Test Blu-ray : Henry, portrait d’un serial killer

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Henry portrait d’un serial killer

États-Unis : 1986
Titre original : Henry, portrait of a Serial Killer
Réalisation : John McNaughton
Scénario : Richard Fire, John McNaughton
Acteurs : Michael Rooker, Tom Towles, Tracy Arnold
Éditeur : Carlotta Films
Durée : 1h22
Genre : Horreur
Date de sortie cinéma : 6 mars 1991
Date de sortie DVD/BR : 22 septembre 2021

Hanté par une enfance martyre, Henry Lee Lucas tue. La seule manière pour lui de se libérer de ses démons. Avec la complicité de Otis Toole, il écume les routes des États-Unis, choisissant ses victimes au hasard. Une équipée sauvage et sanglante restée unique dans les annales du crime…

Le film

[4/5]

Tout le monde s’accordera probablement à souligner à quel point Henry, portrait d’un serial killer est un film important, surtout dans la façon remarquable avec laquelle John McNaughton est parvenu à renoncer à toute volonté d’esthétisation et de distanciation de la violence, la présentant au spectateur de la façon la plus brute et la plus dérangeante qui soit. Sur ce point, le film est une véritable réussite : il s’agit d’une véritable « expérience », et même 35 ans après sa réalisation, le film conserve encore la force qu’il affichait déjà quand on l’a découvert il y a de nombreuses années.

Pour autant, Henry, portrait d’un serial killer n’est pas un film aimable. D’ailleurs, vous pouvez faire l’expérience autour de vous : si beaucoup considèrent le film de McNaughton comme un véritable coup de maître, s’il conserve également un impact extrêmement durable sur la mémoire (si vous l’avez vu, vous vous en souvenez forcément, même plusieurs décennies après), si la performance de Michael Rooker est absolument grandiose, personne ne cite jamais Henry, portrait d’un serial killer comme étant son film préféré.

C’est que le film de John McNaughton nous met vraiment dans une position inconfortable. Le malaise est présent pendant toute la durée du film. Marchant dans les pas du Maniac de William Lustig, Henry, portrait d’un serial killer nous emmène au plus près du tueur. Mais contrairement à Maniac justement, ou à un film tel que Schizophrenia, le spectateur n’aura aucune idée des pensées du tueur, de sa psyché, de ses fantasmes. Comme dans un documentaire, on ne connaît de Henry / Michael Rooker que ce qu’il dit, ou veut bien dire, de lui-même.

La mise en scène est brute de décoffrage, aucune « convention » de genre ne vient amoindrir l’impact cru des images, et finalement, Henry, portrait d’un serial killer réussit son pari : celui de nous présenter la violence dans toute son incongruité, sa laideur, son inutilité. Ainsi, le film s’ouvre sur un lent travelling avant sur le cadavre d’une femme. En montage alterné, on découvre ensuite Henry vaquer à ses occupations quotidiennes, les petits riens de la vie de tous les jours étant entrecoupés d’images de plusieurs autres de ses victimes. Une des dernières images de l’introduction le montre prendre une jeune femme en stop ; elle a une guitare sur le dos. Dans la séquence suivante, Henry offre la guitare à son ami et colocataire Otis (Tom Towles). Glaçant.

Avec Henry, portrait d’un serial killer, John McNaughton semble vouloir faire prendre conscience au spectateur que notre perception des scènes de violence est biaisée par l’utilisation de « codes » propres au cinéma. Pour illustrer cette idée, il alternera différentes représentations de la violence aveugle ; on commencera avec des meurtres gratuits, et littéralement choisis au hasard. Au fil des pérégrinations meurtrières d’Henry et Otis, et alors que le spectateur n’est plus en mesure de déterminer ce que vont faire les deux tarés durant la scène qui suit, McNaughton prend cette fois la décision de « mettre en scène » un conflit, avec une scène prenant place sur le marché noir – le vendeur insulte les deux hommes, la tension monte, si bien qu’on ne pourra s’empêcher de penser, au moment où il se fait poignarder par Henry (avec un fer à souder), que cette mort-là est plus « justifiée », que le type l’avait un peu cherchée… Raisonnement complètement absurde, mais McNaughton nous démontre par là même qu’en nous manipulant par le biais de sa mise en scène, il parvient à rendre certains crimes plus « acceptables » que d’autres – Henry, portrait d’un serial killer met ainsi le spectateur face à ses propres paradoxes.

