Critique : L’Âme idéale

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L’Âme idéale

France, 2025
Titre original : –
Réalisatrice : Alice Vial
Scénario : Alice Vial et Jean-Toussaint Bernard
Acteurs : Magalie Lépine-Blondeau, Jonathan Cohen, Florence Janas et Jean-Christophe Folly
Distributeur : Gaumont
Genre : Drame fantastique
Durée : 1h39
Date de sortie : 17 décembre 2025

3/5

Quelque part entre le rire et les larmes, on comprend très bien pourquoi ce film doux-amer est devenu le coup de cœur discret du public français entre la fin de l’année 2025 et le début 2026. Semaine après semaine, L’Âme idéale continue à résonner auprès des femmes et des hommes qui viennent le découvrir en salles, enregistrant par exemple de très loin la plus faible baisse de fréquentation au box-office des premiers jours de la nouvelle année. Il n’y a rien de magique à cela, tant le premier long-métrage de Alice Vial joue pleinement la carte de l’amour plus fort que tout, même plus fort que la mort. Ou peut-être si, justement, la qualité principale de cette histoire touchante réside-t-elle dans sa façon élégante d’accepter l’imperfection de ses personnages, tout comme dans sa prémisse à l’aspect fantastique indéniable. Quand, de surcroît, les étincelles romantiques volent entre Magalie Lépine-Blondeau et Jonathan Cohen, on aurait décidément tort de bouder notre plaisir !

Plus de trente-cinq ans après Ghost de Jerry Zucker et encore sensiblement plus longtemps depuis Une question de vie ou de mort de Powell et Pressburger, on pensait avait fait le tour de tous les cas de figure imaginables de l’amour inconditionnel entre le monde des vivants et celui des morts. Pendant les premières minutes du film, on s’aventure même à s’imaginer dans quelle direction farfelue le récit ira nous amener, c’est-à-dire à anticiper, voire à appréhender les revirements les plus mélodramatiques à venir. Finalement, il n’en est rien ou presque, tant la mise en scène préfère se concentrer sur l’essentiel de l’intrigue : la difficile acceptation de la part du personnage féminin principal de son rôle singulier, source de frustrations ininterrompues dans cet espace à part des limbes qu’elle est la seule à fréquenter. Le tout sur un ton curieusement apaisant, sans que la question si épineuse de la mort n’y soit traitée avec la moindre désinvolture.

© 2025 Marie-Camille Orlando / Les Films entre 2 et 4 / TF1 Films Production / Gaumont Tous droits réservés

Synopsis : Elsa, médecin dans une unité de soins palliatifs, dispose d’un don qui lui complique depuis toujours sa vie affective. Elle peut parler aux morts et les aider à lâcher prise de l’environnement où ils avaient vécu. Suite à un accident bénin de scooter, Elsa fait la connaissance d’Oscar, un compositeur amateur sur le point de percer dans le monde professionnel. Entre eux, c’est le coup de foudre. Mais lorsqu’elle est convoquée au commissariat de police, Elsa doit se rendre une fois de plus à l’évidence que les choses ne sont pas aussi simples qu’elles paraissaient.

© 2025 Marie-Camille Orlando / Les Films entre 2 et 4 / TF1 Films Production / Gaumont Tous droits réservés

La suspension de l’incrédulité est la première condition essentielle pour qu’un film comme L’Âme idéale puisse fonctionner. Elle s’agence assez convenablement au cours de la première séquence ici, histoire de nous faire entrer doucement dans le monde parallèle qu’Elsa habite par intermittence, tout en nous faisant comprendre le prix élevé qu’elle a dû payer pour cette faculté soi-disant spirituelle. Désormais, notre lien d’identification se base à la fois sur ce secret partagé entre elle et nous, ainsi que sur l’empathie que provoque chez nous cette sorte de malédiction à double tranchant. La faculté d’agir en tant que passeuse lui pèse, certes, mais en même temps, c’est avant tout le manque de compréhension de son entourage qui la met à l’écart, là où les morts se montrent globalement des plus conciliants. En extrapolant à peine, le scénario de ce premier film prometteur en dit long sur le rejet basé sur la différence, autrement dit sur la discrimination, et la difficulté des personnes exclues de la sorte de maintenir un style de vie pleinement épanoui.

