Critique : Under the skin

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Etats-Unis : 2013

Titre original : –
Réalisateur :
Scénario :  Jonathan Glazer, Walter Campbell, d’après l’oeuvre de Michel Faber
Acteurs :
Distribution : MK2, Diaphana
Durée : 1h47
Genre : Science fiction
Date de sortie : 18 juin 2014

Note : 4,5/5

Se laisser emporter dans un conte expérimental et sensoriel, telle est la proposition du nouveau long-métrage de Jonathan Glazer qui glisse avec maestria sous et sur la peau de Scarlett Johansson.

Synopsis : Une femme erre seule dans les rues de Glasgow dans une camionnette blanche. Elle aborde des inconnus et les attire dans une étrange demeure. Mais sous l’apparence d’une créature de rêve se cache en réalité un être différent qui leur réserve un sort terrible.

Under the skin

La Belle est la Bête

Scarlett Johansson étonne dans cette aventure radicale de science-fiction aux dialogues rares. C’est dans sa peau (under the skin) qu’une prédatrice sans conscience venue d’on ne sait où et qui s’est appropriée le cadavre d’une écossaise morte, va chercher ses proies et les attirer dans une masse liquide sombre qui va les avaler comme s’ils n’étaient plus que de la nourriture. Secondée par un motard non moins étrange, elle agit littéralement en mangeuse d’hommes. Son opération de séduction se répétera à plusieurs reprises, avec à chaque fois la même froideur et l’apathie presque complice de ses victimes, endormies par cette sirène aux intentions peu charitables. Dénuée d’empathie, comme le montre une séquence au bord d’une mer agitée, elle est déterminée dans un premier temps à assurer son étrange fonction avant d’avancer vers sa perte.

L’actrice crée un personnage inquiétant dans une performance plus physique que verbale, à l’opposé total de sa récente apparition vocale dans Her où elle était une voix de téléphone. Ici c’est son corps d’actrice qu’elle livre à la caméra mais n’est pourtant pas filmée comme un objet de désir. Certes, elle séduit aisément des inconnus mais très vite sa nudité devient inquiétante avant d’être le premier vecteur de son évolution vers une humanité tardive qui passe par sa prise de conscience du corps humain, le sien mais aussi celui des autres, traversé par des aspérités physiques et des formes dont cet être ne soupçonnait pas l’existence. Son corps est désérotisé par le regard du metteur en scène, et n’est qu’un élément de son interprétation, à l’image du travail d’Emmanuelle Béart dans La Belle Noiseuse de Jacques Rivette. C’est un costume comme un autre, et en jouant ce que l’on devine être une extraterrestre, elle retrouve en tant qu’actrice une réalité quotidienne qui lui est parfois refusée dans ses rôles chargés d’érotisme, même malgré elle ou les intentions des scénarios.

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Un film venu d’ailleurs

Faisant le pari d’un film différent, exaltant, enivrant, Jonathan Glazer ose un récit épuré, adapté librement d’un roman de Michel Faber. Pour apporter une plus grande authenticité à ce conte fantastique, une grande partie de ce voyage en Ecosse a été tourné en caméra cachée afin de saisir l’étonnement des passants devant les apparitions de la star américaine portant perruque noire et manteau de fourrure. Cette transformation lui permet de se mêler discrètement aux figurants involontaires de la rue, d’une grande surface ou d’une boîte de nuit. Le climat d’épouvante se retrouve renforcé par cette approche documentaire de la mise en scène qui évite toute tentation de séquence spectaculaire.

Lorsque cette créature s’enquiert du degré de solitude de ses victimes humaines, elle ne ressent rien, le discours qu’elle leur tient est désincarné, calculé, froid mais son évolution la rapprochera de ceux qui furent ses victimes. Un retournement glaçant et désespéré dans la quête métaphysique de cette femme fatale d’un autre genre, héroïne terrible de cet ovni captivant.

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Résumé

Troisième long-métrage de Jonathan Glazer après Sexy Beast avec Ray Winstone et Ben Kingsley et surtout Birth avec Nicole Kidman, Under the skin n’est pas forcément accessible à tout le monde. Mais ceux qui se laisseront tenter par ce voyage dans les brumes enveloppantes d’une Ecosse elle aussi aussi monstrueuse que séduisante partageront un trip original notamment grâce à la musique organique et hypnotique de Mica Levi et de très beaux effets sonores.

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