Test DVD : Le monde et sa propriété

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Le monde et sa propriété

France : 2022
Titre original : –
Réalisation : Gérard Mordillat, Christophe Clerc, Bertrand Rothé
Editeur : Arte Editions
Durée : 3h24
Genre : Documentaire
Date de diffusion sur Arte : 13 décembre 2022
Date de sortie DVD : 22 novembre 2022

La série documentaire « Le Monde et sa propriété » interroge sur ce qu’est, en 2022, la propriété. Est-ce un modèle absolu et inviolable qui structure nos relations sociales ? Est-ce une forme obsolète dans le capitalisme contemporain ? Ses contradictions peuvent-elles conduire à son dépassement ? Professeurs de droits, économistes, historiens et philosophes interrogent cette notion à travers les âges et les continents et tentent de la redéfinir au 21e siècle. Cette passionnante enquête se développe sur quatre épisodes : d’abord à travers la notion de droit naturel, puis par la question de la propriété du corps, ensuite par celle de l’intelligence, et enfin par celle de la terre, c’est-à-dire la propriété collective.

 

Le film

[3.5/5]

Très souvent, le fait de lancer le mot « propriété » dans une conversation amènera au moins un des participants à cette conversation à lancer « La propriété, c’est le vol » en ajoutant « comme l’a dit Proudhon ! ». En effet, le socialiste libertaire Pierre-Joseph Proudhon a bien popularisé cette formule dont il n’est pas l’inventeur en la reprenant à son compte en 1840 dans son ouvrage « Qu’est-ce que la propriété ? ». Toutefois, dès 1849, le même Proudhon affirmait que « La propriété, c’est la liberté » dans « Les confessions d’un révolutionnaire » avant d’aller un cran plus loin, en 1862, avec « La propriété moderne peut être considérée comme le triomphe de la liberté » dans « la théorie de la propriété ». Avec ces affirmations en apparence contradictoires d’un seul et même philosophe, on voit combien la notion de propriété est difficile à cerner. Pour le réalisateur et écrivain Gérard Mordillat et l’avocat Christophe Clerc, s’intéresser à la propriété, c’est très simplement la meilleure arme pour comprendre la société dans laquelle on vit. Le monde et sa propriété, série documentaire en 4 épisodes d’un peu plus de 50 minutes chacun, diffusée récemment sur Arte, série qu’ils ont réalisée et à laquelle a participé l’économiste Bertrand Rothé avant son décès en novembre 2020, est la suite logique de la série documentaire  Travail, salaire, profit que Gérard Mordillat et Bertrand Rothé avait réalisée pour Arte en 2019. Pour ces deux séries, le principe de réalisation a été le même : il a été fait appel à des chercheurs de grande réputation qui ont été amenés à s’exprimer sur divers volets du sujet choisi, avec une mise en scène tout aussi splendide que minimaliste, les intervenants étant filmés assis, parfaitement éclairés sur un fond noir. Dans la petite quinzaine de chercheurs ayant apporté leur savoir à Le monde et sa propriété, des historiens, des philosophes, des économistes et une majorité de juristes : le sujet, en effet, passe forcément par le droit. « Le droit, toutefois, n’est pas suffisant, il faut qu’il y ait un contexte ». Pour lier le tout, quelques commentaires provenant de la voix de Virginie Ledoyen.

Chacun des 4 épisodes porte sur une facette particulière de la propriété.

Le premier, intitulé « Inviolable et sacrée » nous parle de la propriété en général, concept qu’il ne faut pas confondre avec la possession, expliquant que le droit de propriété correspond à une relation entre plusieurs personnes, deux au minimum, à propos des choses, évoquant entre autre l’article 17 de la déclaration des droits de l’homme et des citoyens, aux raisons qui ont poussé, à l’été 1789, à y inclure ce « inviolable et sacrée » que l’on ne retrouve dans aucun autre pays, s’intéressant au philosophe anglais du 17ème siècle John Locke qui fut le premier théoricien de la propriété, montrant que la notion de propriété est différente d’un peuple à l’autre, expliquant qu’il n’y avait pas vraiment de contradiction chez Proudhon, dans la mesure où il est possible de parler de deux types de propriété, celle qui est le fruit d’un travail étant source de liberté car elle permet de vivre sans dépendre des autres.

