À la une Critiques de films Western — 25 février 2017
Critique : Brimstone

Brimstone

Etats-Unis, 2016
Titre original : –
Réalisateur :
Scénario : Martin Koolhoven
Avec : , ,
Distribution : –
Durée : 2h25
Genre : Western
Date de sortie : 22 mars 2017

Note : 4/5

Dans un cinéma contemporain de plus en plus uniformisé, où les propositions de cinéma un peu à contre courant de ce qui fonctionne auprès du grand public, ou du moins de ce que les distributeurs pensent que le grand public veut voir, ont de plus en plus de mal à exister en dans les salles, se retrouvant la plupart du temps reléguées à la VOD ou au Direct to DVD, voir débarquer un Western sans énorme tête d’affiche, qui plus est une co-production essentiellement européenne, réalisée par un Hollandais dont aucun film n’était jusque là arrivé jusque chez nous, et où l’action n’est pas vraiment la préoccupation principale de ses instigateurs, relève de l’exception qui confirme la règle. On ne va bien évidemment pas s’en plaindre, surtout que le résultat, surprenant à plus d’un titre, a plus d’un atout à faire valoir.

Synopsis : Dans l’Ouest américain, à la fin du XIX siècle. Liz, une jeune femme d’une vingtaine d’années, mène une vie paisible auprès de sa famille. Mais sa vie va basculer le jour où un sinistre prêcheur leur rend visite. Liz devra prendre la fuite face à cet homme qui la traque sans répit depuis l’enfance…

Un discours féministe

Prenant place dans l’Ouest Américain, à la fin du XIXème siècle, le film adopte une structure en 4 chapitres, chacun ayant pour intitulé un verset de la Bible (Apocalypse, Exodus, Genesis et Retribution) et à la temporalité non linéaire. Pour faire simple et sans spoiler quoi que ce soit, disons que les 3 premiers chapitres sont sur le même principe que Irréversible, revenant à chaque changement un peu plus en arrière dans l’histoire, avant de poursuivre dans le dernier acte là où le premier se terminait. Une structure qui pourrait paraître inutilement alambiquée mais qui, passé le léger étonnement de sa découverte, réussit à ne pas nous perdre, et même à trouver sa justification d’un strict point de vue de l’efficacité dramaturgique. Car, pour qui arriverait totalement vierge de toute information dans la salle, la narration sait se montrer captivante, les liens entre les personnages n’étant pas immédiatement définis, ce qui créé un suspense tout sauf artificiel, suspense alimenté durant une bonne partie du film, grâce justement à ce montage malin et maîtrisé.

Pour qui s’attendrait à un spectacle immersif dans la droite lignée de The Revenant, ce sur quoi le matériel promotionnel semble miser, disons tout de suite qu’il ne s’agit pas tout à fait de cela. Le réalisateur assume à chaque instant la dimension purement horrifique de son métrage, culminant dans un final dont le sadisme grand guignolesque peut sembler quelque peu complaisant, mais fonctionnant néanmoins de façon viscérale. Son propos – et l’intérêt général du film, sans quoi il ne s’agirait en effet que d’un divertissement de bonne facture, mais ne s’éloignant nullement des autres films du genre – réside dans son discours féministe particulièrement virulent et jusqu’au-boutiste. Comme chacun peut s’en douter, la condition des femmes à l’époque où se situe le film n’était pas des plus enviables, celles-ci étant cantonnées à leur rôle de femmes s’occupant de leur foyer, et pondant des enfants, devant du reste répondre aux besoins « naturels » de leur mari. Et encore, on ne parle ici que des plus chanceuses, les autres étant utilisées comme prostituées pouvant être violentées par les clients ayant droit de vie ou de mort sur celles qui, en revanche, sont facilement condamnées à mort en cas d’actes de simple légitime défense. S’il ne faut pas généraliser et que l’on ne peut évidemment pas savoir exactement si les choses se passaient ainsi, c’est ce que le film entend montrer, et ce de manière frontale, non pas pour choquer bêtement, mais pour éviter une glamourisation de la violence qui n’est pas exposée frontalement mais la plupart du temps plutôt suggérée, le résultat des actes de barbarie important plus que leur exposition. Si l’on note quelques plans gores qui pourront choquer les spectateurs non avertis, ce qui heurte le plus est bel et bien la bestialité des hommes face à ces femmes qui ne leur ont rien fait. Ces dernières, si elles sont essentiellement des victimes de la folie humaine, sont toutefois montrées comme des femmes fortes, essayant tant bien que mal de garder la tête haute et une certaine dignité face aux hommes montrés comme des bêtes sauvages.

