Accueil Blu-ray, DVD, livres Blu-ray Test Blu-ray : Siège

Test Blu-ray : Siège

0
83

Siège

Canada : 1983
Titre original : –
Réalisation : Paul Donovan, Maura O’Connell
Scénario : Paul Donovan
Acteurs : Tom Nardini, Brenda Bazinet, Daryl Haney
Éditeur : Sidonis Calysta
Durée : 1h24
Genre : Thriller, Polar
Date de sortie cinéma : 8 août 1984
Date de sortie BR/4K : 12 mars 2026

Halifax, une grande ville canadienne. Une grève de la police fournit à une milice d’extrême droite le prétexte idéal à appliquer sa loi par la violence. Lors d’une descente musclée dans un bar gay, ses membres exécutent sur les conseils d’un « nettoyeur » tous les témoins d’une bavure. Seul un client parvient à s’échapper. Immédiatement traqué par des tueurs armés jusqu’aux dents, il se réfugie dans un immeuble voisin où un couple le recueille, d’abord dans l’ignorance qu’il va vite leur attirer de gros ennuis…

Le film

[4/5]

Dès les premières minutes de Siège, on se dit que c’est la nuit qui a décidé de se venger. Pas seulement de Halifax, mais de tout ce qui ressemble de près ou de loin à une société civilisée. Le film de Paul Donovan et Maura O’Connell, tourné en 1983 mais hanté par les fantômes politiques du début de la décennie, s’ouvre sur une ville livrée à elle-même, comme un organisme dont on aurait retiré le système immunitaire. La grève de la police qui sert de déclencheur au film est tiré de faits réels, et ce détail documentaire donne au film une rugosité presque documentaire. On y voit des images d’actualité, granuleuses, inquiétantes, comme si la réalité elle-même venait signer le contrat de terreur. Siège ne cherche pas à rassurer : il montre une ville où la loi a pris des vacances et où les pires instincts se promènent en liberté surveillée par personne – et en ce sens, il préfigure presque, avec quelques décennies d’avance, la franchise American Nightmare.

L’aspect le plus réussi de Siège réside probablement dans la façon dont il transforme un simple immeuble en champ de bataille miniature. Les murs suintent la peur, les escaliers deviennent des pièges expressionnistes, et chaque porte semble hésiter entre s’ouvrir sur un espoir fragile ou sur un type armé d’un fusil d’assaut. Le film évoque évidemment Assaut de John Carpenter, mais aussi ce cinéma urbain crasseux des années Lustig et Glickenhaus, où la ville n’est jamais un décor mais un adversaire. Siège reprend cette tradition et la transpose au Canada, comme si Halifax avait décidé de se la jouer New York le temps d’une nuit. Le résultat est un survival urbain tendu comme un câble électrique, où chaque plan semble prêt à exploser. Cet aspect est d’autant plus clair que les thématiques de Siège résonnent encore très fortement dans la société d’aujourd’hui : la montée des extrémismes, la violence gratuite, la fragilité des minorités, la question du vivre-ensemble quand la société s’effondre. Le film montre une milice persuadée d’être investie d’une mission divine, alors qu’elle n’est qu’un groupe de types paumés, armés jusqu’aux dents et incapables de voir plus loin que leur propre haine. En face, les habitants de l’immeuble improvisent une résistance bricolée, faite de solidarité, de peur et de courage. Siège parle de survie, mais aussi de dignité : celle qu’on défend quand tout le reste s’écroule. Le film devient alors une sorte de parabole urbaine, un conte noir où la lumière ne revient qu’à force d’obstination.

