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Berlinale 2016 : Meteorstrasse

Allemagne, 2016
Titre original : Meteorstraße
Réalisateur :
Scénario : Aline Fischer
Acteurs : , , Bodo Goldbeck
Distribution : –
Durée : 1h24
Genre : Drame de réfugiés
Date de sortie : –

Note : 3/5

Le sujet des réfugiés a beau occuper le devant de la scène médiatique allemande depuis quelques mois, il ne date pas de hier. Le film d’ouverture de la section parallèle du Festival de Berlin, Perspektive Deutsches Kino, le prouve amplement, sans pour autant faire preuve d’opportunisme. Au contraire, le sort du jeune réfugié palestinien au cœur de Meteorstrasse sert moins d’exemple qu’il indique les failles évidentes du soi-disant paradis allemand. Un pragmatisme teinté de pessimisme prime ainsi dans les démarches de cet adolescent pratiquement abandonné à lui-même. Pour lui, l’avenir dans son pays d’adoption se dérobe sous ses pieds, chaque fois qu’il retombe dans le cercle vicieux de la discrimination, de l’exploitation ou bien de l’oisiveté auto-destructrice que son frère aîné pratique à la perfection. Aucun de ses projets n’arrive à lui donner sérieusement espoir, même si la morosité de son esprit ne se répercute pas obligatoirement sur la facture du premier film de la réalisatrice Aline Fischer, d’origine française.

Synopsis : Depuis que ses parents ont été déportés au Liban, le jeune Palestinien Mohammed vit seul avec son frère Lakhdar dans un appartement délabré près de l’aéroport de Berlin. Fan de motos, il espère décrocher un stage dans un garage. En attendant que les travaux y soient finis, son patron le fait travailler au noir en le payant misérablement. Mohammed se tient à carreau, jusqu’à ce qu’il devienne clair qu’il n’aura jamais son poste d’apprenti et que les conseils de son frère l’amèneront tôt ou tard dans la même déchéance mentale et morale que lui.

Chien errant

Derrière les statistiques de l’immigration se cache un nombre exponentiel d’histoires individuelles, parfois tristes, parfois joyeuses, quoique invariablement marquées par une très grande précarité. La vie quotidienne du héros de Meteorstrasse piétine ainsi, rythmée par toutes sortes d’activités sans finalité clairement établie. Alors qu’il vit en Allemagne depuis de nombreuses années et qu’il maîtrise correctement la langue, son existence se situe en marge d’une société nullement empressée de l’accueillir pleinement en son sein. Sur sa carte de séjour, il est certes indiqué qu’il sera toléré définitivement, mais cette fausse largesse administrative n’équivaut pas pour autant pour lui à une intégration sans restrictions. Où qu’il aille, il est la cible d’une méfiance généralisée, qui peut carrément se transformer en une hostilité ouverte, dès que son entourage autochtone le considère comme suspect sous quelque aspect que ce soit. Cette forme d’exclusion ne serait pas aussi difficile à supporter, si Mohammed avait au moins un soutien affectif à la maison. Loin de ses parents dont seul le côté paternel maintient un lien téléphonique, il est plus le témoin impuissant que le complice des écarts de conduite de son frère détraqué.

La chimère de la Légion étrangère

Cependant, la mise en scène de Aline Fischer ne verse point dans les oppositions manichéennes entre ce pauvre paria quasiment mineur et les différentes formes de cynisme présentes dans son entourage adulte. Elle s’applique surtout à illustrer l’ambiguïté de l’âme humaine, d’une façon sensiblement plus sobre et concrète que le laisse supposer notre formulation perfectible du cœur nerveux du film. Le récit s’agence en effet autour d’une série de basculements du propos vers la noirceur, qui ne ressemble pourtant pas à une déchéance méthodique. Malgré la nature trompeuse de ses tentatives de redressement, Mohammed reste le maître de son destin, aussi peu enviable soit-il. De même, en dessous de certains traits de caractère inquiétants et de sa fonction conventionnelle d’exemple à ne surtout pas suivre, Lakhdar se rend compte de ses erreurs au plus tard quand il a un accès partiel aux tourments intérieurs de son frère. Hélas, il est déjà trop tard à ce moment-là pour revenir en arrière et créer le genre de cocon familial dont le personnage principal rêve avec une naïveté touchante. Car il n’y a aucune place pour la quiétude et l’épanouissement dans l’univers que la réalisatrice a su créer avec une assurance filmique appréciable, parce que réfractaire aux platitudes du misérabilisme et du chantage affectif du spectateur.

Conclusion

Toute la richesse du jeune cinéma allemand se laisse deviner dans ce premier film qui s’approprie un sujet brûlant sans en tirer un capital démagogique. Grâce aux interprétations instinctives et complémentaires de Hussein Eliraqui et de Oktay Inanç Özdemir dans les rôles des deux frères condamnés à vivre sous le même toit, Meteorstrasse constitue une plongée fascinante dans l’univers passablement glauque des réfugiés laissés-pour-compte, tolérés sur le territoire allemand mais guère invités à s’y intégrer pleinement.

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Tobias Dunschen

Cet article a été rédigé par Tobias Dunschen, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles