Test Blu-ray : Le miel du diable

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Italie : 1986
Titre original :
Réalisation :
Scénario : ,
Acteurs : , ,
Éditeur :
Durée : 1h22
Genre : Thriller
Date de sortie cinéma : 20 juillet 1988
Date de sortie DVD/BR : 5 mars 2021

Cecilia et Gaetano s’aiment d’un amour fou, charnel et pervers. Malgré cette passion destructrice pour laquelle elle accepte différentes humiliations, la jeune femme ne peut imaginer sa vie sans le beau saxophoniste. Mais suite à un stupide accident de moto, Gaetano meurt sur la table d’opération du docteur Dominici. Le chirurgien, dont le mariage avec Carole vole en éclat, est alors enlevé et séquestré par Cecilia qui le tient pour responsable de la mort de son bien-aimé. S’installe dès lors entre eux une relation aussi troublante que violente et désespérée…

Le film

[3,5/5]

est souvent considéré comme le film du « retour » – voire même du retour à la vie – pour  : ce dernier avait en effet été tenu à l’écart des plateaux de cinéma pendant quelque temps suite à de graves soucis de santé, juste après le tournage de Murderock (1984). Le livret accompagnant cette édition Combo Blu-ray + DVD nous apprend que fut, dans un premier temps, distribué en province courant 1987, mais le film de referait surtout son apparition dans une poignée de salles parisiennes à l’été 1988 sous le titre Plaisirs pervers. Deux titres pour un seul film, et le dernier signé Fulci à avoir reçu un visa d’exploitation pour la France, après Aenigma en 1987 : ses films suivants sortiraient en effet directement en vidéo, faisant la joie des cinéphages écumeurs de vidéo-clubs.

Si est surtout connu pour ses films d’horreur tournés entre 1979 et 1982, on ne trouvera pas le moindre élément fantastique ou surnaturel au cœur du Miel du diable, qui s’impose d’avantage comme un film érotique virant au « torture porn ». Les éléments purement érotiques du film s’inscrivent d’ailleurs dans une certaine tradition du genre, mettant en scène des bourgeois frustrés sexuellement et évoquant frontalement l’impuissance du personnage masculin principal. Le film de n’hésite par ailleurs pas à développer un certain fétichisme déviant. On ne pense pas seulement ici à cette scène pas piquée des hannetons durant laquelle se frotte la schneck au pavillon d’un saxophone : semble en effet bien déterminé à créer l’inattendu, voire même le malaise, en confrontant Eros et Thanatos, autrement dit en mêlant le sexe et la mort.

Ainsi, ira loin, très loin dans les outrances et le mauvais goût. Ayant lui-même sans doute largement flirté avec la mort, se vautre ici volontiers dans les séquences les plus douteuses, les plus gratuites et les plus complaisantes. C’est d’autant plus flagrant que Fulci recycle avec plaisir une musique ainsi qu’une photo très soignée s’avérant absolument typiques des films érotiques « haut de gamme » des années 70/80. Dans . Cette patine visuelle sophistiquée crée un contraste réel avec le côté ouvertement barge et craspec de la dernière partie du film, sordide, qui enchaîne les scènes de sadisme et de torture psychologique.

Cela dit, on notera avec quelle intelligence inverse le schéma habituel du genre, en mettant en scène une femme torturant un homme, et non l’inverse. L’éternelle lutte de pouvoir et de domination entre le sexe fort et le sexe dit « faible » est donc ici remise en question de façon relativement habile, d’autant que de cette situation sadomasochiste naitra une passion inattendue entre la victime et son bourreau. C’est un peu comme si cette passion morbide mais bien réelle était née de l’inversion de la soumission que la jeune femme subissait bon gré mal gré avec son amant décédé. « Je te hais » déclare-t-elle à son esclave, de la même façon qu’elle le disait à son amour perdu.

Vie et mort, présent et passé, amour et haine, réalité et fantasme se mélangent donc dans un univers hors du temps, construit par Fulci au cœur d’une maison au bord de la mer qui devient de fait un puissant symbole de purification, et même de renaissance pour le personnage incarné par . Une renaissance nécessaire si l’on considère l’enchainement de flashbacks prenant place durant le dernier acte du Miel du diable, et qui nous permet de découvrir que la relation idéalisée par la jeune femme n’était pas réellement ce que l’on pouvait penser à priori. Ainsi, même s’il s’agit clairement d’un film imparfait, demeure intéressant malgré ses nombreux défauts formels et stylistiques.

