Critiques de films Drame — 10 novembre 2012
Villegas

Argentine , Pays-Bas, France : 2012
Titre original : Villegas
Réalisateur :
Acteurs : , ,
Distribution : Epicentre Films
Durée : 1h36
Genre : Drame
Date de sortie : 07/11/12

Globale : [rating:3][five-star-rating]

Année après année, le cinéma argentin continue de prouver sa grande vitalité qui en fait actuellement le cinéma le plus intéressant du continent sud-américain. Certes, tous les films n’atteignent pas le niveau de Les Acacias, mais, en attendant Le bidonville de la vierge, le dernier film de Pablo Trapero et Jours de pêche en Patagonie, le dernier Carlos Sorin, deux films remarquables qui sortiront dans quelques semaines, on peut aller jeter un coup d’œil à Villegas, le premier long métrage d’un réalisateur remarqué plusieurs fois par ses court-métrages.

Synopsis: Esteban et Pipa, deux cousins autrefois inséparables, se rendent ensemble à l’enterrement de leur grand-père à Villegas, le village où ils ont passé leur enfance.
Les deux trentenaires affrontent pour la dernière fois leur passé et vont devoir apprendre à grandir, entre tensions et complicité.

Le monde des trentenaires

Pour son premier long métrage, présenté dans une séance spéciale de la Sélection Officielle du dernier Festival de Cannes, le trentenaire Gonzalo Tobal a choisi de s’intéresser à un sujet qu’il connaît forcément très bien : les trentenaires de sexe masculin. Plus particulièrement, les problèmes que rencontre la génération actuelle pour rentrer dans le monde des adultes, une génération marquée, d’après le réalisateur, par la citation « Je veux jouer de la guitare toute la journée ». Certes, il s’agit d’une citation 100 % argentine puisque tirée d’une chanson d’un groupe argentin, mais elle a une portée quasiment universelle. Pour traiter son sujet, Gonzalo Tobal a choisi de commencer son film en mettant ses 2 personnages principaux dans une voiture qui va partir de la capitale argentine pour aller à General Villegas, une grosse bourgade en pleine Pampa argentine, située à 410 km de Buenos-Aires. On apprend vite qu’ils sont cousins, ce qui signifie qu’ils ont un grand-père commun et, tradition oblige, ils ont reçu tous les deux le prénom de ce grand-père : Esteban. Pour éviter la confusion, l’un d’eux a toujours été appelé Pipa par la famille. General Villegas est le berceau de leur famille, l’endroit où ils sont nés, où ils ont passé leur enfance et, s’ils prennent la route pour s’y rendre, c’est parce que ce grand-père commun vient d’y mourir et ils font voiture commune pour se rendre à l’enterrement. Le trajet vers General Villegas, plein de péripéties, va nous permettre de cerner la personnalité de ces 2 cousins : ils étaient jadis inséparables, ils faisaient de la musique ensemble, ils ont quitté la Pampa pour l’immense métropole qu’est Buenos-Aires, puis, petit à petit, la vie les a plus ou moins séparés, Esteban choisissant une vie rangée alors que Pipa est resté dans la marginalité, vivotant dans la musique en passant de groupe à groupe.

Un village en pleine Pampa

Lorsqu’ils arrivent à General Villegas, le film s’oriente vers un autre thème : la description de la vie rurale dans l’Argentine d’aujourd’hui, à 5 heures de route de Buenos-Aires. Cette description va de pair avec celle du ressenti de nos 2 cousins face à un mode de vie qu’ils ont connu mais dont ils ont perdu certains codes, eux qui sont devenus de vrais citadins. Il est dommage que Gonzalo Tobal, très intéressant dans la première partie du film, très road-movie, n’arrive pas à être aussi passionnant dans cette deuxième partie du film, qui tire vers la chronique familiale. Certaines scènes tournent un peu en rond, à l’image du tracteur conduit par l’un des cousins dans une prairie bosselée. En fait, Gonzalo Tobal a eu le tort d’être trop ambitieux, ce qui, avouons le, n’est pas toujours un défaut rédhibitoire. Toujours est-il que le spectateur peut se montrer un peu frustré lorsque le réalisateur vient délayer son sujet principal, jusque là traité avec modestie et talent, avec un autre sujet, certes intéressant par lui-même, mais qui brouille les pistes en nous faisant trop souvent perdre le fil de la relation entre les 2 cousins et leur évolution vers la maturité.

Un scénario écrit pour deux comédiens

Lorsque Gonzalo Tobal a écrit le scénario de Villegas, il savait qui joueraient les deux rôles principaux : il connait depuis longtemps Esteban Bigliardi, qui joue Pipa, et ce dernier lui a fait connaître Esteban Lamothe. Vous l’aurez remarqué : les deux comédiens portent le même prénom, celui des deux protagonistes du film ! Une façon, pour le réalisateur, de garder l’interaction entre fiction et réalité. Est-ce leur talent intrinsèque, est-ce le fait d’un scénario écrit spécifiquement pour ces 2 comédiens, toujours est-il qu’ils sont tous deux excellents. Un troisième « personnage » est important dans le film : la musique. Dans leur jeunesse, Esteban et Pipa ont rêvé d’être musicien, Pipa l’est devenu. La musique a été composée par Nacho Rodriguez Begueira en amont du tournage, des démos étant utilisées lors de certaines prises. On entend par ailleurs « Where Have All The Flowers Gone », la très belle chanson de Pete Seeger, interprétée par Marlene Dietrich et un extrait d’une œuvre religieuse de Vivaldi interprété par le contre-ténor Gérard Lesne.

Résumé

C’est un peu l’histoire du verre à moitié plein ! On ne peut qu’insister sur l’intérêt que présente pendant 45 minutes la partie road movie de Villegas, avec sa description très fine du comportement de deux grands adolescents de … 30 ans. On ne peut que regretter que cet intérêt s’étiole dès qu’ils sont plongés dans leur famille et la vie rurale. Les qualités de cinéaste de Gonzalo Tobal étant évidentes, on peut se montrer optimiste quant aux films qui suivront.

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Jean-Jacques

Cet article a été rédigé par Jean-Jacques Corrio, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles