Test Blu-ray : La croisière du Navigator

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États-Unis : 1924
Titre original :
Réalisation :
Scénario : , Jean C. Havez,
Acteurs : Buster Keaton, ,
Éditeur :
Durée : 1h06
Genre : Comédie
Date de sortie cinéma : 13 mars 1925
Date de sortie DVD/BR : 16 juin 2020

Un riche héritier insouciant se retrouve accidentellement emporté sur un paquebot à la dérive. Le bateau est désert à l’exception d’une autre passagère : la jeune femme qui a refusé sa demande en mariage ! Commence alors une grande traversée qui leur apprendra à mieux se connaître…

Le film

[4,5/5]

Inspirateur (sans fil) de tous les comiques « physiques » nous régalant depuis des années, de Jackie Chan à Jim Carrey en passant par Pierre Richard, Buster Keaton fait partie de cette petite poignée de géants du muet dont l’influence se fait encore énormément sentir de nos jours dans la comédie. Dans le documentaire de Peter Bogdanovich The great Buster (2018), on apprenait par exemple que des personnalités aussi diverses que Jon Watts (Spider-Man : Homecoming) ou encore Johnny Knoxville (Jackass) se réclament également de son héritage.

Une chose est sûre cependant : la méticulosité maniaque de Buster Keaton a réellement fait des merveilles au cinéma durant les années 20. Après avoir « tâté le terrain » en 2019 avec une belle édition Haute-Définition des Fiancées en folie (1925), Elephant Films remet le couvert cette année avec trois nouveaux Blu-ray consacrés à Buster Keaton. Et quels films ! Il s’agit en effet de (1924), La croisière du Navigator (1924) et (1926), trois des œuvres les plus célèbres et les plus réussies de celui que l’on surnommait « L’homme qui ne rit jamais ».

Ces trois pépites du cinéma muet intègrent la prestigieuse collection « Cinéma Masterclass » de chez Elephant Films, également connue sous le sobriquet de « La collection des maîtres ». Voici donc l’occasion rêvée pour le consommateur de redécouvrir un Buster Keaton alors à son apogée artistique au cœur de trois films courts et intenses, riches en cascades époustouflantes et soutenues par un timing comique proche de la perfection.

Unanimement considéré comme l’une des pièces maîtresses de la filmographie de Buster Keaton, à égalité avec Le mécano de la Général peut-être, La croisière du Navigator (1924) est en effet un des gros morceaux de la carrière du cinéaste cascadeur. 1h05 de génie créatif et d’inventivité, et le parfait résumé des ambitions et de la tonalité de son œuvre. 1h05 de gags parfaits également, conservant parfois un impact totalement identique près de cent ans après leur réalisation. Bien sûr, avec le recul, toutes les idées ne font pas mouche, et il faut bien admettre également que comparé à un Sherlock Junior par exemple, le film s’embourbe un peu dans un rythme un poil longuet, avec une situation centrale qui n’évolue pas des masses…

Mais il y a ce paquebot, aussi vide que majestueux, littéralement transformé en terrain de jeux par Buster Keaton, ce qui semble d’autant plus clair que les deux protagonistes principaux, jeunes gens riches et pourris-gâtés, se comportent littéralement comme des enfants, complètement inadaptés à la vie « d’adulte ». Ils s’avèrent par exemple incapables de se faire cuire un œuf, tenteront de se faire du café avec de l’eau de mer, etc, etc. Perdus au milieu de ce grand, très grand bateau, ils tenteront d’apprivoiser tant bien que mal leur environnement. Ils se rapprocheront l’un de l’autre également, en « grandissant » au fur et à mesure de leur dérive à bord du Navigator. Avec La croisière du Navigator, Buster Keaton mélange donc deux de ses thématiques favorites, qui reviendront tout au long de son œuvre : le romantisme et la critique sociale. Car Rollo (Keaton) et Patsy (Kathryn McGuire) sont tous deux issus du même monde, celui de la grande bourgeoisie, voire même peut-être de l’aristocratie. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la charge à l’encontre de ces oisifs incapables de faire quoi que ce soit de leurs dix doigts est féroce…

Mais l’humour dont est largement saupoudré La croisière du Navigator permettra de faire passer la pilule, d’autant que le film affiche également de très beaux moments de poésie, avec des idées visuelles étonnantes. Et si le film possède certes un petit « ventre mou », les courses-poursuites sont nombreuses, et les moindres recoins du bateau largement exposés à l’écran, dans des chorégraphies solides, parfois assez impressionnantes, et utilisant toutes les possibilités offertes par cet espace clos à ciel ouvert – qu’elles soient horizontales, verticales ou même en diagonale (lors de la scène du siège du navire par les cannibales). Bref, tout cela donne même parfois au Navigator des allures de parc d’attractions, et le film de nous proposer d’alterner entre le grand huit, le tunnel de l’amour et même le train fantôme.

En deux mots comme en cent, si on est tout à fait en droit de lui préférer Sherlock Junior – que l’on abordait justement il y a quelques jours – La croisière du Navigator n’en fait pas moins partie de ces grands classiques indémodables qui font la joie des petits comme des grands. Un classique toujours aussi drôle et efficace !

Le Blu-ray

[4/5]

Afin de fêter comme il se doit la redécouverte de La croisière du Navigator, Elephant Films a mis les petits plats dans les grands, et nous propose donc trois films de Buster Keaton en Haute Définition. Le film a été restauré en 4K, et si l’on excepte quelques plans malheureux, l’ensemble affiche une belle pêche, avec un grain scrupuleusement préservé, un piqué accru et des couleurs et des noirs très intenses et soignés : c’est du beau travail, le meilleur résultat que l’on puisse espérer au regard des éléments disponibles. Côté son, le film est à la fois proposée en DTS HD Master Audio 2.0 mono et en DTS HD Master Audio 5.1, avec une sympathique spatialisation de la musique de Robert Israel, enregistrée en 1995.

Du côté des suppléments, on commencera avec une présentation du film assurée par Nachiketas Wignesan (26 minutes), enseignant et critique en Histoire du Cinéma. Après avoir rapidement replacé le contexte et l’importance du film au cœur de la carrière de Buster Keaton, il se lancera dans une intéressante analyse de séquences, notamment destinée à « déconstruire » le gag à la Keaton. C’est très intéressant et mené sans temps mort : un grand bravo. En plus des traditionnelles bandes-annonces de quelques films de la collection « Cinéma Masterclass », on trouvera une poignée de très instructives notes sur la restauration du film.

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