Critiques de films Drame — 21 novembre 2011
Bruegel, le moulin et la croix

L'affiche du film Bruegel, le moulin et la croix de Lech Majewski,

Pologne, Suède : 2011
Titre original :
Réalisateur :
Scénario : Lech Majewski
Acteurs : , ,
Distribution : Sophie Dulac Distribution
Durée : 1h32
Genre : Drame, Historique
Date de sortie : 28 décembre 2011

Globale : [rating:4][five-star-rating]

Lech Majewski est un artiste américain et polonais aux talents multiples, dont celui de réalisateur. Avec Bruegel, le moulin et la croix, il rend hommage au célèbre peintre du 16e siècle, tout en dénonçant les tourments de l’époque. Le film est en compétition fiction sur le .

Synopsis : Année 1564, alors que les Flandres subissent l’occupation brutale des Espagnols, Pieter Bruegel l’Ancien, achève son chef-d’œuvre « Le Portement de la croix », où derrière la Passion du Christ, on peut lire la chronique tourmentée d’un pays en plein chaos.
Le film plonge littéralement le spectateur dans le tableau et suit le parcours d’une douzaine de personnages au temps des guerres de religions. Leurs histoires s’entrelacent dans de vastes paysages peuplés de villageois et de cavaliers rouges. Parmi eux Bruegel lui-même, son ami le collectionneur Nicholas Jonghelinck et la Vierge Marie.

Photo du film Bruegel, le moulin et la croix de Lech Majewski

L’origine

L’historien d’art belgo-américain Michael F. Gibson, a brillamment analysé le tableau dans un essai, The Mill and The Cross, paru en 1996 aux éditions Noêsis. Impressionné par la vision picturale de l’artiste plasticien et cinéaste polonais Lech Majewski qu’il a découvert avec le film (2000), il lui envoie en 2005, un exemplaire de son essai. Lech Majewski, subjugué par l’ampleur du travail de Gibson sur la peinture du maître flamand, envisage alors d’en faire l’adaptation pour le cinéma.

Quand la peinture prend vie

Majewski livre aux spectateurs un objet étrange et sensible qui donne vie au tableau. L’histoire de Bruegel, le moulin et la croix pourrait se résumer à ce qu’il se passe avant, pendant et après cette peinture. Les personnages s’animent et se fixent. Il n’y a pas de lien de récit traditionnel et malgré cela, on ne s’ennuie pas. Pourtant, la première demi-heure se déroule dans un silence de dialogue troublant, la bande sonore étant alors exclusivement constituée de bruits, grognements ou cris. Le spectateur doit alors se contenter de regarder, posture identique à celle d’un musée.

Le travail du réalisateur pourrait être comparé avec celui de Rancinan sur Le Radeau de la Méduse ou La Liberté guidant le peuple. Cependant, il me semble que Majewski va beaucoup plus loin, car il ne fait pas que reproduire : il analyse, décortique, anime, interprète et sublime. Il se sert du médium cinématographe, c’est-à-dire qu’il écrit le mouvement du tableau, qu’une peinture ou une photographie ne peut que suggérer. Pas besoin d’une histoire, tout est déjà présent.

Photos du film Bruegel, le moulin et la croix de Lech Majewski

Un guide au cinéma

Les seuls personnages extérieurs au tableau sont le peintre et son commanditaire. Bruegel nous dévoile une analyse structurelle et historique, tout en nous révélant le sens caché de chaque forme (l’arbre de vie et l’arbre de mort) ou le rôle de chaque personnage. L’aspect pédagogique du film est traité de manière subtile sans nous donner l’impression d’assister à un cours. Il soulève également de nombreuses questions liées à l’histoire nationale et religieuse. Charlotte Rempling incarne une vierge Marie essayant de comprendre sa tragédie : comment le peuple peut-il adorer un homme un jour et venir assister à sa crucifixion le lendemain ? La violence de l’époque est retranscrite de manière brutale, mais réaliste. Âme sensible, éloignez-vous des corbeaux !

Un travail époustouflant de beauté

Le travail de composition de l’image et des effets spéciaux est gigantesque. Majewski mélange prises de vue réelles, peinture et animation avec brio. Il n’y a pas de vide, on trouve toujours quelque chose à regarder, chaque centimètre prend vie. Le réalisateur a su jouer de cadrages audacieux sans détourner l’œuvre du peintre. La musique, discrète et souvent intérieure au récit, s’accorde parfaitement au rythme et à l’image.

Malgré une difficulté d’accès lié essentiellement à la forme, le film a remporté les applaudissements chaleureux et conquis du public lors du festival. Il fait également partie des festivals de Sundance, Rotterdam, San Francisco et Moscou.

Résumé

Bruegel, le moulin et la croix est un objet unique d’une grande beauté esthétique. A découvrir en salle de cinéma (sinon au musée, Le Portement de Croix, Vienne).

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=wj45rGA7a1M[/youtube]

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Laurie

Cet article a été rédigé par Laurie Villenave, Rédactrice de Critique Film.