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Test Blu-ray : Left-Handed Girl

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Left-Handed Girl

Taïwan, Royaume-Uni, États-Unis, France : 2025
Titre original : –
Réalisation : Shih-Ching Tsou
Scénario : Shih-Ching Tsou, Sean Baker
Acteurs : Janel Tsai, Nina Ye, Ma Shi-Yuan
Éditeur : Le Pacte
Durée : 1h48
Genre : Drame
Date de sortie cinéma : 17 septembre 2025
Date de sortie DVD/BR : 22 janvier 2026

Une mère célibataire et ses deux filles arrivent à Taipei pour ouvrir une petite cantine au cœur d’un marché nocturne de la capitale taiwanaise. Chacune d’entre elles doit trouver un moyen de s’adapter à cette nouvelle vie et réussir à maintenir l’unité familiale…

Le film

[4/5]

Le quotidien a parfois la délicatesse d’un pigeon constipé, et Left-Handed Girl le sait très bien. Le film de Shih-Ching Tsou s’ouvre sur Taipei comme sur une grande respiration urbaine, où chaque souffle semble hésiter entre l’espoir et la migraine. Left-Handed Girl suit une mère et ses deux filles débarquant dans un marché nocturne, et ce décor n’est pas qu’un décor : c’est un organisme vivant, un poulpe fluorescent qui colle aux doigts et aux émotions. Co-écrit par Shih-Ching Tsou et Sean Baker, le film s’inscrit naturellement dans la lignée de chroniques sociales comme Anora ou The Florida Project, mais avec une douceur plus latérale, presque oblique, comme si Shih-Ching Tsou refusait de regarder la vie en face pour mieux la saisir du coin de l’œil. Et ce regard de travers, c’est précisément ce qui donne au récit sa poésie cabossée, sa manière de transformer un simple étal en métaphore de la survie moderne, sans jamais sombrer dans le pathos algorithmique.

Dans Left-Handed Girl, les personnages avancent comme des funambules sur un fil tendu entre nécessité économique et désir d’émancipation. La mise en scène de Shih-Ching Tsou épouse cette tension : caméra mobile, plans serrés, couleurs saturées qui semblent vouloir s’échapper du cadre comme des ados en manque de liberté. Le film travaille la lumière comme un secret qu’on n’ose pas avouer, et chaque néon du marché nocturne devient un témoin indiscret des fragilités familiales. On pourrait dire que le film caresse ses protagonistes comme un chat un peu pervers, mais ce serait exagéré – quoique l’idée d’un chat voyeur n’est pas si éloignée de la manière dont Left-Handed Girl observe ses héroïnes. Derrière l’humour discret, le film interroge la reconstruction, la migration intérieure, la manière dont un lieu peut devenir une seconde peau, même si elle gratte un peu.

Le récit de Left-Handed Girl avance par petites secousses, comme un scooter taïwanais qui aurait décidé de philosopher entre deux feux rouges. Les dialogues, souvent minimalistes, laissent la place aux gestes, aux regards, aux micro-événements qui composent la texture du réel. Shih-Ching Tsou filme les mains, les corps, les déplacements, comme si chaque mouvement racontait une histoire parallèle. Left-Handed Girl rappelle parfois Shoplifters dans sa manière de faire exister la famille comme une construction mouvante, bricolée, fragile mais tenace. Par ailleurs, le film transforme le décor du marché nocturne en un véritable labyrinthe mental. Les allées deviennent des couloirs de mémoire, les stands des stations émotionnelles, et les bruits de friture se mêlent aux pensées des personnages. Left-Handed Girl joue avec les sons comme avec des fantômes : un mixage subtil, presque tactile, qui fait vibrer les espaces autant que les sentiments, qui nous propose au final une réflexion sérieuse sur la manière dont l’environnement façonne les trajectoires individuelles, comment un simple bruit peut devenir un rappel de ce qu’on fuit ou de ce qu’on espère.

Enfin, Left-Handed Girl trouve sa force dans son refus de la démonstration. Pas de grands discours, pas de morale préfabriquée, juste une succession de moments qui, mis bout à bout, dessinent une cartographie sensible de la résilience. Shih-Ching Tsou filme ses héroïnes avec une tendresse qui n’exclut pas la rugosité, comme si elle voulait nous rappeler que la beauté naît souvent du chaos. Le film s’achève sur une note ouverte, presque suspendue, comme si la vie continuait hors champ – ce qui est probablement le plus beau compliment qu’on puisse faire à Left-Handed Girl. Une œuvre discrète mais vibrante, qui laisse une trace durable, un peu comme un parfum qu’on n’arrive pas à identifier mais qu’on n’oublie jamais.

Le Blu-ray

[4/5]

Le Blu-ray de Left-Handed Girl édité par Le Pacte vient de débarquer dans un boîtier simple mais élégant, accompagné d’un fourreau cartonné qui reprend l’affiche internationale, avec ses néons rose-bleu et ses silhouettes en clair-obscur. Rien de clinquant, mais une sobriété qui colle parfaitement à l’esprit du film de Shih-Ching Tsou. Côté transfert, l’image proposée par le disque est d’une précision remarquable : les textures du marché nocturne, les reflets sur les bâches plastifiées, les variations de lumière entre les stands… tout ressort avec une netteté qui rend justice au travail de Ko-Chin Chen et Tzu-Hao Kao. Left-Handed Girl profite ici d’un encodage propre, sans artefacts visibles, même dans les scènes les plus sombres où les néons pourraient facilement virer au pâté numérique. Le son, en VO DTS-HD Master Audio 5.1, enveloppe l’espace avec une finesse rare : les bruits de scooters, les conversations lointaines, les éclats de voix du marché, tout se déploie avec une spatialisation naturelle – un mixage équilibré, jamais agressif, qui met en valeur les respirations du film autant que ses moments de tension. Un mixage DTS-HD Master Audio 2.0 est également disponible, et s’avérera sans doute plus cohérent si vous visionnez Left-Handed Girl sur un simple téléviseur, sans barre de son ou système de Home Cinema.

Côté suppléments, Le Pacte nous propose de commencer par un entretien avec Shih-Ching Tsou (10 minutes) revient sur la genèse du projet, ses influences, et la manière dont la réalisatrice a voulu capter l’énergie du marché nocturne sans tomber dans l’exotisme de carte postale. On continuera avec un entretien avec Nina Ye et Shih-Ching Tsou (6 minutes) explore la relation entre la réalisatrice et son actrice, leur travail sur la gestuelle, les silences, et la construction d’un lien mère/fille crédible. Enfin, l’entretien avec l’actrice Shi-Yuan Ma (6 minutes) offre un éclairage précieux sur la direction d’acteurs et la manière dont le film a été pensé comme une chorégraphie du quotidien. Enfin, on terminera avec un deuxième entretien avec Shih-Ching Tsou (5 minutes), enregistré à Cannes pour la Fondation GAN pour le Cinéma. Le tout compose un Blu-ray solide, complet et parfaitement aligné avec l’esprit du film.

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