Le Sourire de la Hyène
Italie : 1972
Titre original : Il sorriso della iena
Réalisation : Silvio Amadio
Scénario : Silvio Amadio
Acteurs : Jenny Tamburi, Silvano Tranquilli, Rosalba Neri
Éditeur : Le Chat qui fume
Durée : 1h28
Genre : Giallo, Thriller
Date de sortie DVD/BR : 1 décembre 2024
Dans la région du Latium, non loin de Rome – Au lendemain d’une fête qu’elle a donnée, Dorothy Emerson, femme fortunée, est trouvée morte et la police conclut à un suicide. Nancy, sa fille âgée de 17 ans, quitte son pensionnat anglais pour venir s’installer dans la maison de sa défunte mère, en attendant de toucher son héritage. Elle y fait la connaissance de Gianna, séduisante photographe ayant installé son studio au sous-sol, et de Marco, son beau-père, noble désargenté, qui gère les affaires. Si Nancy s’interroge sur le geste de sa mère, Magda, la gouvernante, lui confie ses doutes quant à un suicide. Et l’image idyllique de famille recomposée se ternit bientôt quand, lors d’une sortie sur un lac, Nancy manque de se noyer sous le regard imperturbable de son beau-père…
Le film
[3/5]
Le Sourire de la Hyène déploie d’emblée une atmosphère étrange, comme si le film avait décidé de se lover dans un coin sombre du giallo pour mieux observer ses personnages se débattre dans leurs mensonges. Le film de Silvio Amadio ne cherche pas à impressionner par la force brute, mais par une sorte de sensualité maladroite, presque adolescente, qui rappelle ces thrillers italiens du début des années 70 où l’érotisme se glissait partout, même dans les rideaux. Le Sourire de la Hyène s’amuse ainsi à faire serpenter ses thèmes — désir, manipulation, héritage, pulsions contrariées — dans un décor qui semble parfois tenir debout par la seule volonté du chef opérateur. Et pourtant, malgré ses maladresses, le film dégage un charme vénéneux, un parfum de scandale doux-amer qui évoque autant La Tarentule au ventre noir que certains films mettant en scène Barbara Bouchet dans lesquels les portes grincent plus fort que les consciences.
Le Sourire de la Hyène s’articule autour d’un trio qui ferait passer un épisode des Marseillais sur W9 pour un traité de stabilité émotionnelle. Le film suit donc bon gré mal gré la trajectoire d’un homme qui manipule, d’une maîtresse qui calcule et d’une jeune héritière qui observe tout cela avec un sourire ambigu, comme si elle savait déjà que la vie est un terrain de jeu où les règles sont écrites au feutre effaçable. Le Sourire de la Hyène se permet même quelques pointes de sexualité trouble, parfois filmées avec la délicatesse d’un sanglier en pleine période de rut, mais ces excès donnent paradoxalement au film une identité, un grain de folie qui dépasse la simple exploitation, et rappellera au spectateur que le giallo n’est jamais aussi fascinant que lorsqu’il assume son mauvais goût avec panache.
Le Sourire de la Hyène n’est pas exempt de défauts, loin de là : certains plans semblent avoir été cadrés par un caméraman un peu trop distrait par le défilé de jeunes filles dénudées sur le plateau, et quelques scènes dialoguées donnent l’impression que les acteurs récitent leur horoscope. Mais le film transforme ces faiblesses en matière première, en texture presque poétique, d’autant que la photo de Silvano Ippoliti est très belle, jouant avec les ombres, les miroirs, les silhouettes, comme si chaque reflet tentait de dénoncer un mensonge. Le Sourire de la Hyène trouve même une forme de beauté dans ses excès, notamment dans la manière dont la caméra glisse sur les corps, cherchant moins à exciter qu’à révéler les fractures intérieures, et quand la mise en scène de Silvio Amadio reprend occasionnellement le pouvoir, rappelant que la vraie manipulation n’est jamais là où on l’attend.
Le Sourire de la Hyène s’inscrit dans une époque où le cinéma italien aimait mélanger les genres comme un enfant mélange les couleurs d’un pot de peinture, créant des nuances imprévues. Évidemment, on retrouve là les obsessions de Silvio Amadio, et quelques éléments du film rappellent A la recherche du plaisir, mais avec une touche plus mélancolique, presque introspective. Le Sourire de la Hyène interroge ainsi la notion de vérité : qui ment, qui manipule, qui observe ? Le film nous répond par des images parfois bancales, parfois sublimes, mais toujours habitées. Et si le film souffre occasionnellement de légères ruptures de rythme, on pourrait presque penser que ces dernières participent à l’instabilité émotionnelle du récit, renforçant l’idée que rien n’est stable, ni les relations, ni les identités… ni même la mise en scène.
Le Sourire de la Hyène laisse finalement une impression étrange, comme un parfum persistant qu’on n’arrive pas à identifier. Il ne s’agit certainement pas d’un chef d’œuvre du genre giallo, mais il demeure un objet cinématographique assez fascinant, un film qui regarde ses propres défauts avec un clin d’œil complice, nous rappelant que le cinéma peut être bancal, excessif, maladroit, mais profondément vivant. Et à une époque où le monde du cinéma s’acharne à nous proposer une grande majorité de contenus calibrés, ce Sourire de la Hyène nous offre finalement une expérience qui échappe aux algorithmes, un petit morceau de chaos filmique certes raté dans les grandes largeurs, mais qui mérite d’être redécouvert.
Le Blu-ray
[4/5]
Séance de rattrapage pour l’édition Blu-ray française du Sourire de la Hyène, disponible depuis la fin 2024 sous la bannière Le Chat qui Fume, mais que l’on avait honteusement loupée au moment de sa sortie. Le film de Silvio Amadio arrive dans un écrin qui ferait ronronner n’importe quel collectionneur insomniaque. Le Blu-ray est logé dans un boîtier rigide protégé par un fourreau illustré, un duo qui joue sur deux ambiances : l’une éclatante, presque psychédélique, l’autre plus austère, comme si le film hésitait entre confession intime et carnaval meurtrier. Comme d’hab, cette édition du Sourire de la Hyène profite ici du travail graphique remarquable de Frédéric Domont, qui ne cherche pas la nostalgie facile, mais une réinterprétation élégante de l’affiche d’époque, avec ce sens du détail visuel qui lui est propre. Bref, un packaging qui attire l’œil sans sombrer dans le tape-à-l’œil, un équilibre rare dans le monde de l’édition vidéo.
Côté master, le Blu-ray du Sourire de la Hyène surprend agréablement : le cadre reste stable, les poussières ont été domptées, et la texture argentique respire encore, comme un vieux chat qui refuse de mourir. Le film retrouve ses couleurs primaires éclatantes, ces teintes pop qui faisaient déjà sa singularité à sa sortie dans les salles italiennes. L’image profite d’un piqué solide, révélant les plis des vêtements, les regards en coin, les petites tensions qui traversent les scènes. Le master n’échappe pas à quelques marques du temps, mais celles-ci ajoutent presque une patine bienvenue, rappelant que le giallo est un genre qui aime les cicatrices. Côté son, Le Sourire de la Hyène se pare d’une piste italienne DTS-HD Master Audio 2.0 étonnamment vivante : dialogues nets, musique parfois un peu aiguë mais jamais agressive, ambiance frontale mais enveloppante.
Côté suppléments, Le Chat qui fume se concentre ici sur l’essentiel, mais avec une sincérité flagrante. On commencera par un entretien avec Stefano Amadio (23 minutes), dans lequel le fils du réalisateur évoque souvenirs, anecdotes et zones d’ombre avec une franchise qui fait plaisir à entendre. Comprendre les intentions du père éclaire certaines audaces du film, notamment dans la manière de filmer les relations ambiguës. La galette inclut aussi deux scènes coupées (3 minutes), principalement orientées vers l’érotisme. Pour vous procurer cette édition Blu-ray du Sourire de la Hyène, rendez-vous sur le site de l’éditeur !























