Critiques de films Documentaire — 14 novembre 2011
Les Nouveaux chiens de garde

Les Nouveaux chiens de garde l'affiche du film

France : 2011
Titre original : Les Nouveaux chiens de garde
Réalisateur : ,
Scénario :
Acteurs : , ,
Distribution : Epicentre Films
Durée : 1h44
Genre : Documentaire
Date de sortie : 11 janvier 2012

Globale : [rating:4][five-star-rating]

Les nouveaux chiens de garde est un documentaire plutôt controversé sur le pouvoir des médias en France. Réalisé par le journaliste Gilles Balbastre et le cinéaste Yannick Kergoat, le documentaire dégage de nombreux messages puissants d’une manière originale et ludique. Le documentaire, qui incite à « réveiller les consciences des gens » d’après Yannick Kergoat, est la suite logique d’un mouvement libéral après la publication du livre de Paul Nizan, Les chiens de garde.

Synopsis : En 1932, l’écrivain Paul Nizan publiait Les chiens de garde pour dénoncer les philosophes et les écrivains de son époque qui, sous couvert de neutralité intellectuelle, s’imposaient en véritables gardiens de l’ordre établi. Aujourd’hui, les chiens de garde sont journalistes, éditorialistes, experts médiatiques, ouvertement devenus évangélistes du marché et gardiens de l’ordre social. Sur le mode sardonique, LES NOUVEAUX CHIENS DE GARDE dénonce cette presse qui, se revendiquant indépendante, objective et pluraliste, se prétend contre-pouvoir démocratique. Avec force et précision, le film pointe la menace croissante d’une information produite par des grands groupes industriels du Cac40 et pervertie en marchandise.

Les Nouveaux chiens de garde photos du film

Un message puissant et percutant

Les Nouveaux Chiens de garde aborde en premier lieu, les thèmes majoritaires et fondamentaux du pouvoir journalistique. Aussi, comment le pouvoir contrôle les médias ? Qui sont ces « chiens » qui contrôlent la population et quels liens entretiennent-t-ils avec le gouvernement ? L’information est- t-elle réellement objective et libérale ? Comment les médias s’emparent-t-ils de l’information ?

Beaucoup d’information donc. Même si le message est pertinent et puissant, on en fini par perdre un peu le fil du documentaire, à cause de l’exubérance des idées. Malgré tout, le message, en globalité, reste clair : Ceux qui nous informent nous contrôlent, et d’après Yannick Kergoat, « On ne changera les médias qu’en changeant la société ». Le discours sur l’indépendance des médias, du ministre de l’information, diffusé en avril 1962, reviendra souvent au cours du film, pour montrer que rien n’a changé depuis 50 ans. Le documentaire, qui approfondi des informations déjà connues, parvient à réveiller le spectateur : les idées les percutent, ils rigolent même, lorsque les images ironisent. Il aide à leur ouvrir les yeux, à voir plus loin que le bout de son nez, à réfléchir enfin, par lui-même. Les réalisateurs sont uniquement là, pour rappeler les faits et leur donner les clés…

Avec originalité, les réalisateurs parviennent à être l’œil qui prend énormément de recul sur les images et les faits. En effet, la voix-off guide le spectateur et prend énormément de distance. Ce qu’elle veut dénoncer est complètement explicite : l’omniprésence des groupes financiers et économique qui dominent la presse. Et avec cette distance, les réalisateurs arrivent à prouver et dénoncer toute la complexité de la presse. Grâce au décryptage des images et des informations, les cinéastes prouvent le trafic de l’information, orchestrée par les plus grands journalistes. Ils nous dévoilent, avec crédibilité, tous les dessous financiers et moraux de la presse. Et, pour élargir l’intérêt public, les cinéastes aborderont les plus grosses informations qui ont dominé la presse ces dernières années : la crise économique, le comportement de Nicolas Sarkozy, La crise sociale en Banlieue, l’affaire Outreau…

Les Nouveaux chiens de garde image du film

La mise en scène ludique et pertinente

Le documentaire a donc complètement pris parti et se divise en plusieurs parties : d’abord l’introduction avec un plaidoyer en faveur du livre de Paul Nizan Les chiens de garde. Il y a ensuite le développement de la réflexion des cinéastes, séparé en plusieurs thèmes, et puis l’épilogue qui résumera le message et ouvre sur une nouvelle idée : « Est-ce qu’il faudra encore 30 années de plus pour obtenir la liberté des médias ? ».

Toutes les idées sont élaborées sous forme d’images d’archives (depuis 1960) et de témoignages (journalistes, sociologues, économistes…). La voix off, qui tient également un rôle pédagogique, explique les faits et guide le spectateur de façon ludique et originale, grâce à des schémas caricaturaux (tout comme dans les Off de Nicolas Domenach dans la nouvelle édition), à des images superposées et des discours calqués, de différents patrons, façon Petit journal de . Des réalisateurs impertinents qui s’inspirent des méthodes controversées des journalistes de canal +. Le plus drôle et le plus subtil reste tout de même le clin d’œil au zapping : alors qu’on verra Lagardère parler de contrôle avec , une image de chien dressé apparaîtra tout de suite derrière. On comprend tout, sans même que la voix off ne parle. C’est osé et provocateur, et justement très plaisant à regarder !
C’est donc une voix off qui commente et décrypte les images. Cette voix cherche à prouver l’omniprésence du groupe Lagardère, et donc le contrôle du pouvoir sur Monsieur tout-le-monde, en mettant en scène le français moyen. C’est subtil, ironique et accrocheur ! L’œil prouve sa distance en introduisant les images à travers un décor familial, pour mettre en place une certaine proximité avec le public populaire. Ainsi, avant de retranscrire complètement l’image à l’écran, on l’introduit dans une télévision plus ou moins moderne (en fonction de la date de l’image) et autour de cette télé, apparait un canapé, des photos de famille, un téléphone…

Chaque images parlent à la place de cette voix off, et sont assez particulière : lors de conférences avec des journalistes et des politiques, tous, sont identifiées. A l’aide d’un trait blanc pointé au niveau du coup, on peut voir les chaines, groupes de presses et stations de radio, pour lesquels ils ont travaillé. Ce sont en fait des chiens qu’on met en scène, enchainés à des laisses que tiennent le pouvoir : le président de la république. Les cinéastes prouvent encore ici, que le journaliste n’est qu’un produit qui sert à propager une information contrôlée. C’est ingénieux, subtil et très clair !

Résumé

Voilà un documentaire riche et pertinent à regarder pour éveiller sa conscience et rigoler un peu du pouvoir capitaliste qui nous domine. Un film pointilleux, intelligent, provocateur et choquant qui concerne toute le population française et qui pose les vraies questions : Comment le pouvoir parvient-il à tous nous contrôler ? Sommes-nous encore libres de penser par nous-mêmes ?

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=rW-DsMcI1sk[/youtube]

Articles semblables

Partage

Auteur

Avatar
Julie

Cet article a été rédigé par Julie D'Harlingue, Rédactrice de Critique Film.