voir ! Corentin Perrier, surnommé Sprite, est ce qu’on appelle un « Tanguy » : à 25 ans, c’est un grand adolescent indolent qui vit toujours chez ses parents. Sentant peser sur lui la menace d’une mise à la porte de la part de ses parents, il envisage de trouver un travail, mais, que voulez-vous, il est persuadé que, pour en trouver un, le permis de conduire est indispensable et, que voulez-vous, pour passer le permis de conduire, il faut de l’argent, de l’argent que, comme il est honnête, seul un salaire, donc un travail, peut lui procurer. Après s’être vu proposer un travail par son beau-frère,  un poste d’adjoint de son adjoint, un travail, oui, mais une rémunération, non, Sprite va enfin trouver un travail rémunéré et s’inscrire dans une auto-école. La start-up qui lui procure ce travail est spécialisée dans le nettoyage des logements dans lesquels une fête a été organisée et vient de se terminer, et son activité couvre une très vaste étendue dans la banlieue et la grande-banlieue parisienne. Si, chaque fois, Sprite est conduit sur son lieu de travail, il doit se débrouiller tout seul pour rentrer chez lui, une fois le travail terminé. Sans voiture, en banlieue parisienne,  à 3 ou 4 heurs du matin, c’est franchement galère : c’est soit la marche à pied ou attendre le redémarrage matinal des transports en commun.

C’est là que va intervenir le « baise-en-ville » ! Oui, cette sacoche, généralement munie d’une dragonne, ou bien une petite valise, permettant de transporter l’essentiel pour passer une nuit en dehors de son domicile et plus particulièrement utilisée par des hommes portés sur les rencontres d’un soir (A noter que cette définition, tirée de Wikipédia, ne prend pas en compte l’utilisation d’un baise-en-ville par une femme ! Etonnant, non ?). C’est un tel « outil » que Marie-Charlotte, la monitrice d’auto-école, conseille à Sprite d’utiliser avec l’objectif suivant : trouver à chaque fois, sur un site de rencontre, une jeune femme habitant à proximité du lieu de travail de la nuit à venir. A la seule lecture de ce qui précède, vous aurez compris que Baise-en-ville est a priori susceptible de couvrir la plupart des champs possibles de la comédie. Et, au bout du compte, ce film arrive peu ou prou à le faire ! Comédie grasse ? Un peu, quand même, ne serait-ce que par ce titre qui risque d’attirer des spectateurs qui vont se retrouver déçus et d’en repousser d’autres qui, eux, l’auraient apprécié. Par quelques répliques, également, qui ne sont pas d’une grande finesse : à vous de les découvrir. Comédie fine ? Beaucoup plus ! Ne serait ce que parce que Sprite est tout sauf une bête de sexe : il sort d’un chagrin d’amour et il n’arrive pas à « coucher » sans être amoureux, ce qui donne naissance à des situations savoureuses. Comédie réaliste ? Oui, ne serait-ce que le description des rapports entre les parents de Sprite et leur « Tanguy » de fils, la satire de la start-up nation et, plus généralement, du monde du travail avec ce poste d’adjoint d’adjoint, et, surtout, l’évocation des galères de transport que connaissent les franciliens, particulièrement lorsqu’il s’agit d’aller d’une commune de la grande couronne à une autre commune de la grande couronne ou pendant les heures de la nuit durant lesquelles ne circule aucun RER.  Comédie déjantée ? Oui aussi, ne serait-ce que dans le comportement de Marie-Charlotte, à la fois acariâtre et capable d’empathie et dans un tas de scènes loufoques tout au long du film. Comme pour Grand Paris, son premier long métrage, présenté à Cannes 2022 dans la sélection ACIDMartin Jauvat a puisé dans sa propre existence les principaux éléments de Baise-en-ville : la vie à Chelles, en Seine-et-Marne, le fait de retourner vivre chez ses parents lorsqu’il s’est retrouvé célibataire, le fait d’être sans travail et de passer son permis de conduire. Les moyens dont il a pu disposer pour tourner Baise-en-ville sont sans commune mesure avec ceux dont il avait disposé pour Grand Paris : 3.5 millions d’euros contre 300 000 ! Des moyens qui lui ont permis d’inclure dans son casting des interprètes comme Emmanuelle Bercot, Géraldine Pailhas et Michel Hazanavicius aux côtés d’interprètes déjà présents dans Grand Paris : lui-même, William Lebghil, Anaïde Rozam, Sébastien Chassagne et Eva Huault. Après avoir commencé à Cannes par la sélection ACID et avoir continué à La Semaine de la Critique, on ne serait pas étonné de voir son prochain film sélectionné à la Quinzaine des Cinéastes ou à Un Certain Regard.

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