Test Blu-ray : Substitution – Bring her Back

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Substitution – Bring her Back

États-Unis, Australie : 2025
Titre original : Bring her Back
Réalisation : Danny Philippou, Michael Philippou
Scénario : Danny Philippou, Bill Hinzman
Acteurs : Sally Hawkins, Billy Barratt, Sora Wong
Éditeur : Sony Pictures
Durée : 1h44
Genre : Horreur
Date de sortie cinéma : 30 juillet 2025
Date de sortie DVD/BR : 3 décembre 2025

Après un événement tragique, Piper, une jeune fille aveugle, et son frère aîné Andy sont recueillis par leur nouvelle mère d’accueil, Laura, qui vit dans une maison isolée avec un garçon nommé Oliver. Au premier abord, ils semblent avoir trouvé un nouveau foyer, mais des indices troublants commencent à s’accumuler. À mesure qu’ils découvrent les strates d’un passé terrifiant, la frontière entre réalité et cauchemar s’estompe…

Le film

[4/5]

Il y a des trajectoires qui s’imposent comme des évidences, et de la même façon que celle de Parker Finn, celle des frères Philippou fait partie de ces météorites qu’on repère avant même qu’elles ne percutent la stratosphère du cinéma de genre. La découverte du duo remonte à La Main, ce petit choc australien qui avait débarqué comme un uppercut fluorescent dans un marché horrifique alors englué dans les remakes tièdes et les jump scares en carton. La Main avait cette manière bien à elle de transformer un simple objet en vecteur d’angoisse existentielle, tout en gardant ce grain de folie juvénile qui rappelait que derrière la caméra, deux frangins s’amusaient autant qu’ils expérimentaient. Une énergie brute, presque contagieuse, qui avait immédiatement placé les Philippou dans la catégorie des réalisateurs à suivre de très près.

Avec Substitution – Bring Her Back, les frères Philippou confirment que La Main n’était pas un accident heureux mais bien la première secousse tellurique d’un séisme créatif en cours. Le film prolonge cette fascination pour les frontières poreuses entre le réel et l’invisible, mais avec une maturité nouvelle, comme si les deux frères avaient troqué leur skateboard contre un microscope émotionnel. On retrouve cette même capacité à injecter du chaos dans le quotidien, cette même manière de faire glisser le familier vers l’inquiétant, mais Substitution – Bring Her Back semble animé d’un souffle plus ample, presque mélancolique, comme si les Philippou avaient décidé de regarder droit dans les yeux leurs propres obsessions. Et c’est précisément cette évolution qui rend leur retour aussi excitant : la promesse d’un cinéma qui grandit sans perdre son insolence.

Il flotte autour de Substitution – Bring Her Back une drôle d’électricité, comme si le film cherchait à réveiller quelque chose de profondément enfoui dans les spectateurs, un vieux frisson oublié sous les notifications et les tendances TikTok. Le nouveau film des frères Philippou s’installe d’emblée dans un territoire où l’intime se cogne au fantastique, où les visages familiers deviennent des masques trop serrés, et où la question du double n’est plus un simple motif de thriller mais une manière de sonder ce qui reste de soi quand tout vacille. Le film rejoint ainsi, par ricochet, d’autres œuvres de retours d’entre les morts teintés de noirceur, mais il développe également une douceur étrange, presque pudique, qui lui confère une identité propre, loin de la simple surenchère horrifique.

Dans Substitution – Bring Her Back, la thématique de la substitution — littérale, symbolique, émotionnelle — irrigue chaque scène. Les personnages semblent glisser d’un état à l’autre comme des ombres mal fixées, et cette instabilité nourrit un malaise diffus, jamais agressif, mais persistant comme un parfum qu’on n’arrive pas à identifier. Le film joue avec l’idée que l’amour peut devenir un piège, que la mémoire peut se tordre comme un vieux câble USB, et que la famille n’est pas toujours ce havre de stabilité qu’on voudrait croire. Substitution – Bring Her Back explore ces zones grises avec une finesse qui surprend. A ce titre, la mise en scène du film s’appuie sur une caméra qui semble constamment hésiter entre l’étreinte et la fuite. Les plans se rapprochent, se resserrent, puis s’échappent comme des poissons nerveux, créant une dynamique visuelle qui épouse parfaitement les tourments des protagonistes.

