Test DVD : A Chiara

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A Chiara

Italie, France : 2021
Titre original : –
Réalisation : Jonas Carpignano
Scénario : Jonas Carpignano
Acteurs : Swamy Rotolo, Pio Amato, Claudio Rotolo
Éditeur : Blaq Out
Durée : 1h56
Genre : Drame
Date de sortie cinéma : 13 avril 2022
Date de sortie DVD : 6 septembre 2022

Chiara, 16 ans, vit dans une petite ville de Calabre, entourée de toute sa famille. Pour les 18 ans de sa sœur, une grande fête est organisée et tout le clan se réunit. Le lendemain, Claudio, son père, part sans laisser de traces. Elle décide alors de mener l’enquête pour le retrouver. Mais plus elle s’approche de la vérité qui entoure le mystère de cette disparition, plus son propre destin se dessine…

© 2021 Stayblack Productions – Haut et Court – Arte France Cinéma. Tous droits réservés.

Le film

[3,5/5]

Récompensé par le Label Europa Cinemas à la Quinzaine des Réalisateurs de Cannes en 2021, A Chiara est le troisième volet de la « trilogie calabraise » de Jonas Carpignano. Pour autant, et pour rassurer tout de suite, il n’est pas forcément nécessaire d’avoir vu A Ciambra et Mediterranea au préalable pour apprécier A Chiara : il s’agit d’un film indépendant, proposant certes une série de liens avec les précédents films du réalisateur, mais le fait de ne pas les connaître ne gênera en rien l’expérience du spectateur.

Dans A Chiara, on suivra donc une adolescente d’une quinzaine d’années, qui découvre les liens de son père avec la mafia. On y retrouvera le néoréalisme contemporain musclé et emprunt de nostalgie qu’avait évoqué notre chroniqueur Tobias Dunschen à sa découverte de A Ciambra en 2017. Ce nouveau film permet au scénariste / réalisateur Jonas Carpignano d’ajouter un nouvel éclairage, une nouvelle facette à ses histoires précédentes, cette fois plus intimement liée à la Mafia de la région, la ‘Ndrangheta.

De la même façon que A Ciambra suivait la trajectoire du jeune Pio, 14 ans, Carpignano se concentre ici sur Chiara, une adolescente (Swamy Rotolo), ce qui s’imposera finalement comme une façon naturelle de préparer la sympathie du public tout en refusant de porter le moindre jugement moral sur ses personnages. A Chiara commence donc par une fête de famille : les Guerrasio sont sur le point de célébrer le 18ème anniversaire de leur aînée, Giulia (Grecia Rotolo). Cela sera non seulement là l’occasion pour Jonas Carpignano de dresser un parallèle évident avec Le Parrain, mais également une façon de nous proposer de découvrir les différents personnages du film, avant les festivités, dans le cocon chaleureux de la maison familiale. Le réalisateur passe beaucoup de temps sur cette fête d’anniversaire – trop de temps peut-être – mais cette introduction prolongée et quasi-documentaire permet finalement au spectateur de passer du temps aux côtés des différents protagonistes du récit, et presque de participer à la dynamique générale de la famille, avec ces petits soupçons de rivalité typiquement adolescents mais surtout beaucoup d’amour et de soutien, en particulier entre Chiara et son père taciturne (Claudio Rotolo).

© 2021 Stayblack Productions – Haut et Court – Arte France Cinéma. Tous droits réservés.

Mais A Chiara commence réellement lorsque, un peu plus tard dans la nuit, une voiture explose en face de la maison des Guerrasio, et que Chiara voit son père s’enfuir par-dessus un muret. Sa mère Carmela (Carmela Fumo) fait comme si ce n’était pas grave, rassure ses trois filles, mais ne leur donne aucune explication. Le lendemain, Chiara découvre un reportage sur Claudio, le désignant sans équivoque comme faisant partie d’une organisation criminelle, et Chiara découvre un bunker caché accessible par un panneau secret dans le salon. Lorsqu’elle essaie d’en parler à sa sœur, Giulia augmente le volume de l’autoradio et lui dit qu’elle devrait se taire, ce qui renforce le sentiment de Chiara d’être tombée sur un secret qu’elle seule ignorait, et dirige finalement l’intrigue de A Chiara vers un récit de coming of age placé sous le signe du mensonge et de la trahison.

Bien sûr, en tant que spectateur, on peut évidemment se poser quelques questions : Chiara est-elle vraiment si naïve qu’elle n’a jamais su que Claudio était lié à la ‘Ndrangheta ? Suivant de près l’héroïne ainsi que son monde soudainement déstabilisé, A Chiara nous pose les faits, de façon brute, sans angélisme ni diabolisation aucune. S’il ne prend pas à la légère les activités criminelles du clan Guerrasio, A Chiara ne s’y intéresse pas non plus réellement – il ne s’agit pas d’un film sur la mafia, mais bel et bien d’un récit de passage à l’âge adulte, nous montrant ce que c’est que de grandir au sein d’une communauté aimante mais cachant un terrible secret.

Bien que chacun des trois films de la « trilogie calabraise » de Jonas Carpignano soit indépendant des autres, et nous raconte à chaque fois une histoire distincte et unique, la récurrence au cœur de A Chiara des personnages de ses films précédents permet à Jonas Carpignano de dessiner, film après film, les contours d’une œuvre aussi vaste qu’ambitieuse. C’est également un moyen vraiment efficace de souligner la façon dont les multiples strates de la société interagissent les unes avec les autres, et de mettre en évidence les facteurs ethniques et/ou de classe sociale, tout en nous en proposant un point de vue extérieur. D’ailleurs, la richesse de A Chiara et l’attachement de Jonas Carpignano à la ville de Gioia Tauro nous fait nous dire qu’il est peut-être encore un peu trop tôt pour qualifier les trois longs-métrages de Carpignano de trilogie ou de triptyque. En effet, le panorama qu’il construit au fur et à mesure pourrait facilement continuer à s’étendre tout au long de son œuvre, et développer au fil des films un tableau toujours plus complexe et réaliste de la petite ville calabraise.

© 2021 Stayblack Productions – Haut et Court – Arte France Cinéma. Tous droits réservés.

Le DVD

[4/5]

Comme dans le cas de Mediterranea et A Ciambra, les deux films précédents de Jonas Carpignano, les cinéphiles français ont donc aujourd’hui l’opportunité de redécouvrir A Chiara en DVD grâce aux équipes de Blaq Out. Et afin de rendre hommage au travail épatant du scénariste / réalisateur, l’éditeur nous livre d’ailleurs une galette DVD purement et simplement irréprochable. La définition et les contrastes sont au taquet, composant intelligemment avec les limites d’un encodage en définition standard. Le tout s’impose naturellement sans le moindre problème de compression ou autre pétouille technique. L’éditeur, rôdé au support, nous propose un encodage maîtrisé, dont on ne percevra les limites techniques que sur certains arrière-plans affichant un léger bruit vidéo. Côté son, la version originale nous est proposée en Dolby Digital 5.1, à la spatialisation discrète mais efficace, ou en Dolby Digital 2.0 – à déterminer en fonction de votre matériel !

Côté suppléments, l’éditeur Blaq Out nous propose de nous plonger dans un débat avec le réalisateur Jonas Carpignano et l’actrice Swamy Rotolo, enregistré à la Quinzaine des Réalisateurs (24 minutes). La rencontre avec le réalisateur et l’actrice principale de A Chiara a été capté à l’issue de la projection cannoise du film : c’est intéressant, mais le processus est un peu laborieux. En effet, les questions sont posées par le public, puis traduites par l’interprète, puis la réponse est donnée par les deux intervenants, puis la réponse est traduite – et si cette phrase vous parait interminable, imaginez cela pendant 24 minutes… Comme d’habitude avec ce genre de sujets, on se fera la réflexion que quelques heures en salle de montage afin d’élaguer un peu l’ensemble n’auraient pas été un luxe.

© 2021 Stayblack Productions – Haut et Court – Arte France Cinéma. Tous droits réservés.

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