Beaucoup pensent que Dieu est contre la violence. Ils n’ont pas lu la Bible

Certains pesteront sûrement contre ce manichéisme, mais les intentions du cinéaste ont le mérite d’être claires, et le message trouve une vraie résonance dans le monde contemporain, où intégrisme religieux et droits des femmes font rarement bon ménage. Et justement, concernant l’intégrisme religieux, voilà l’autre sujet du film, le personnage du prêcheur incarné par Guy Pearce (qui fait froid dans le dos), symbolisant parfaitement ces fanatiques se réfugiant derrière les textes sacrés et les détournant de leur sens premier pour justifier leurs actes, pourtant inexcusables et au-delà de toute logique. Et c’est justement cette absence de rationalisation du Mal le plus absolu qui rend le film si glaçant et impactant, car à aucun moment le personnage ne s’excuse de ses actes, ayant lui-même conscience de ces derniers, et persuadé qu’il est condamné aux flammes de l’enfer. Et c’est pour cela qu’il se vautre dans la violence la plus invraisemblable, persuadé que sa damnation lui permet absolument tout. Comme il le dit, « Beaucoup pensent que Dieu est contre la violence. Ils n’ont pas lu la Bible ». Cette simple affirmation résume parfaitement l’état d’esprit d’un personnage montré clairement comme une incarnation du Diable, venu directement des enfers pour répandre l’horreur sur terre. Plusieurs plans ou dialogues vont clairement dans ce sens, l’atmosphère devenant quasiment fantastique.

Le rythme général est loin de la précipitation du cinéma moderne, la durée (2h25) permettant de s’attacher aux personnages et de décrire leur vie en prenant tout le temps nécessaire, ce qui ne veut pas dire que le film soit longuet, loin de là. Chaque chapitre se justifie, apportant, comme dit plus haut, un peu plus de profondeur au personnage de Liz, à chaque changement temporel. Celle-ci est tour à tour incarnée par Dakota Fanning, qui semble effectuer un retour en grâce depuis quelque temps, le rôle présent lui permettant de montrer une palette large d’émotions, tout en gardant son regard hypnotisant et par la jeune , également très convaincante, avec quelques scènes assez malaisantes à jouer. Malsain, le film l’est incontestablement, et certains ne manqueront pas de le lui reprocher, comme si raconter des histoires aux personnages sordides, n’était pas permis, ou du moins pas au-delà d’une certaine limite.

Des limites morales, Martin Koolhoven ne s’en impose aucune, si ce n’est celles de son montage, sachant toujours utiliser l’ellipse au moment où les images pourraient devenir complaisantes. Tout juste peut-on lui reprocher une scène de violence totalement gratuite dans le dernier acte, semblant aller à contre courant de la retenue dont il aura su faire preuve le reste du métrage, et qui pourrait faire douter de ses intentions. Comme si, subitement, il voulait à tout prix choquer au cas où l’on ne l’aurait pas été suffisamment par tout ce qui a précédé. C’est dommage…

Conclusion

Cette légère faute de goût n’entamera pas le plaisir que l’on aura eu à visionner un film tout à la fois divertissant et prenant grâce à sa structure maintenant sans cesse notre attention, mais également profond et réfléchi dans ses interrogations sur la nature profonde de l’Homme qui, depuis la nuit des temps, aura été un loup pour l’Homme, et sur la place de la femme au milieu de tout ça. Ici, ces dernières sont clairement les seules ayant encore de l’Humanité et de l’innocence en elles, et les seules à posséder suffisamment de force pour défendre leur foyer ou leur liberté. Malheureusement, cela se paye souvent au prix fort …

 

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Auteur

Sébastien Dard

Cet article est rédigé par Sébastien Dard, rédacteur pour Critique-Film.fr