Critique : 13 hours

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Etats-Unis, 2015
Titre original : 13 hours The Secret soldiers of Benghazi
Réalisateur :
Scénario : Chuck Hogan, d’après le livre de Mitchell Zuckoff
Acteurs : John Krasinski, James Badge Dale, Pablo Schreiber, David Denman
Distribution : Paramount Pictures France
Durée : 2h25
Genre : Guerre
Date de sortie : 30 mars 2016

Note : 3/5

Depuis la fin de la Guerre froide, les engagements de l’armée américaine à l’étranger n’ont guère de quoi perpétuer la légende de son héroïsme sans faille, basée sur l’esprit de liberté plus évident encore au siècle dernier. Au lieu de conforter le rôle des Etats-Unis en tant que police du monde, efficace et juste, ils soulèvent un nombre conséquent d’interrogations pratiques et éthiques. Avec chaque nouvelle humiliation, qui ne doit pas forcément prendre un air de défaite cuisante, l’icone rassurante se fissure pour ne laisser qu’une perte préoccupante de repères et d’alliés. Sans surprise, le cinéma américain évite comme la peste de relayer une éventuelle mise en question de la politique sournoisement agressive adoptée, préférant plutôt l’évasion vers des mondes fictifs, où des armées de super-héros s’affrontent selon un mode opératoire ennuyeusement uniforme. Michael Bay, l’un des réalisateurs les plus mercantiles de sa génération, n’était absolument pas le mieux placé pour évoquer l’Histoire récente d’un pays, qui cherche toujours sa nouvelle stratégie à l’internationale. Pourtant, 13 hours est un film de guerre plutôt solide, plus attaché à la quête de l’adrénaline qu’à celle de la vérité, mais largement exempt des tics formels qui rendaient les films précédents de Bay si insupportables.

Synopsis : En août 2012, l’opérateur de sécurité Jack Silva commence sa mission à Benghazi en Libye. Avec cinq de ses confrères, tous des mercenaires privés issus des unités spéciales, il devra protéger une agence secrète de la CIA, ainsi qu’un complexe consulaire voisin. A cause du climat politique instable dans le pays, les Américains y font profil bas, tout en cherchant à influencer l’avenir après la chute de Kadhafi. Cinq semaines après l’arrivée de Jack, l’ambassadeur Chris Stevens se rend dans la ville pour des pourparlers secrets. Faute d’un nombre suffisant d’agents de sécurité officiels, Jack et ses hommes devront également surveiller la venue du haut fonctionnaire. Le soir du 11 septembre, ils se trouvent assiégés par des dizaines de rebelles lourdement armés.

La chute de Benghazi

Aussi peu courants les films évoquant les déboires américains sur le terrain soient-ils, il en existe toutefois un qui avait marqué les esprits au début du millénaire : La Chute du faucon noir de Ridley Scott. Bien que la bataille s’y passe sur un théâtre de guerre différent et selon un mode guérilla moins sédentaire, 13 hours et ce film-là ont plusieurs points en commun quant à leur traitement d’un conflit à la gloire de personne. Ils procèdent en effet tous les deux à une stylisation de l’affrontement que l’on pourrait aisément dénoncer comme de la propagande, maquillée avec plus ou moins d’adresse selon le réalisateur aux commandes. En raison du point de vue adopté sans équivoque – qui est malgré tout celui des vaillants soldats américains mis en danger par un ennemi sans identité propre, si ce n’est celle de son ethnie perçue d’emblée comme suspecte –, l’immense majorité des éléments qui entrent en jeu pour comprendre de façon impartiale tel ou tel conflit international est effacée au profit d’un conte subjectif sur le courage de quelques protagonistes traditionnels. De même, dans ce genre de film, il arrive tôt ou tard que le contexte géopolitique passe à l’arrière-plan pour laisser la place à une esthétique de jeu vidéo, censée impliquer davantage le spectateur tout en gommant la cruauté insoutenable inhérente à toute guerre.

Les canardeurs

Le douzième film de Michael Bay attend patiemment au fil d’une exposition qui va crescendo, avant de déchaîner toute sa furie explosive. De la part d’un réalisateur qui en fait toujours (beaucoup) trop, la mise en scène se montre par contre presque discrète ou en tout cas peu encline à chercher sans relâche le cadrage le plus clinquant et le moins parlant. On n’y échappe certes pas à quelques ralentis très lourds, voire à une autocitation risible en hommage au plan de la chute de la bombe dans Pearl Harbor. Dans l’ensemble, le film se démarque toutefois positivement par une efficacité guère virtuose, mais assez vigoureuse pour nous faire ressentir l’étau qui se resserre autour de cette colonie américaine en terre hostile. Eprouvé au moins depuis l’âge d’or du western, le dispositif du siège qui se prolonge jusqu’à ce que la cavalerie arrive in extremis est ainsi le garant d’un divertissement haletant. Ce qui ne rend certainement pas justice aux implications plus sérieuses de cet épisode récent de l’ingérence des Etats-Unis dans des pays tiers, ni au déplacement des responsabilités vers une forme de sous-traitance particulièrement cynique. Pour un film soi-disant adulte de Michael Bay, on n’était pourtant pas en droit d’attendre plus.

Conclusion

La débâcle de Benghazi, il y a moins de quatre ans, n’est sans doute pas ce que la présidence de Barack Obama a produit de plus mémorable. En dépit du traitement un peu trop expéditif que lui administre le rouleau-compresseur formel dont Michael Bay détient les droits, 13 hours en est une reconstitution pas sans mérite. L’équilibre entre la véracité des faits et les exigences d’une grosse production hollywoodienne y est respecté avec une doigté à laquelle on ne s’attendait franchement plus de la part du réalisateur, qui nous importune tous les deux, trois ans avec de nouvelles aventures abêtissantes de l’univers de Transformers.

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