Le coffret Blu-ray

[5/5]

Initiée courant 2018 avec le Blu-ray de L’enfer des zombies, la collection «  » de chez s’est, depuis, enrichie de plusieurs titres absolument incontournables, et en l’espace de ces quelques années, l’éditeur est parvenu à se faire une place de tout premier ordre dans le cœur des cinéphiles français amateurs de bis et de Haute-Définition. S’imposant comme de véritables références en terme de qualité de transfert et de suppléments, les titres de la collection se suivent et ne se ressemblent pas, prouvant à ceux qui en douteraient encore la richesse infinie de la carrière de . Comme d’habitude avec , s’affiche donc dans une superbe édition Combo Blu-ray + DVD + Livret prenant la forme d’un Mediabook au design soigné et à la finition maniaque, s’intégrant bien entendu dans la charte graphique de la collection depuis ses débuts au printemps 2018.

Côté image, l’éditeur français nous propose de (re)découvrir le film dans un master restauré 2K de toute beauté, respectueux du grain d’origine, et proposant un piqué que l’on considérera comme très satisfaisant, surtout si l’on considère que est un film à petit budget n’ayant probablement pas bénéficié de conditions de tournage techniquement très sophistiquées. Les couleurs sont chaudes, en tous points fidèles à la photo d’Alejandro Ulloa, et les contrastes sont solides. La restauration a fait place nette de la plupart des poussières et autres points blancs, et le résultat s’avère globalement très recommandable. Côté son, VF et VO nous sont proposées en DTS-HD Master Audio 2.0 (mono d’origine), et les deux mixages s’avèrent assez clairs, restituant sans bavure les dialogues et la musique du film. En comparaison avec la VO, la version française paraitra néanmoins un poil étouffée.

Dans la section suppléments, a tout d’abord pris soin de rapatrier quelques-uns des bonus présents sur l’édition Blu-ray américaine de chez Severin Films. On trouvera donc tout d’abord un entretien avec le compositeur Claudio Natili (10 minutes), qui reviendra sur ses débuts dans le petit monde de la musique de film, puis évoquera sa collaboration avec , et notamment les modifications que le cinéaste a fait apporter à.son score. On continuera avec un entretien avec le producteur Vincenzo Salviani (13 minutes), qui se remémorera le tournage du Miel du diable aux côtés d’un affaibli et angoissé, mal à l’aise avec les nombreuses scènes érotiques du film. On aura ensuite droit à un entretien avec l’acteur (17 minutes), qui reviendra sur sa carrière aux Etats-Unis puis en Europe. De la même façon que Salviani, il se souviendra d’un très affaibli par la maladie et très éloigné de la personnalité vive et colérique qui le caractérisait habituellement – une expérience de tournage agréable qui l’inciterait à retravailler avec Fulci par la suite.

Le bonus suivant est un entretien avec l’actrice (12 minutes), qui évoquera son parcours en Italie, et son parcours, évidemment marqué par le film Histoire d’O. Elle s’attardera finalement très peu sur , se contentant de décrire comme un cinéaste courtois et attentionné. Enfin, on terminera avec un entretien inédit avec Antonella Fulci (11 minutes), fille du cinéaste et scripte sur le film qui nous intéresse aujourd’hui. Elle reviendra sur le grand bonheur ressenti par dans son travail, ainsi que sur l’esprit de famille qui régnait sur ses tournages. Elle reviendra globalement sur sa carrière et la pérennité de son œuvre, tout en y allant de quelques anecdotes personnelles parfois étonnantes : on apprendra par exemple que le film préféré était… Les Blues Brothers ! On terminera le tour des bonus avec le générique français du film ainsi qu’avec une galerie de photos.

Mais le « gros » morceau de cette édition Combo Blu-ray + DVD + Livret éditée par réside bien dans le livret de 80 pages intégré au boitier, intitulé « Mourir d’aimer » et signé Lionel Grenier, spécialiste français de . Il y abordera tous les aspects de la production du Miel du diable, de la genèse au tournage, et terminera avec une remarquable analyse du film dans un texte assez passionnant, richement illustré de photos d’exploitation et d’affiches.

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