Test Blu-ray : The other side

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Suède : 2020
Titre original :
Réalisation : ,
Scénario : ,
Acteurs : , ,
Éditeur :
Durée : 1h24
Genre : Fantastique, Horreur
Date de sortie DVD/BR : 14 avril 2021

Shirin, débutante dans son rôle de belle-mère, emménage dans une maison jumelée à une autre avec son partenaire Fredrik et son fils Lucas. Ce nouveau foyer lui semble être l’endroit idéal pour fonder une famille. Mais lorsque Fredrik part en déplacement professionnel, Shirin entend des bruits étranges émanant de l’autre moitié du pavillon, alors que Lucas se fait un nouvel ami…

Le film

[3,5/5]

DTV made in Europe

Il y a une dizaine d’années, les éditeurs vidéo proposaient encore régulièrement au consommateur une large sélection de « Direct To Video » venus de tous les pays du monde, et faisant les délices des amoureux de cinéma de genre. Sous l’impulsion de Netflix, le grand fossoyeur du DVD / Blu-ray en France, les ventes dans le domaine de la vidéo physique ont malheureusement beaucoup décliné, et les éditeurs doivent aujourd’hui survivre avec les miettes d’un marché en chute libre.

De fait, actuellement, l’amateur de curiosités inédites en salles n’a pas d’autre alternative que de se tourner vers la (S)VOD pour satisfaire son insatiable appétit de cinéma évoluant en dehors des sentiers battus. Pourtant, une poignée d’irréductibles Gaulois résiste encore et toujours et à l’envahisseur dématérialisé.

Steelbooks et « belles éditions » squattent donc le haut du marché, ce qui est une nouvelle preuve que la vidéo physique est aujourd’hui plus que jamais devenu un marché de niche : celui des collectionneurs, des complétistes et/ou des nostalgiques. Du côté du « DTV », la tendance a également changé : les rois de l’action (Scott Adkins, Jean-Claude Van Damme, Dolph Lundgren) et les inédits de l’horreur US la plus extrême ont déserté les linéaires, au profit d’un cinéma de genre beaucoup plus proche de nous, venu d’Europe.

La raison pour laquelle les éditeurs se tournent aujourd’hui vers le cinéma produit par nos voisins européens est sans doute essentiellement économique, mais également culturel – alors que les français se plaignent régulièrement de la maigre production hexagonale en termes de cinéma de genre, on ne peut en effet s’empêcher d’éprouver une certaine curiosité vis-à-vis de ce qui se fait dans le même domaine en Europe.

est donc un film fantastique en provenance de Suède. Si cela fait plusieurs années que la péninsule scandinave s’est imposée comme la reine du polar, elle semble en revanche un peu peiner à s’imposer dans le domaine de l’horreur, même si bien entendu on garde toujours à l’esprit quelques excellents films découverts ces quinze dernières années, telles que Morse (Tomas Alfredson, Suède 2008), Troll hunter (André Øvredal, Norvège 2010), Thelma (Joachim Trier, Suède / Danemark / Norvège, 2017) ou encore le très étonnant The unthinkable (Crazy Pictures, Suède 2018).

Trop balisé pour faire baliser ?

Ecrit et réalisé par et , tous deux venus de la TV, fera honnêtement plus office de « carte de visite » que de véritable révélation. Il s’agit d’un très classique film de fantômes, multipliant les apparitions et les jump-scares efficaces, mais déroulant un récit d’un classicisme tel que le spectateur habitué au genre pourra par moments s’amuser à deviner à l’avance ce qui va se passer à l’écran. « Il va y avoir un coup dans le mur… Maintenant ! » Et BOUM. « Le fantôme va apparaître… Maintenant ! » Et BOUH. Bingo, ça ne loupe jamais.

Suivant les rails très balisés du genre, suit une famille recomposée s’installant dans une nouvelle maison, et superpose son histoire de fantôme à la tension entre une jeune épouse et son beau-fils ne parvenant pas à surmonter la perte de sa mère biologique. Exactement le même point de départ que Dreamkatcher me direz-vous, et vous aurez raison, d’autant que le film de et présente exactement les mêmes défauts et les mêmes qualités que le film sorti l’été dernier.