Cette volonté de secouer le spectateur dans ses habitudes se retrouve également dans la séquence dite du « Home Invasion » filmé par Henry : la scène nous est amenée par le biais d’un « écran dans l’écran ». John McNaughton nous présente en effet les événements sur un écran de TV, puis la caméra recule de l’écran, et on découvre Henry et Otis, confortablement assis sur leur canapé, à la façon de deux doubles maléfiques du spectateur. L’idée est intéressante, et renvoie le public à sa propre situation – celle du voyeur assistant au « spectacle » de la violence et de la mort.

Pour la petite histoire, Henry, portrait d’un serial killer a fait l’objet d’une suite en 1996, réalisée par Chuck Parello et interprétée par Neil Giuntoli. Révélé par le film, Michael Rooker a réussi le tour de force de « dépasser » le rôle d’Henry dans l’esprit du public, et a depuis à son actif une longue carrière parsemée de films et de séries cultes (Horribilis, The Walking Dead…). Quant à John McNaughton, sa carrière ultérieure se concentre surtout sur les années 90 : après le très amusant film d’horreur The Borrower – Le voleur de têtes en 1991, on le retrouverait notamment à la barre des excellents Mad Dog and Glory (1993) et Sexcrimes (1998).

Le Blu-ray

[4/5]

La redécouverte de Henry, portrait d’un serial killer se fait ce mois-ci grâce à Carlotta Films, qui nous propose une galette Haute-Définition exemplaire dont le master est tiré d’une nouvelle restauration 4K. Le format 1.37 est respecté, l’ensemble est superbe (enfin, si l’on peut utiliser ce terme pour un film aussi glauque et volontairement laid), et l’ensemble affiche une belle pêche, avec un grain scrupuleusement préservé, des couleurs et des noirs très intenses et un piqué accru, dans la limite d’un tournage en 16 mm évidemment. Côté son, la VO nous est proposée, au choix, dans un mixage DTS-HD Master Audio 2.0 mono d’origine, ou dans un mixage spatialisé DTS-HD Master Audio 5.1 respectant bien heureusement la frontalité de l’ensemble. La VF est quant à elle proposée en DTS-HD Master Audio 1.0. Dans tous les cas de figure, la bande sonore est stable, nette et équilibrée ; on ne saurait néanmoins trop vous conseiller d’opter pour la VO, pour de simples raisons artistiques.

Du côté des suppléments, on commencera avec un entretien avec John McNaughton (31 minutes, définition standard), réalisé en 1998, au cœur duquel il reviendra sur la genèse du film et les réactions extrêmes qu’il a suscité à sa sortie. La plupart des sujets y étant abordés sont intéressants, mais on notera quelques redondances avec le passionnant making of rétrospectif (53 minutes, définition standard), qui les complétera et les enrichira de façon passionnante et beaucoup moins monotone. On y trouvera des interventions de John McNaughton, Richard Fire (scénariste), Steven Jones (producteur) ainsi que de tous les acteurs principaux. Des premières moutures du scénario aux démêlés de Henry, portrait d’un serial killer avec le comité de censure américain, tout y est passé en revue de la plus complète et passionnante des façons ! On continuera ensuite avec un deuxième entretien avec John McNaughton (28 minutes, HD), enregistré en 2016, dans lequel il reviendra autant sur son premier film que sur le reste de sa carrière – il abordera notamment son parcours, ses rapports avec le monde du cinéma, ainsi que la façon dont Henry, portrait d’un serial killer a changé sa vie. On terminera le tour des interviews avec un entretien avec Joe Coleman (9 minutes, HD), artiste ayant signé l’illustration reprise sur le Steelbook édité par Carlotta. Il se remémorera le choc lié à sa découverte du film, et la façon dont celui-ci l’a hanté durant des années. Enfin, en plus des traditionnelles bandes-annonces, l’éditeur nous propose de nous plonger dans une large sélection de scènes coupées ou alternatives (21 minutes, définition standard), commentées par le réalisateur John McNaughton et le documentariste David Gregory. Ces dernières sont présentées sans leur bande sonore, qui a été perdue. On y découvrira notamment une scène « intime » montrant qu’Otis et Henry étaient amants – il s’agit d’ailleurs d’une réalité : les deux tueurs ayant inspiré le film, Henry Lee Lucas et Ottis Toole, étaient non seulement complices mais également amants.

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