Test Blu-ray : Cabal

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États-Unis, Royaume-Uni, Canada : 1990
Titre original :
Réalisateur :
Scénario : Clive Barker
Acteurs : , ,
Éditeur :
Durée : 1h42
Genre : Fantastique, Horreur
Date de sortie cinéma : 16 janvier 1991
Date de sortie DVD/BR : 22 octobre 2019

 

Convaincu par son propre psychiatre, le Dr. Decker, qu’il pourrait être le serial killer qui s’attaque régulièrement aux familles de la région, Aaron Boone quitte sa petite amie pour se réfugier derrière les grilles du cimetière de Midian, accès à une cité mythique dont les habitants, des monstres appelés Nocturnes, hantent ses cauchemars. Mordu par l’un d’eux puis criblé de balles par la police, Boone rejoint à son tour les rangs des créatures des ténèbres. Pendant ce temps, à la surface, les autorités organisent une vaste expédition punitive contre Midian…

 


 

Le film

[4/5]

Le parcours de Clive Barker est réellement atypique. Artiste « total », s’exprimant largement dans l’écriture mais également par le biais du cinéma, de la peinture, de la bande dessinée, de la mise en scène de théâtre et même du jeu vidéo, Barker fut repéré dans les années 80 principalement grâce à sa série des « Livres de sang », recueils de nouvelles pour lesquels il reçut l’adoubement public de l’un des plus grands noms de la littérature fantastique. « J’ai découvert l’avenir de la littérature de terreur, il s’appelle Clive Barker. Il est si bon que j’en suis presque littéralement muet. A côté de ce qu’accomplit Barker, le reste d’entre nous semble avoir été plongé dans la léthargie durant les dix dernières années » pouvait-on lire en quatrième de couverture de ses romans de l’époque – des dithyrambes signés de la plume de Stephen King en personne…

En matière de cinéma (puisque c’est plutôt cet aspect qui nous intéresse ici), on pourra d’ailleurs créer quelques passerelles entre les carrières des deux romanciers : tous deux ont en effet eu des velléités de cinéastes pour le moins contrariées. Si on ne compte plus les adaptations des romans de Stephen King, et si bon nombre d’entre elles rencontrent de nos jours de grands succès publics, cela n’a pas toujours été le cas ; d’ailleurs, Maximum overdrive, sa seule expérience en tant de metteur en scène s’est soldée par un échec cuisant, à la fois du point de vue public et artistique. Clive Barker n’a pas eu de chance non plus avec le cinéma : s’il est à l’origine d’une franchise – Hellraiser – dont le succès n’a jamais été démenti, ses deux autres expériences derrière la caméra ont été calamiteuses d’un point de vue personnel : les tournages de Cabal (1990) et (1995) ont été particulièrement difficiles, et les deux films se sont vus massacrés au montage par leurs producteurs, au point d’en apparaître complètement dénaturés.

Pour autant, même mutilés, ces deux films demeurent de sacrées curiosités à découvrir. Barré, généreux, foisonnant d’idées foutraques, Cabal s’impose ainsi non seulement comme le film le plus ambitieux de Clive Barker, mais aussi tout simplement comme l’un des films les plus ambitieux du cinéma fantastique tout court, toutes époques et nationalités confondues. Suivant une vague ligne directrice biscornue passant du thriller au film de monstres le plus débridé, le cinéaste / romancier se permet nombre de digressions invraisemblables, au point souvent de perdre le spectateur au milieu d’un maelström bizarroïde et 100% foutraque, se payant pourtant le luxe de s’avérer étrangement et paradoxalement tout à fait homogène. Mais ce qui frappera le plus le spectateur qui reverra Cabal presque trente ans après l’avoir découvert en salles, c’est à quel point le film semblait en avance sur son temps, en décalage complet avec la production horrifique des années 80/90.

Fou, énergique mais bancal dans les grandes largeurs, le film de Barker mérite donc amplement la révision, et mériterait surtout de voir son riche univers à nouveau développé à l’écran, à travers par exemple une série TV d’envergure : dix à douze heures de programme, voire plus, parmi les monstres de Midian permettraient sans doute à Clive Barker d’étoffer le background de chaque créature, et de se laisser aller à autant de digressions qu’il le désirerait. Étonnant, en ces temps de reboots et revivals à tire-larigot, que personne n’y ait encore pensé…

 

 

Le coffret Blu-ray

[4,5/5]

Inédit en France sur support Haute-Définition, Cabal était déjà sorti sur support DVD sur le territoire français en 2015, dans une édition Warner malheureusement probablement censurée et dénuée de suppléments et de version française. Grâces soient donc rendues à ESC Éditions, éditeur touche à tout français qui nous permet de redécouvrir dans l’hexagone et sur une galette Haute Définition revue et corrigée le petit chef d’œuvre de Clive Barker. Le film s’impose qui plus est dans un packaging assez sublime, proposé dans un tirage limité (et déjà épuisé), et comprenant non seulement le Blu-ray et le DVD du film, mais également un livret de 24 pages signé Marc Toullec et la version « Director’s Cut » du film sur un deuxième Blu-ray, que l’éditeur n’a malheureusement pas été en mesure de nous fournir pour ce test.