Le défaut principal de , c’est bien sûr le manque total de surprise au cœur du récit, qui dénote soit d’un manque flagrant d’ambition de la part des deux cinéastes suédois, soit d’une trop grande déférence au genre et à ses passages obligés. Pour autant, le film fait également preuve d’un nombre certains de qualités, essentiellement formelles : difficile en effet de ne pas s’incliner devant sa photo absolument superbe, devant le sens du cadre développé par Danielsson et Mellander, et surtout devant l’utilisation habile du format Cinemascope, qui écrase ses personnages au cœur d’un cadre horizontal extrêmement ramassé et travaille essentiellement sa mise en scène par l’intermédiaire de la profondeur de champ.

Atmosphère, Atmosphère

Déjà vu, mais visuellement bluffant, nous emmène donc en terrain connu. Cela dit, il s’agit aussi là d’une des caractéristiques de la série B, et ce depuis d’innombrables années : le film tire donc les mêmes ficelles, utilise les mêmes ressorts dramatiques et les mêmes « trucs » que beaucoup d’autres avant lui, mais il le fait avec suffisamment de classe pour s’en tirer avec les honneurs. Les clins d’yeux abondent, en particulier au cinéma de James Wan (le petit garçon fantôme), au cinéma d’horreur japonais (les apparitions désarticulées, les étranges bruits de bouche) ou encore à Paranormal activity (le recours au babyphone vidéo), mais le film parvient tout de même à créer sa petite identité personnelle grâce à une idée intéressante : celle de la représentation de la maison où se déroule la quasi-intégralité de l’action.

Il s’agit de deux maisons attenantes en réalité, séparées en leur milieu, et donnant au spectateur une impression de « miroir » présentant un double négatif. L’une est blanche, moderne et toute d’Ikea meublée ; l’autre est noire, lugubre, à l’abandon – flippante. Reliées par un grenier au milieu duquel une rudimentaire planche en bois fait office de traversée du Styx, les deux maisons appuient sur l’éternelle opposition entre le bien et le mal, la vie et la mort, le Yin et le Yang, etc. L’idée du double est d’ailleurs largement reprise tout au long du métrage : deux maisons, deux enfants, deux mamans, deux couples ayant vécu dans la maison… On la retrouve également dans la mise en scène de et , qui travaillent énormément sur la profondeur de champ et placent régulièrement des personnages à la fois en arrière et en avant-plan.

Imparfait mais développant une atmosphère remarquable, s’impose donc au final comme une intéressante entrée en matière de la part des deux scénaristes / réalisateurs et . Parfaitement compétents derrière la caméra, ils livrent avec leur premier film une carte de visite intéressante qui ne devrait probablement pas tarder à attirer l’attention de Jason Blum, qui pourrait bien leur proposer un petit contrat leur donnant le champ libre afin de réaliser un film fantastique aux Etats-Unis. D’ailleurs, on ne peut s’empêcher de penser que les deux suédois ont fait un petit appel du pied au producteur durant la séquence de découverte de la maison de « l’autre côté » par  : on y aperçoit clairement le même modèle de chaise que celle utilisée tournant face caméra dans le logo animé de Blumhouse Productions

Le Blu-ray

[4/5]

Le Blu-ray de édité par nous propose une expérience Home Cinéma au taquet : l’image est littéralement superbe, tenant haut la barre même durant ses passages les plus sombres, et rendant parfaitement hommage à la sublime photo désaturée d’Andres Rignell et Henrik Johansson. La définition est précise, les couleurs très saturées sont respectées à la lettre, et même durant les séquences les plus sombres à l’écran, le master tient globalement bien la route et nous ravit pleinement les mirettes. On regrettera juste l’utilisation d’un master 1080i, réduisant la durée du film de 1h27 dans les salles suédoises à 1h24 dans notre salon. Côté son, les deux mixages (VF/VO) sont comme d’habitude avec l’éditeur proposés en DTS-HD Master Audio 5.1, et savent en imposer au spectateur, avec des passages littéralement tonitruants et des effets dynamiques de toutes parts. Un superbe boulot acoustique, mais on vous conseillera plutôt de visionner le film en version originale, pour de simples raisons artistiques.

Dans la section suppléments, on trouvera juste la traditionnelle bande-annonce du film.

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