Les Sables du Kalahari
Royaume-Uni : 1965
Titre original : Sands of the Kalahari
Réalisation : Cy Endfield
Scénario : Cy Endfield, William Mulvihill
Acteurs : Stuart Whitman, Stanley Baker, Susannah York
Éditeur : Rimini Éditions
Durée : 1h59
Genre : Aventures
Date de sortie DVD/BR : 21 janvier 2026
En Afrique du Sud, un petit avion contenant sept personnes s’écrase dans le désert du Kalahari. Les survivants n’ont pas le choix : pour survivre, il va falloir s’entraider. Lorsque les vivres commencent à manquer, les plus bas instincts des uns et des autres reprennent le dessus…
Le film
[3,5/5]
Les Sables du Kalahari déploie d’emblée une atmosphère sèche comme un horoscope de fin du monde, mais sans jamais sombrer dans le catastrophisme de pacotille. Dans le film de Cy Endfield (L’île mystérieuse), le désert devient un personnage à part entière, un vieux grincheux qui observe les humains se débattre avec leurs instincts comme des pingouins essayant de faire du yoga. Cette lutte primitive, déjà explorée dans des films contemporains comme Le Vol du Phénix ou Hatari !, trouve ici une tonalité plus âpre, presque philosophique, sans jamais se prendre pour un cours magistral. Le film rappelle que la survie n’est pas seulement une affaire de muscles, mais aussi de regards, de silences, de grains de sable qui collent aux idées.
Dans Les Sables du Kalahari, les personnages semblent sculptés par le vent, chacun révélant ses fissures au fil des plans larges qui avalent l’horizon. Le film joue avec la lumière comme un chat avec un laser, mais avec plus de dignité : les ombres s’allongent, les silhouettes se découpent, et soudain la caméra capte un éclat de folie dans l’œil d’un survivant, comme si le désert lui murmurait des secrets pas très catholiques. Les Sables du Kalahari explore ainsi la frontière fragile entre civilisation et animalité, un thème déjà présent dans La Planète des Singes (version 1968), mais ici traité avec une sécheresse presque documentaire. Et si les dialogues fleurent bon une misogynie typique des années 60, cet élément renforce encore un peu plus la logique brutale du récit, sans être désamorcée ni transformée en morale de fin de soirée.
Les Sables du Kalahari s’amuse aussi à détourner les codes du film d’aventure. Pas de héros rutilants, pas de punchlines calibrées pour marquer le spectateur, juste des êtres humains qui transpirent, doutent, et parfois se comportent comme de véritables babouins. Le film montre comment la nature, immense et indifférente, renvoie chacun à ses obsessions les plus inavouables. Une scène où un personnage observe les singes avec une fascination presque gênante devient un moment clé : la caméra, placée légèrement en contrebas, accentue la sensation de glissement moral. Les Sables du Kalahari transforme alors la simple survie en miroir déformant de l’humanité. D’ailleurs, tout au long du récit, la mise en scène de Cy Endfield respire la maîtrise tranquille, presque sournoise. Les mouvements de caméra, souvent lents, donnent l’impression que le désert lui-même surveille les protagonistes, et les gros plans sur les visages brûlés par le soleil révèlent des micro-expressions qui racontent plus que les dialogues : peur, désir, jalousie, parfois même une pointe de lubricité mal placée.
Et puisqu’il nous rappelle alors que le cinéma peut être à la fois sale, noble, et profondément humain, Les Sables du Kalahari laisse derrière lui une impression durable, comme une traînée de sable coincée dans la raie. Le film ne cherche pas à plaire, encore moins à rassurer : il expose, il scrute, il gratte là où ça démange. Les Sables du Kalahari s’inscrit ainsi dans une tradition de récits de survie où l’homme se confronte à sa propre absurdité, mais avec une poésie rugueuse, presque tactile. Les Sables du Kalahari demeure une œuvre rare, tendue, et étonnamment moderne dans sa manière de questionner la place de l’humain dans un monde qui n’a pas demandé sa présence.
Le Blu-ray
[4/5]
Les Sables du Kalahari vient de débarquer au format Blu-ray, sous les couleurs de Rimini Éditions. Comme à son habitude, l’éditeur nous propose ici une restauration qui respire autant que les dunes filmées par Cy Endfield. L’image du film affiche une précision remarquable : les visages burinés, les roches, les poils des singes — tout semble avoir été poli par un vent numérique bienveillant. Les couleurs restent naturelles, sans excès de saturation, et le grain argentique a été parfaitement respecté, donnant au film une texture organique qui rappelle son époque. Quelques plans issus de sources secondaires paraissent un peu plus doux, mais rien qui ne vienne perturber l’ensemble. Les Sables du Kalahari bénéficie ainsi d’un rendu Haute-Définition solide, stable, et parfaitement adapté à son ambiance sèche et minérale. Côté son, le Blu-ray nous est proposé en VF + VO et DTS-HD Master Audio 2.0. La version française, un peu étriquée, laisse parfois la musique prendre le dessus, mais les dialogues restent clairs et audibles. La version originale se montre plus ample, plus respirante, avec une dynamique mieux équilibrée. Les bruits du désert, les cris des singes, les rafales de vent gagnent en présence, sans jamais devenir envahissants. Les Sables du Kalahari trouve dans cette piste originale un écrin sonore cohérent, respectueux de l’œuvre et agréable à écouter.
Dans la section suppléments, on trouvera une longue présentation du film par Laurent Aknin (33 minutes). L’historien y retracera tout d’abord la carrière de Cy Endfield, ses débuts d’illusionniste, son exil forcé durant le maccarthysme, et ses collaborations avec Stanley Baker. Il se focalisera ensuite plus particulièrement sur Les Sables du Kalahari : casting, changements d’acteurs, ambitions du projet, effets spéciaux, réception critique, et liens thématiques avec La Planète des Singes ou 2001 : L’Odyssée de l’Espace. Très intéressant !






