Le deuxième épisode, intitulé « Mon corps est à moi », est consacré aux rapports entre corps et propriété : avancer le slogan « mon corps m’appartient » est-il sans danger ? N’est-ce pas mettre le doigt dans un engrenage dangereux ? Le corps ne risque-t-il pas de devenir une marchandise comme les autres ? On pense bien sûr à la prostitution, à la vente d’organes mais aussi à l’esclavage voire à la relation employeur / employé qui, pour certains, peut être considérée comme étant de l’esclavage à temps compté.

Le 3ème épisode s’intitule « Breveter le vivant » mais couvre en fait le champ plus vaste des biens immatériels et de la propriété intellectuelle,  par exemple le copyright dans les pays de « common law » comme les pays du Commonwealth et les droits d’auteur dans les pays de droit civil comme la France, des droits limités dans le temps contrairement aux droits matériels. Grande question : cette propriété intellectuelle est-elle indispensable au développement de l’innovation ou au contraire, représente-t-elle un frein ? Une question particulièrement importante quand on pense aux médicaments. Quid de nos données personnelles, une richesse énorme dont s’emparent gratuitement les Gafam ? Quant aux problèmes posés par la brevétisation du vivant, ils sont avant tout d’ordre moral. Le sujet de la propriété intellectuelle est vraiment très vaste et la série nous amène dans le monde des bactéries génétiquement modifiées comme dans celui des semences de Monsento ou de Syngenta que les agriculteurs doivent racheter chaque année contrairement à leurs habitudes ancestrales.

Le 4ème et dernier épisode s’intitule « posséder la terre ». On sera peut-être surpris d’y trouver la Bible en état d’accusation sur un sujet particulièrement important, la crise écologique. En effet, dans le verset 28 du chapitre 1 du premier livre de la Bible, Dieu recommande à Adam et Eve d’assujettir la terre, de dominer les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, et  tous les animaux qui se meuvent sur la terre, et, dans les années 60, le un Professeur américain, Lynn White a vu dans la Bible la source des problèmes écologiques. Cet épisode s’intéresse beaucoup à la notion de biens communs, c’est-à-dire la mise en commun de biens pour leur exploitation avec l’organisation sociale que cela implique et qui, pour certains, représente une promesse de rupture fondamentale avec le capitalisme. Par ailleurs, l’épisode n’oublie pas de s’intéresser aux mouvements qui entendent donner des droits de propriété à des ressources naturelles, à des arbres, à des forêts, à des rivières. Actions efficaces ou actions symboliques ? Par contre on s’étonne que ne soit pas creusée une forme de propriété particulièrement importante dans le monde d’aujourd’hui, avec toutes les répercussions politiques à qui elle donne naissance, que ce soit concernant les migrants ou la guerre en Ukraine : la propriété d’un pays par ses habitants.

Le DVD

[4/5]

La matière très riche de cette série fait l’objet d’un album comprenant 2 DVD. Ce double DVD de très bonne qualité technique donne le choix entre 3 visionnages différents : en français, en français avec sous-titrage pour sourds et malentendants et en anglais. Selon la langue choisie, le texte d’accompagnement est en français ou en anglais, les intervenants étant toujours entendus dans leur langue d’origine avec, quand c’est nécessaire, un doublage en français ou en anglais. Le tout étant sous-titré si on choisit en français avec sous-titrage pour sourds et malentendants.

En plus des épisodes 3 et 4, le DVD n°2 comprend 2 compléments. Le premier, d’une durée de 15 minutes et 30 secondes consiste en un entretien avec Christophe Clerc et Gérard Mordillat : le pourquoi de cette série, l’importance de l’article 17, comment s’est fait le choix des intervenants et cette conclusion : cette série ne cherche pas à dire une vérité péremptoire, elle met en avant l’éloge du doute. Le second, d’une durée de 5 minutes, voit l’historien Yannick Bosc, spécialiste de la Révolution française, nous narrer l’histoire de l’article 17, un article qui est toujours d’actualité.

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