Toutefois, c’est grâce à une variation plutôt inattendue du thème de l’existence écartelée entre la vie et la mort que le récit démarre réellement. Dès lors, l’enjeu dramatique ne consiste plus à déterminer qui a les pieds fermement plantés dans la réalité et qui flotte sans attaches au-dessus d’un quotidien forcément contraignant. Il s’agit davantage d’apprendre à réconcilier ces deux univers en apparence mutuellement exclusifs par le pouvoir de l’amour. A l’excès d’une eau de rose délicieuse succède alors un étau de plus en plus inextricable dont la seule issue serait nécessairement malheureuse. La banalité d’une relation basée sur des projets communs rattrape par la suite la parenthèse enchantée d’un drôle de voyage de noces au Havre. Sa fin de non-recevoir suscite en quelque sorte un retour à la case départ, celle d’une responsabilité professionnelle et philosophique à assumer simultanément pour soi-même et pour l’autre.

© 2025 Marie-Camille Orlando / Les Films entre 2 et 4 / TF1 Films Production / Gaumont Tous droits réservés

Face au volet romantique des plus réussis de L’Âme idéale – constamment en équilibre entre l’hystérie d’elle et la résignation morbide de lui –, c’est avant tout son traitement tout à fait délicat de la mort qui nous a subjugués. On ne parle pas de l’effet un peu voyant de la lumière éclatante qui accompagne au niveau visuel la disparition définitive des défunts, mais plus généralement d’une très grande sérénité en abordant ce sujet pour le moins difficile. La volonté de paix et de réconciliation entre ces deux mondes prévaut ainsi, nous épargnant par la même occasion tout choc artificiel dérivé du genre horrifique. Non, grâce au regard apaisé de la réalisatrice, le fait de mourir n’a rien de scabreux ou de terrifiant ici, bien qu’une transition sans heurts vers l’au-delà ne soit pas non plus donnée à tout un chacun. Là où cet embouteillage des âmes en peine pourrait aisément provoquer des incohérences scénaristiques ailleurs, il fournit une matière dramatique solide dans le cadre de cette histoire guère dupe des faits fondamentaux de la vie.

Puis, presque accessoirement, l’intrigue offre au personnage principal un refuge des plus atypiques : l’hôpital comme endroit où l’on peut mourir dignement. Et si l’élément le plus improbable de cette histoire joliment abracadabrante était en fait sa description hautement embellie du milieu hospitalier, dans la vraie vie peuplé d’un personnel surmené et de patients soignés à la chaîne ? La représentante suprême de cette vie vécue par procuration – un autre thème majeur du film – est la vieille dame mourante avec laquelle Elsa partage en partie ses escapades amoureuses. Dans ce rôle en apparence sans importance, Anne Benoît ancre le récit dans une douce mélancolie, à laquelle le couple vedette accède plus laborieusement. En effet, le caractère fantastique de leur relation les maintient dans une fragilité sentimentale impossible à consolider. Heureusement, le scénario finit par préparer à Elsa une opportunité de rebondir, sous les traits de Jean-Christophe Folly en supérieur d’abord antagoniste. In extremis, il sera le seul à la soutenir dans sa lente acceptation de son don particulier.

© 2025 Marie-Camille Orlando / Les Films entre 2 et 4 / TF1 Films Production / Gaumont Tous droits réservés

Conclusion

Les plus belles histoires d’amour sont celles auxquelles on a le plus grand mal à croire. En théorie, l’intrigue de L’Âme idéale est exceptionnellement sinistre et empreinte d’une conception de la vie après la mort susceptible de poser problème aux esprits religieusement inclinés. Pourtant, le premier film de Alice Vial ne manque pas de séduire, à la fois grâce au couple presque parfait formé par Magalie Lépine-Blondeau et Jonathan Cohen et en raison de son approche sans fausse pudeur, ni surpoids tragique de cette question qui devrait nous hanter, toutes et tous, sur la façon dont nous aurons à mourir un jour …

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