Lumière pâle sur les collines
Japon, Grande-Bretagne, Pologne : 2025
Titre original : Toi yamanami no hikari
Réalisation : Kei Ishikawa
Scénario : Kei Ishikawa
Acteurs : Suzu Hirose, Fumi Nikaidô, Yoh Yoshida
Éditeur : HK Vidéo
Durée : 2h04
Genre : Drame
Date de sortie cinéma : 15 octobre 2025
Date de sortie DVD/BR : 10 avril 2026
Royaume-Uni, 1982. Une jeune anglo-japonaise entreprend d’écrire un livre sur la vie de sa mère, Etsuko, marquée par les années d’après-guerre à Nagasaki et hantée par le suicide de sa fille aînée. Etsuko commence le récit de ses souvenirs trente ans plus tôt, lors de sa première grossesse, quand elle se lia d’amitié avec la plus solitaire de ses voisines, Sachiko, une jeune veuve qui élevait seule sa fille. Au fil des discussions, l’écrivaine remarque une certaine discordance dans les souvenirs de sa mère… les fantômes de son passé semblent toujours là – silencieux, mais tenaces…
Le film
[3/5]
Lumière pâle sur les collines avance comme en équilibre sur un fil tendu entre nostalgie et malaise, provoquant chez le spectateur une sensation diffuse, presque brumeuse, qui donne au film de Kei Ishikawa une identité singulière. Il s’agit en effet d’un récit qui évoque le passé en laissant les souvenirs se déplier comme des origamis un peu fatigués, et qui convoque par conséquent la mémoire, ainsi que ces zones grises où les émotions refusent de se ranger proprement. On comprend dès lors tout à fait que certains spectateurs aient pu se perdre dans les méandres de la narration du film : comme le soulignait notre rédacteur Jean-Jacques Corrio dans sa critique du 12 octobre dernier, Kei Ishikawa manque parfois un peu de clarté dans la façon dont il nous amène son récit.
Pour autant, on comprend tout de même parfaitement que le cœur de Lumière pâle sur les collines réside dans la relation mère-fille qu’il nous donne à voir, et qui semble à la fois solide et friable. Le film évoque les traumatismes enfouis, les silences qui pèsent plus lourd que les mots, et la manière dont les choix d’hier continuent de vibrer dans le présent. La famille y est présentée comme un terrain miné de non-dits, mais l’ensemble fait preuve d’une pudeur remarquable, Kei Ishikawa filmant les visages comme des paysages intérieurs où chaque ride raconte une bataille. Alors bien sûr, le film est d’une lenteur tout à fait assumée, et sa mise en scène adopte une sobriété qui frôle parfois l’ascèse : les plans s’étirent, les cadres se resserrent, et la caméra semble parfois attendre que les personnages se décident enfin à exister pleinement.
Mais cette langueur permet à Lumière pâle sur les collines de creuser ses thèmes avec une précision chirurgicale. Les souvenirs y deviennent des fantômes, les gestes du quotidien se chargent d’une gravité inattendue, mais le film, lui, ne force jamais le trait : il préfère suggérer plutôt qu’imposer, et c’est ce qui le rend si attachant. Les actrices Suzu Hirose, Yō Yoshida et Fumi Nikaidō portent cette délicatesse avec une justesse remarquable. Leurs performances sont d’une finesse rare, et permettent au film de donner chair à des sentiments fragiles, sans jamais tomber dans le pathos. Les regards, les hésitations, les respirations même semblent chorégraphiés pour exprimer ce que les mots n’osent pas dire. Un joli moment suspendu.
Le Blu-ray
[4/5]
Le Blu-ray de Lumière pâle sur les collines, disponible sous la bannière de HK Vidéo à partir du 10 avril, se présente dans une édition sobre mais élégante, reprenant le visuel de l’affiche du film, parfaitement en accord avec sa tonalité contemplative. Techniquement, l’image Haute-Définition qui nous est proposée par la galette est d’une grande finesse : la photographie douce et légèrement voilée de Piotr Niemyjski est respectée à la lettre, et le master restitue les textures, les nuances de lumière, essentielles pour traduire l’état émotionnel des personnages, avec une précision remarquable. Les noirs restent lisibles, les blancs ne brûlent jamais, et les couleurs pastel conservent leur délicatesse. Quelques plans très sombres montrent une légère perte de détail, mais rien qui ne trahisse l’intention artistique. Côté son, le film bénéficie d’un mixage DTS-HD Master Audio 5.1, en VO naturellement, et ce dernier met parfaitement en valeur la subtilité du film. La spatialisation est fine dans les ambiances, notamment durant les scènes extérieures où le vent et les bruits lointains participent à l’atmosphère. Les dialogues sont clairs, et l’équilibre sonore est très satisfaisant, permettant de profiter pleinement du travail sonore, essentiel pour accompagner la lente montée émotionnelle du film.
Côté suppléments, le Blu-ray de Lumière pâle sur les collines nous propose un intéressant making of (35 minutes) qui revient sur les thématiques du film, les personnages et bien sûr le tournage. On y découvrira les intentions du réalisateur, les choix esthétiques, les contraintes de production et la manière dont l’équipe a travaillé la lumière pour traduire les émotions des personnages. Les entretiens avec les actrices apportent un éclairage intéressant sur leur approche du jeu, notamment sur la retenue et la précision nécessaires pour un film aussi intimiste. On terminera enfin avec les bandes-annonces de Lumière pâle sur les collines et de Septet.




