Côté master, on est en présence d’une très belle édition Blu-ray : ESC Éditions a pris grand soin de restituer le grain d’origine, et surtout, la définition et le piqué sont en tous points remarquables : précis, pointus, affûtés, comme disait Cantona. Même topo pour les couleurs et la gestion des noirs : c’est du très beau travail, le rendu visuel semble vraiment optimal, avec des noirs denses et profonds, ce qui est particulièrement important si l’on considère que quasiment tout le film se déroule dans le noir ou l’obscurité. En ce qui concerne le son, VF et VO sont proposées en DTS-HD Master Audio 2.0, mais la version française d’origine s’avère peu convaincante, trop saturée et faisant preuve d’une platitude assez peu engageante. Bien plus respectueuse du rendu sonore d’origine, la version originale est beaucoup plus soignée, avec des effets d’ambiances sobres et efficaces, en plus d’un bon placement, dynamique à souhait, de la sublime musique de Danny Elfman.

 

 

Du côté des suppléments, outre le livret signé Marc Toullec que l’on a déjà évoqué, l’éditeur ESC Éditions nous propose rien de moins que 2h10 de suppléments riches et intéressants. On commencera tout d’abord avec un entretien avec Julien Sévéon (23 minutes), dans lequel il évoque les débuts de Clive Barker en tant que cinéaste et le projet Cabal. Les 130 monstres à l’écran, la présence à l’écran de et de David Cronenberg, le goût du cinéaste pour l’improvisation, les dépassements de budget, le montage original d’une durée de 2h30 et Barker qui se rend malade à en réduire la durée, l’échec public et critique du film, la redécouverte des rushes et la création du « Cabal Cut »… Tout est passé en revue par le journaliste de Mad Movies. Son intervention est montée par Rose Night (Linda Tahir et Christophe Champclaux) sur fond d’images, de photos et d’extraits tourbillonnants comme dans une pub des années 90. On continue dans la joie et la bonne humeur avec une analyse de quatre séquences du film par Christophe Foltzer (12 minutes), qui ne se montrera pas à l’image mais assurera son travail d’analyse de la mise en scène et des influences du film en voix off. Il évoquera donc la première interaction entre Decker et Boone au téléphone, la descente de Lori à Midian, la scène du « trou dans le mur » mettant en scène Lori et Boone au motel, réflexion sur le statut de voyeur du spectateur, et enfin le passage à tabac de Boone par le prêtre. On enchaînera ensuite avec une large sélection de scènes coupées et/ou alternatives (23 minutes, VONST). Certaines sont intéressantes, certaines sont vraiment sympa, même si une poignée d’entre elles sont clairement issues d’une source VHS d’une qualité très mauvaise ; n’ayant pu avoir entre les mains le deuxième Blu-ray disponible dans le coffret, on ignore si ces scènes sont incluses dans le director’s cut. Le fait qu’elles soient ici proposées sans sous-titres français nous laisse penser que c’est le cas. On terminera enfin avec « Tribes of the Moon », le très bon making of rétrospectif du film (1h12, VOST), qui contient des entretiens avec Craig Sheffer, Anne Bobby, Doug Bradley et plusieurs autres acteurs jouant les « monstres » du film. L’ensemble est monté de façon assez rythmée, et les interventions se font sans langue de bois : on y abordera donc pêle-mêle la conception et le scénario du film et la mise en place des maquillages et des effets spéciaux. On y trouvera également quelques anecdotes amusantes sur le casting : on apprendra ainsi que Marc Almond, membre fondateur du groupe de new wave Soft cell, devait à l’origine incarner le rôle d’Ohnaka, finalement attribué à Simon Bamford. Le documentaire ne fait pas l’impasse sur le tournage et la post-production pour le moins chaotiques de Cabal, et le fait que Clive Barker se retrouve forcé de modifier son montage… En deux mots, un must pour les amoureux de ce film unique, même si bien sûr le grand absent du sujet est le réalisateur lui-même. L’éditeur nous propose également les traditionnelles bandes-annonces.

 

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