On pense parfois à la manière dont Mr Babadook utilisait l’espace domestique pour matérialiser l’angoisse. Substitution – Bring Her Back reprend cette idée mais la détourne : ici, la maison n’est pas un piège, c’est un organisme vivant, un témoin silencieux des fractures qui se creusent. Une scène en particulier — un travelling latéral qui suit un personnage dans un couloir trop long pour être vrai — résume à elle seule la capacité du film à transformer le quotidien en territoire instable. De plus, le scénario du film évite globalement les clichés habituels du genre, préférant aux explications l’exploration des fissures émotionnelles des personnages. La photo d’Aaron McLisky, absolument superbe, joue également un rôle essentiel dans cette alchimie. Les couleurs semblent aspirées vers un centre invisible, comme si la lumière elle même doutait de sa place. Les visages apparaissent parfois trop nets, parfois trop flous, créant une sensation de flottement qui renforce l’idée de substitution. On pourrait croire à un simple effet de style, mais Substitution – Bring Her Back utilise cette esthétique pour questionner la perception : que voit on vraiment quand on regarde quelqu’un qu’on aime ? Et que reste t il quand ce regard se fissure ? Le film ne donne pas de réponse définitive, mais il ouvre des pistes, comme un rêve dont on se souvient par fragments.

Le Blu-ray

[4/5]

Le Blu ray de Substitution – Bring Her Back, édité par Sony Pictures, est disponible depuis quelques semaines dans un boîtier accompagné d’un fourreau élégant, reprenant l’affiche du film avec un vernis sélectif du plus bel effet. L’image Haute-Définition qui nous est ici proposée par Sony impressionne par sa précision : les noirs sont profonds sans jamais boucher les détails, les contrastes sont maîtrisés, et les teintes désaturées du film conservent leur subtilité sans virer au gris uniforme. Les scènes nocturnes, nombreuses dans Substitution – Bring Her Back, bénéficient d’une lisibilité exemplaire, et les textures — notamment celles des décors domestiques — ressortent avec une finesse qui renforce l’atmosphère anxieuse du récit. Quelques plans très sombres montrent un léger bruit vidéo, mais rien qui ne vienne gâcher l’expérience. Côté son, le Blu-ray nous propose deux mixages DTS HD Master Audio 5.1 (VO et VF), tous deux d’excellente tenue. La version originale se distingue peut-être par une spatialisation légèrement plus précise, notamment dans les chuchotements et les effets de présence qui glissent d’une enceinte à l’autre comme des ombres mal élevées. La VF reste néanmoins très solide, avec des dialogues clairs et un équilibre général respecté, même si la dynamique paraît légèrement moins ample que sur la VO. Les basses, discrètes mais efficaces, soutiennent les moments de tension sans jamais écraser la scène sonore. Un disque techniquement très propre, fidèle à la réputation de Sony Pictures.

Côté suppléments, le Blu ray de Substitution – Bring Her Back s’avère également très intéressant. On commencera avec un commentaire audio des réalisateurs Danny & Michael Philippou, qui nous offre un regard détendu et éclairant sur les intentions formelles et thématiques du film, avec un équilibre appréciable entre anecdotes et analyse. On poursuivra ensuite avec un making of (19 minutes), qui reviendra sur les conditions de tournage, le travail sur les maquillages, la direction photo et la construction émotionnelle du récit. Certes, l’ensemble reste un peu promotionnel, mais la sincérité des intervenants donne à ce making of une chaleur inattendue. On terminera le tour des bonus avec un scène coupée (1 minute), ainsi qu’avec la version complète façon VHS de la vidéo russe visionnée à plusieurs reprises par Sally Hawkins dans le film.

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