La mise en scène de de Paul Donovan et Maura O’Connell joue sur la claustrophobie, mais aussi sur une forme de poésie sale, presque maladive. Les réalisateurs filment les intérieurs comme des labyrinthes où la lumière hésite à entrer, et les extérieurs comme des zones de non-droit où la nuit avale tout. Les escaliers, omniprésents, deviennent des personnages à part entière, générant des plongées et contre-plongées qui rappellent l’expressionnisme allemand. Siège n’a pas besoin de grands discours : il suffit d’un couloir trop long, d’un silence trop lourd, d’un souffle derrière une cloison pour que la tension grimpe d’un cran. Le film avance comme une bête blessée, lente mais déterminée, et cette lenteur calculée lui donne une puissance rare. Les acteurs de Siège apportent une humanité brute à ce chaos. Brenda Bazinet, Tom Nardini, Daryl Haney et Doug Lennox composent une galerie de visages marqués, crédibles, jamais caricaturaux. Lennox, surtout, impose une présence inquiétante, presque spectrale, comme si la nuit elle même avait décidé de prendre forme humaine. Siège repose sur ces performances solides, qui donnent chair à un récit tendu, sec, sans gras inutile. Le film, tourné en deux semaines dans l’immeuble même des cinéastes, respire la débrouille, mais une débrouille inspirée, habitée, qui transforme chaque contrainte en idée de mise en scène. Une sacrée curiosité, à découvrir.

Le Blu-ray

[4/5]

Le Blu-ray de Siège, édité par Sidonis Calysta, nous arrive dans un packaging élégant, accompagné d’un fourreau qui reprend l’affiche américaine – un choix discutable, certes, quand on sait que l’affiche française de Michel Landi reste, pour beaucoup, la plus marquante (et à vrai dire sans doute plus connue que le film lui-même). Le disque propose une restauration solide, avec un cadrage 1.85 enfin respecté après des décennies de recadrages VHS traumatisants. L’image oscille entre le très bon et le perfectible : le générique de début reste un peu trouble, les basses lumières bouchent parfois les détails, et la texture argentique, épaisse, rappelle le tournage nocturne en 35 mm. Mais une fois plongé dans l’obscurité du film, cette rugosité devient presque un atout : Siège n’a jamais été un film propre, et cette édition lui rend une patine cohérente, avec des noirs variables mais une colorimétrie naturaliste et des teintes saturées qui renforcent l’atmosphère oppressante. Côté son, Sidonis Calysta nous propose deux pistes DTS-HD Master Audio 2.0 (mono), en VO et en VF d’époque. La version originale offre une clarté appréciable, avec un léger souffle mais une bonne dynamique sur les tirs et la musique synthétique de Peter Jermyn et Drew King. La version française s’en sort globalement très bien : claire, dynamique, équilibrée, elle restitue l’ambiance de Siège sans jamais paraître étouffée.

Dans la section suppléments, on commencera avec une présentation du film par Olivier Père (33 minutes). Dense et précise, elle replace Siège dans le contexte du cinéma canadien du début des années 80, revient sur la grève de la police d’Halifax, et détaille les enjeux de la version longue spécifiquement commandée pour le marché japonais. Le directeur d’Arte France Cinéma reviendra également sur le fait que Paul Donovan et Maura O’Connell ont tourné dans leur propre immeuble, transformant un lieu banal en machine à tension – un détail qui, une fois connu, donne un relief supplémentaire à chaque escalier filmé comme un piège expressionniste. On continuera ensuite avec les premières minutes de la version longue (14 minutes), tournées à la demande du distributeur japonais. Elles introduisent trois des personnages principaux dans leur quotidien, avec un sens du détail social qui enrichit la lecture du film, même si Donovan lui-même considérait ce prologue comme dispensable. Pour les amateurs de cinéma bis et de variations de montage, c’est un document précieux, presque une fenêtre sur un Siège alternatif qui n’a jamais vraiment existé. On terminera avec la traditionnelle bande-annonce. On notera par ailleurs la présence dans le boîtier d’un livret de 24 pages signé Marc Toullec, qui complète l’ensemble avec une générosité rare. On y trouvera la genèse du film, des anecdotes de tournage, la réception critique du film, etc. L’ensemble est riche et vivant, et contribue à donner à Siège une profondeur historique bienvenue, en le replaçant dans son époque, dans son contexte, dans sa mythologie.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici