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Quinzaine 50 – un florilège de 49 années de cinéma en liberté, partie 1 : les années Deleau

Héritière directe de ceux qui voulaient affranchir le cinéma de ses chaînes en 1968, la Quinzaine célèbre cette année sa 50e édition. L’occasion d’une promenade à son image – en toute liberté, et forcément subjective – dans une histoire chargée de découvertes, d’audaces, d’enthousiasmes, de coups de maîtres et de films devenus incontournables.

En partenariat avec Ecran Noir. Retrouvez tout le dossier ici.

Plus d’un millier de longs-métrages ont été programmés en quarante-neuf éditions de la Quinzaine. Nous avons invité divers rédacteurs, critiques et autres amoureux du cinéma à évoquer en quelques lignes des films qui ont marqué l’Histoire de la Quinzaine ou qui les touchent, qui sont devenus de grands classiques du cinéma ou simplement de leur histoire personnelle. Des œuvres qui ont su émouvoir, faire frémir et réfléchir, nous ont poussé à nous interroger sur le sens de la vie et du monde, sur notre rapport aux autres et à nous-mêmes en apportant leur pierre à un renouveau de la grammaire cinématographique ou avec des ambitions formelles plus modestes. Multiplicité de formes et d’expressions, de styles et de propos, pour un voyage purement subjectif dans les 49 premières sélections de la Quinzaine.

Voici donc notre florilège de plusieurs dizaines de titres découverts à la Quinzaine par Pierre-Henri Deleau et ses successeurs Marie-Pierre Macia, François Da Silva, Olivier Père, Frédéric Boyer puis qui quitte ses fonctions cette année. Il est évidemment trop tôt pour dire ce que nous réserve Paolo Moretti l’an prochain mais nous restons curieux de découvrir ce qui nous sera proposé en mai 2019. Nous sommes déjà impatients…

1969

Adam II de Jan Lenica

Le premier long métrage d’animation du réalisateur polonais Jan Lenica est aussi celui qui lui a apporté une reconnaissance définitive après ses débuts aux côtés de Walerian Borowczyk. On y retrouve les thèmes propres à Lenica comme la lutte pour la liberté individuelle et une forme d’absurdité qui construit un univers angoissé et burlesque. (Marie-Pauline Mollaret, Ecran Noir)

Mai 68, la belle ouvrage de Jean-Luc Magneron

Il advient qu’un faisceau d’événements concordants tient à souligner qu’un cycle ou une révolution vient de s’achever. Il nous aura ainsi fallu un demi-siècle pour revenir au sens originel de « ripostes »  entre les événements de Mai 68 et les actuels affrontements estudiantins avec les forces de l’ordre, ou il y a encore peu le mouvement Nuit debout régulièrement réprimé par la police. 50 ans nous séparent, et nous n’avons toujours rien appris, et ce, malgré le stupéfiant documentaire de Jean-Luc Magneron sur les dérives et les violences policières. En 2 versions de  117 et 52mn, Magneron propose sous forme documentaire de revenir peu de temps après les échauffourées ayant agité le mois de Mai 68. Le montage fait le choix économe d’artifices avec un défilé de séquences prises à vif lors des manifestations, ainsi que de témoignages laissant les raconteurs dérouler leurs souvenirs, encore brulants de douleurs ou d’effroi. Le spectateur s’immerge ainsi dans l’ingéniosité et la science de chaque partie à s’attaquer et à se défendre, des batailles aux armes inégales mais toutes astucieuses dans le désir d’efficacité : gaz au chlore, gaz lacrymogènes, fusil à grenades, matraques, cocktails Molotov, pompe à eau, arbres, cagettes, pavés, etc… Le film est d’autant plus remarquable pour la qualité et la diversité des témoins, que par la précision et l’élocution de leurs interventions. C’est alors que la plongée se fait insoupçonnée dans l’horreur : la description minutieuse des exactions commises par les CRS avec des matraquages répétés dans les « paniers à salade », les comités d’accueil féroces en commissariat, les agressions aveugles sur tout badaud traversant le quartier Latin, l’acharnement sur des victimes à terre,  les viols de femmes, les étrangers attaqués… En bref, une systématisation de la violence et une légitimation à son déferlement pour assouvir une frustration savamment entretenue par l’exécutif, que l’on n’arrive encore pas à endiguer de nos jours lors de nouvelles rixes. (Celia, twitter.com/artpasnet)

The Trip de Roger Corman

Roger Corman à la réalisation, Jack Nicholson au scénario, Peter Fonda, Susan Strasberg, Bruce Dern et Dennis Hopper à l’interprétation. Ajoutez un soupçon de sujet dans l’air du temps et un fond d’Electric Flag, vous obtenez un cocktail psychédélique. Roger Corman, dans sa volonté de bien faire, a trop bien fait. Trip en group, avertissement sur les méfaits de la drogue, qui essaye-t-il de convaincre ? Ni les adolescents et les hippies ni les figures d’autorité. Les bien-pensants frémissent, les accoutumés s’offusquent d’une intrusion abusive dans leur monde et d’une falsification de la réelle expérience qu’est le trip. L’histoire, résolument simple et secondaire, tourne autour d’un publicitaire en instance de divorce qui, poussé par un ami, prend la décision de s’évader au travers de la drogue. S’en suit une heure et vingt minutes de scènes colorées, kaléidoscopiques et acidulées entre-coupées de quelques retours à la réalité pour resituer l’action. Une curiosité néanmoins, grâce à quelques plans surprenants, étouffée par le self-control envahissant de Corman qui atténue l’intérêt majeur de l’œuvre : vivre l’expérience du LSD sans contrainte ni limite. (Clara Sebastiao, The Jelly Brain)

1970

Macunaima de Joaquim Pedro de Andrade

Ce film de Joaquim Pedro de Andrade, œuvre majeure, est un conte noir et un surprenant mélange de grotesque et de cruauté placé sous le signe du paradoxe et d’une perpétuelle opposition bonheur/souffrance. De la naissance du héros, séquence d’anthologie où il est quasi déféqué par une mégère interprétée par un homme, jusqu’à sa disparition finale tout n’est que succession de joyeuses peines et de pénibles joies. Macunaïma est un mal aimé, souvent châtié qui se transformera en un grand beau blanc trop admiré. Durant son parcours picaresque, il rencontrera une magicienne, un géant, un gnome, une source magique, une guerrière hors pair… mais tout est déformé, exagéré, libéré des contraintes. En ceci, paré de ses atours réalistes-magiques, Macunaïma est un héros de notre époque : une parodie d’humain ; mais aussi une critique du Brésil contemporain : violent, inégalitaire et consumériste. (Nicolas Thys, Revue 24 Images)

de Jean-Marie Straub et Danièle Huillet

La tragédie de Corneille filmée in extenso, dans des décors naturels (les collines de Rome, avec la ville moderne visible en contrebas), et jouée par des comédiens en toge parlant souvent avec un accent étranger fortement marqué. De ce dispositif radical et distancié, marque de fabrique des « Straub », nait un grand film politique qui paradoxalement redonne vie et puissance à un texte finalement peu connu. (Laurent Aknin, critique et historien de cinéma)

1971

Les Anges Violés de Koji Wakamatsu

Quelles sont les motivations de ce jeune homme pour commettre le massacre d’infirmières dans leur dortoir ? Au final, le mystère reste entier, malgré quelques pistes plus symboliques que concrètes. Une succession d’images de violence ou de nudité illustrent la pensée confuse du meurtrier alors qu’il s’entraîne à tirer sur une plage. Le questionnement sur ses motivations par l’infirmière en chef ancre cette histoire terrifiante dans un réalisme bouleversant. Elle prend la parole dans l’espoir vain de survivre et de sauver ses camarades. Chacune des tentatives des jeunes femmes est vouée à l’échec : la fuite, les lamentations pour amadouer l’assassin par des paroles calmes et sensées, feindre la peur ou l’absence de peur, rien ne semble susciter la moindre réaction d’empathie. Koji Wakamatsu détourne les codes du pinku eiga (roman porno), en filmant les scènes de sexe ou de violence attendues du genre mais dénuées du moindre attrait, pour un geste éminemment politique : dénoncer la violence des hommes contre les femmes, boucs-émissaires faciles de leurs impuissances et de leur incapacité à agir. Le titre désigne le surnom des infirmières, ces Anges Blancs dont l’appellation ne touche pas le meurtrier. La mise en scène, le sens du montage très personnel de cet admirateur de Godard, le travail sur les effets sonores (surtout ce que seul le tueur entend) nous font pénétrer dans un cerveau torturé mais terriblement humain. Ce qui est peut-être la part la plus terrifiante de ce film. (Pascal Le Duff, critique-film)

La Salamandre d’Alain Tanner

Une constantes du cinéma d’Alain Tanner est le voyage immobile. Ses personnages (féminins souvent, masculins aussi) marchent beaucoup et ne vont au final pas très loin, au moins physiquement. Intérieurement pourtant, elles ou ils changent, vivent, aiment, souffrent et vont mieux, ou pas. Un sondeur de l’âme humaine résumé par ce film qui a longtemps hanté le Saint-André-des-Arts grâce à la persévérance de son «père» Roger Diamantis et lancé les carrières d’un auteur et de trois grands comédiens : Bulle Ogier, Jean-Luc Bideau et le regretté Jacques Denis. (Pascal Le Duff)

de George Lucas

Impossible de ne pas penser à George Orwell et à 1984 à la vision de cette dystopie cruelle où les êtres humains ne sont plus que les rouages abêtis d’une société où les machines (et donc la technique) ont pris le dessus. Pour son premier long métrage, George Lucas fait le choix du minimalisme, de l’épure et d’une narration quasi inexistante.  Le cinéaste y flirte avec le cinéma expérimental tout en proposant une version déformée et terrifiante de notre propre société accro aux programmes télé et aux psychotropes. (Marie-Pauline Mollaret, Ecran Noir)

Wanda de Barbara Loden

Premier et unique long métrage de Barbara Loden, Wanda est un véritable miracle cinématographique qui met la réalisatrice elle-même en scène dans le rôle d’une femme qui n’a jamais rien voulu et, de son propre aveu, ne voudra plus jamais rien. On assiste à sa dérive sans que rien ne puisse réellement la sortir de la suprême indifférence qui l’asphyxie en silence. D’une mélancolie fulgurante. (Marie-Pauline Mollaret, Ecran Noir)

1972

Family Life de Ken Loach

Avant d’être un habitué de la compétition cannoise (avec deux Palmes d’or et trois prix du jury), Ken Loach est passé à deux reprises à la Quinzaine. La première fois, ce fut avec cette descente aux enfers d’une jeune femme qui s’enfonce dans la schizophrénie, maltraitée par un personnel hospitalier totalement déshumanisé, comme pressé d’en finir avec elle. Ses parents, au lieu de l’aider, l’enfoncent encore plus. La critique du milieu médical mais aussi de la cellule familiale par Ken Loach est déjà sans concession. Loach reviendra à la Quinzaine avec une autre pépite, la tragi-comédie Riff-Raff avec l’épatant Robert Carlyle en ouvrier aux faux airs de Lantier dans Germinal (Pascal Le Duff)

1973

, la colère de Dieu de Werner Herzog

– Le désir d’un metteur en scène tout-puissant (Werner Herzog), les excès incontrôlables de son acteur fétiche (Klaus Kinski), leur relation passionnelle et tourmentée, au service de la quête du mythique Eldorado, en pleine forêt vierge. Un tournage dantesque placé sous le signe de la folie des grandeurs, avec pour résultat un film garanti sans garde-fous. Aguirre en répondra : « Aujourd’hui commence notre chute. » (Laure Miroir, programmatrice du ciné-club des Couleurs de la Toile)

– Avec ce récit tragique et flamboyant qu’il faisait de la conquête de l’Eldorado, par celui qui se nommait lui-même “la colère de Dieu”, le cinéma de Werner Herzog s’annonçait déjà hanté, lumineux et hypnotique, comme le sera son Nosferatu, sept ans plus tard. Film issu de la mouvance du nouveau cinéma allemand, Herzog aura certainement influencé le Mission de Roland Joffre ainsi que le Nouveau Monde de Terrence Malick. On gardera en mémoire le regard hagard d’Aguirre, despote désarticulé et halluciné sur son radeau de fortune, roi d’un fleuve Amazone qui n’aura de cesse de le rejeter. (Cécile Brou)

de Djibril Diop Mambety

Dakar dans les années 70. Mory et sa copine Anta vont tenter de prendre un bateau pour Paris. À travers leur errance, le réalisateur sénégalais remet en question une société perdue entre tradition et modernité. Le récit est aussi libre que ses deux protagonistes qui ne semblent retenus par rien dans leur pays. Mambéty enchaîne les plans dans un art du saut du coq à l’âne qui ne cherche pas la clarté à tout prix mais à faire naître d’étranges sensations à travers des associations d’images avec vision de bêtes sacrifiées qui symbolisent ce couple représentant une génération sacrifiée. Mory et Anta ont la rage au coeur et refusent d’être sacrifiés comme ces animaux que l’on emmène à l’abattoir. Touki Bouki est une oeuvre qui a fortement contribué à faire émerger une curiosité pour le cinéma d’Afrique noire. Mambety croyait à un cinéma africain indépendant produit dans son pays et n’a jamais quitté le Sénégal. Malheureusement, il ne tournera qu’un seul autre long-métrage vingt ans plus tard : Hyènes, d’après Le Voyage de la vieille dame de Dürrenmatt, qui sera à redécouvrir à Cannes Classics cette année. (Pascal Le Duff)

1974

de Jacques Rivette

« Suivez-moi » dit le lapin blanc surgi du chapeau cloche de ces deux drôles de dames, « mangez-moi » est-il écrit sur le papier d’un bonbon vert, « buvez-moi » lit-on sur l’étiquette d’une bouteille de vin aux herbes fait maison. Ces différents rituels accomplis, 1, 2, 3, Soleil, soyez les bienvenus dans une réalité parallèle pour un Grand Jeu dans les rues et passages secrets de Paris. (Laure Miroir, programmatrice du ciné-club des Couleurs de la Toile)

1975

Le droit du plus fort de Rainer Werner Fassbinder

« Malheureux en amour… heureux au jeu ». Franz Biberkopf, dit « Fox », joué par Fassbinder lui-même, ne coupera pas au célèbre proverbe. Après avoir gagné 500 000 marks à la loterie, ce jeune homme issu de la classe ouvrière s’amourache d’Eugen, qui l’enferme dans une tour d’ivoire et tente de l’introduire au charme discret de la bourgeoisie, pour finir par lui jouer un mauvais tour. Mélodrame social, Le Droit du plus fort est l’une des œuvres les plus cruelles de RWF. (Laure Miroir, programmatrice du ciné-club des Couleurs de la Toile)

de Tobe Hooper

On l’avait un temps oublié, mais avant sa présentation à Avoriaz, avant la légendaire projection au Grand Rex qui avait vu le carrefour bloqué par le public qui cherchait à entrer, le mythique film d’horreur de Tobe Hopper avait connu sa première présentation française à la Quinzaine avant de connaitre une totale interdiction par la censure de l’époque. Mise à nu des cauchemars les plus profonds de l’Amérique, et irruption soudaine d’une nouvelle façon de filmer l’horreur (caméra légère, grain énorme, piste sonore entièrement composée de hurlements dans le dernier tiers…) le film provoque un traumatisme qui ne s’est jamais estompé. (Laurent Aknin, critique et historien de cinéma)

1976

de Marguerite Duras

India Song n’avait pas été montré à Cannes. La Quinzaine rattrape le coup en sélectionnant son film « jumeau ». Soit la piste sonore intégrale d’India Song plaquée sur de nouvelles images, essentiellement composées de longs travellings à l’intérieur d’une maison en ruine. Expérience unique et radicale, qui se reçoit différemment selon si on a vu – ou non – le premier film: effet de palimpseste dans le premier cas, processus de visualisation dans le second. Un des très grands films de Duras. (Laurent Aknin, critique et historien de cinéma)

1978

Renaldo and Clara de Bob Dylan

L’unique film de fiction de Bob Dylan est un Digest pas toujours très digeste de quatre heures qui mêle des images de sa tournée “Rolling Thunder Revue”, d’autres du boxeur Hurricane Carter auquel il consacrera une chanson et des hommages à deux des maîtres de la Beat Generation : Jack Kerouac sur la tombe duquel il effectue un pèlerinage et Allen Ginsberg, à travers la lecture d’un de ses poèmes. (Jean-Philippe Guerand, L’Avant-Scène Cinéma)

Les Fils de Fierro de Fernando Solanas

S’inspirant d’un poème argentin pour décrypter l’action de Juan Perón et ses partisans, cette fresque en neuf chants se réfère aux plus grandes heures du cinéma politique d’Eisenstein par son souffle épique. Soucieux de préserver la sécurité de ses collaborateurs, Solanas, en exil à Paris, ne fit apparaître que son nom au générique, le film ayant été montré à Cannes trois ans après sa réalisation. (Jean-Philippe Guerand, L’Avant-Scène Cinéma)

1981

de Lester James Peries

La ruine annoncée d’un vieux paysan suscite les convoitises autour de ses filles. Il s’oppose à Babun, le chef du village, qui a des vues sur l’une d’elle. La lente dérive d’un homme poussé à bout dont l’angoisse économique révèle quelque chose du colonialisme et de l’indépendance après la libération du joug des puissances extérieures. Disparu récemment, juste un an avant son centième anniversaire, le réalisateur sri-lankais était le représentant unique de la cinématographie de son pays, déjà révélé en compétition officielle à Cannes en 1957. Une œuvre encore trop méconnue aujourd’hui. (Pascal Le Duff)

1982

de Ann Hui

Réalisatrice en lutte, la hongkongaise Ann Hui est l’un des grands témoins de l’histoire de son pays. Elle révèle Chow Yun-fat sur la scène internationale avec ce drame universel sur les réfugiés. À travers la souffrance des boat people quittant le Vietnam pour Hong-Kong, elle dénonce la précarité universelle des clandestins et leurs souffrances sans fin. Son sens certain de la dramaturgie annonce le cinéma de John Woo, dans un registre moins spectaculaire. (Pascal Le Duff)

1983

de Bill Forsyth

Cadre dans une entreprise en pétrochimie, Mac se rend en Ecosse pour convaincre les habitants de vendre leurs maisons et permettre la construction d’une usine sur leur plage. Le voyage d’affaires vire à l’épiphanie, Mac s’attachant aux gens du coin et aux paysages qui auraient du être ravagés avec sa complicité. Peter Riegert est attachant en homme un peu déconnecté de la vie tout comme Burt Lancaster en patron excentrique qui finit par comprendre lui aussi ses erreurs. Gentillet et sans aspérités, ce classique grand public du cinéma anglais contemporain vieillit étonnamment bien, malgré les compositions pop un brin désuettes de Mark Knopfler. (Pascal Le Duff)

1984

Mémoires de prison de Nelson Pereira dos Santos

Autre cinéaste disparu récemment, Nelson Pereira dos Santos était un des maîtres du renouveau du cinéma brésilien dans les années 50 avec ses chefs d’oeuvre Rio, zone Nord ou Vidas secas. Il revient ici sur l’incarcération dans les années 30 de l’intellectuel communiste Graciliano Ramos pour raisons politiques. À sa sortie de prison, il dénoncera avec virulence dans son roman les violences dont il fut victime ou témoin dans les geôles du président Getúlio Vargas. Un film cru qui pourtant charge plus la dictature des années 80 que celle des années 30, sans en atténuer les fautes. (Pascal Le Duff)

1985

de Susan Seidelman

Telle une vierge, Madonna faisait ses débuts de comédienne avec cette comédie qui joue avec son image de «bad girl», ou plus justement de femme libre et épanouie, faisant fait peu de cas du regard des autres sur comment s’habiller, se tenir, s’exprimer, penser. Un acte de naissance d’une des plus grandes stars des années 80, devenue figure de proue de nouvelles modes vestimentaires et esthétiques allergiques aux conservatismes, comme le fut une certaine Brigitte Bardot trente ans plus tôt. (Pascal Le Duff)

1986

Le Déclin de l’empire américain de Denys Arcand

Venu en 1973 déjà, Denys Arcand signe un des films canadiens les plus marquants passés sur la Croisette et un des premiers au monde à évoquer, en creux plus que frontalement, le SIDA. Un film qui exalte l’art de la parole entre copains et copines, avec des dialogues explicites (sous-titrés pour le public français) sur l’amour, le sexe, la vie et la mort. Il en signera une suite libre en 2003 avec Les Invasions barbares, son plus grand succès. Un diptyque à la fois solaire grâce à ses personnages amoureux de la vie et tragique, car l’issue est la même pour tout le monde. Il est pourtant possible d’en rire et de «sourire, puisque c’est grave». (Pascal Le Duff)

Nola Darling n’en fait qu’à sa tête de Spike Lee

Spike Lee est revenu cette année avec son nouveau film sur l’infiltration du Ku Klux Klan par un policier noir. Plus de trente ans auparavant, il faisait ses débuts sur la Croisette avec ce marivaudage sensuel entre une très jolie jeune femme et ses trois soupirants. La fraîcheur des situations détonne avec le reste de sa carrière, mais déjà perce une colère rentrée. Le rôle de cycliste grognon qu’il s’est accordé est comme une matrice du personnage plus énervé qu’il incarnera dans Do the right thing. Sans être un triomphe en salles, cette comédie quasi rohmerienne a été une grande source d’inspiration, ne citons que Mathieu Kassovite qui en a signé un remake officieux avec Métisse. Ce qui a légitimement un peu agacé Spike Lee. (Pascal Le Duff)

Golden Eighties de Chantal Akerman

Une galerie marchande jumelle de celle de Demy. Un méli-mélo musical, senti-menthe à l’eau. On en perd la tête et ses bigoudis. (Laure Miroir, programmatrice du ciné-club des Couleurs de la Toile)

1987

Home of the Brave de Laurie Anderson

Un des derniers exemples d’un genre cinématographique qui avait connu son heure de gloire dans les années soixante-dix: le film-concert, ou captation filmée projetée en salles. La scénographie particulièrement élaborée de la performance de Laurie Anderson se prêtait parfaitement à cet exercice, d’autant que l’architecture de la salle de concert ressemblait fortement à celle de l’Ancien Palais des Festival, où le film était projeté en séance de nuit dans une ambiance hypnotique. (Laurent Aknin, critique et historien de cinéma)

1989

de Michael Haneke

Les festivaliers qui avaient assisté à la première projection du film prévenaient les autres: « Allez voir ce film et surtout tenez jusqu’à la fin! » – c’est à dire à la destruction méthodique par une famille ordinaire de tout son univers parfaitement organisé. Totalement inconnu jusqu’alors,  Haneke est instantanément révélé sur la scène cannoise et internationale. (Laurent Aknin, critique et historien de cinéma)

1990

Metropolitan de Whit Stillman

Whit Stillman observe avec acuité une jeunesse bourgeoise aux rites ultra rigides. Ils sont les protagonistes d’une lutte des classes feutrée, entre ceux qui maîtrisent les codes de la Haute Société et sont acceptés et les autres condamnés à rester à la marge (quel que soit leur effort déployé pour en sortir) pour des raisons souvent énigmatiques. L’ironie des dialogues de Stillman, sur un milieu qu’il connaît par coeur, est cinglante. S’il n’épargne pas les préjugés de ses personnages, il en montre les failles, dans les rapports amoureux notamment, qui malmènent leur assurance de vingtenaires qui ont l’arrogance de leur âge et de leur belle naissance. L’influence de Jane Austen se ressent, c’est donc avec une certaine cohérence que Stillman adaptera Love & Friendship un quart de siècle plus tard. (Pascal Le Duff)

1991

The Adjuster d’Atom Egoyan

Déjà repéré dans la planète des festivals et adoubé par Wim Wenders en personne, Atom Egoyan connait sa véritable consécration avec cette oeuvre à la fois étrange et parfaitement maîtrisée, construite selon la technique du puzzle et du morcèlement du récit qui fait entrer la narration cinématographique dans une nouvelle époque. Egoyan s’impose comme la figure de référence d’une forme de cinéma post-moderne, qui ne croit plus au récit linéaire. The Adjuster est le film qui annonce les futurs chefs d’oeuvre (Exotica, De beaux lendemains). (Laurent Aknin, critique et historien de cinéma)

The Indian Runner de Sean Penn

C’est toujours l’une des images les plus saisissantes parmi celles montées par Olivier Jahan pour les génériques de la Quinzaine : celle de Viggo Mortensen, visage sombre, la clope au bec, levant légèrement sa tête lourde, comme si le poids du monde s’abattait sur ses épaules. Le premier long-métrage réalisé par Sean Penn est une œuvre crépusculaire, par son sujet et par les présences quasi fantomatiques de Charles Bronson dans sa performance la plus tragique et de la fragile Sandy Dennis (la prof de collège d’Escalier interdit de Robert Mulligan) qui allaient bientôt disparaître. Indian Runner fut inspiré par la chanson Highway Patrolman de Bruce Sprinsgteen et s’attache à dépeindre les liens tendus entre deux frères aux sensibilités opposées. Depuis, Penn s’est gravement égaré avec The Last Face mais il restera encore et toujours Viggo, sa clope et sa mélancolie douloureuse. (Pascal Le Duff)

Toto le héros de Jaco Van Dormael

Difficile d’oublier Toto, petit garçon rêveur et vulnérable, et son obsession, justifiée ou non, pour son voisin que la vie aurait mieux gâté que lui. Devenu homme, l’obsession prendra d’autres visages, celui de l’amour bien sûr mais aussi de la mort. Passé tantôt déconstruit tantôt réinventé, quête impossible de l’identité, recherche toujours vaine de l’être autrefois aimé… Toto devenu vieillard n’aura de répit qu’une fois dans la peau de cet homme riche et puissant qui l’aura fait passer à côté de tous les plaisirs véritables de sa petite vie simple mais réelle. Jusqu’au dénouement tragique et pourtant heureux de ce qui deviendra le grand succès populaire du cinéma belge des années 90, cinq ans avant le Huitième Jour. (Cécile Brou)

1993

L’Écureuil rouge de Julio Medem

Un homme, témoin de l’accident d’une jeune femme, profite de sa perte de mémoire et l’embarque dans un camping peuplé d’une communauté curieuse de leur couple intrigant. Emma Suárez, future Juliana de Pedro Almodovar, fut la grande révélation de cette fable sur la mémoire, le mensonge et les apparences trompeuses dans un univers machiste où une femme doit sans cesse lutter contre l’envie de contrôle de la gent masculine. Le deuxième long-métrage de Julio Medem s’inscrit dans le registre d’un fantastique presque invisible, un cadre banal de vacances devenant un lieu d’une étrangeté absolue. Inattendu et drôle, inquiétant et sensuel également. (Pascal Le Duff)

The Snapper de Stephen Frears

Qui a mis en cloque Sharon Curley, vingt ans déjà mais qui porte encore sur son visage et dans son attitude les reliquats de son adolescence ? Le mystère de l’identité du père du mioche ou Snapper (qu’elle refuse de dévoiler) tient en haleine la maisonnée où elle vit avec ses parents (dont l’extraordinaire Colm Meaney, hilarant en père concerné, inquiet mais affectueux) et ses nombreux frères et sœurs. Les dialogues de Roddy Doyle, d’une vitalité réjouissante, font de ce deuxième volet de la trilogie Barrytown (avec The Commitments d’Alan Parker et The Van du même Frears) une des grandes comédies sociales de cette période. (Pascal Le Duff)

1994

Amateur de Hal Hartley

Hal Hartley réunit Isabelle Huppert (en ex-religieuse écrivant des romans pornos) et son acteur fétiche Martin Donovan (en ex-méchant devenu subitement amnésique et gentil) dans un faux film noir où tout, et tout le monde, semble un peu décalé. On retrouve le ton rêveur, parfois loufoque, toujours poétique, qui est la signature inimitable du réalisateur américain. (Marie-Pauline Mollaret, Ecran Noir)

Tiens ton foulard, Tatiana d’Aki Kaurismäki

On retrouve l’essence du cinéaste finlandais (un peu de rock, du social poétique, de l’humour triste…) dans cette dramédie sentimentale ramassée sur à peine plus d’une heure. Une virée qui unit deux sympathiques losers taiseux et maladroits à deux jeunes femmes étrangères, ne parlant pas vraiment le finnois, en quête de compagnie. Minimaliste et attachant. (Pascal Le Duff)

1995

Safe de Todd Haynes

Représentante idéale de l’american way of life, la bien nommée Carol White est le prototype ultime de la ménagère californienne vivant dans un monde aseptisé, une Amérique hygiéniste et puritaine. La saleté et la crasse laissent place à la chimie et aux produits ménagers en tous genres, remplaçant une toxicité par une autre qui aura raison de la santé de Carol. Son univers feutré se transforme en bombe à retardement lorsqu’elle se rend compte qu’il la ronge littéralement : saignements de nez, toux, démangeaisons… Carol évolue dans des décors semblables à ceux des maisons témoins, écrasée par le vide qui l’entoure, par un espace si net qu’il en devient suspect. Et si Carol était la seule responsable de son état ? Via le sursaut existentiel de cette femme, nous sommes ramenés à notre condition au sein du groupe et plus largement au sein de la société. Todd Haynes conseille Carol et nous même de la manière suivante : « Comprends que tu es seule, et apprends à être seule. La solitude ce n’est pas un échec, c’est le premier pas. » (Clara Sebastiao, The Jelly Brain)

1996

Lone Star de John Sayles

Lorsque le cadavre d’un shérif antipathique (Kris Kristofferson) refait surface trente ans après sa disparition, le shérif actuel (Chris Cooper) interroge les actions de son père (Matthew McConaughey). Une satire d’une grande force sur une Amérique raciste avec une conclusion subversive et amorale. On se souvient tous de la dernière phrase de Certains l’aiment chaud, «Personne n’est parfait». La chute étonnante de ce film très noir qui gravite entre deux époques nous y fait penser, lorsqu’un homme et une femme se font une étonnante déclaration d’amour, possible malgré ce qui devrait l’interdire. (Pascal Le Duff)

1998

West Beyrouth de Ziad Doueiri

1975. Alors que le Liban est à feu et à sang, le jeune Tarek est obsédé par l’idée de réaliser un film avec sa caméra Super 8, faisant fi de la mort qui peut frapper à tout instant. Sous l’angle de la comédie, Ziad Doueiri évoque son pays natal, à une époque de grande souffrance, dans un récit quasi autobiographique, surtout dans la manière dont il a occulté les mauvais souvenirs. On rit beaucoup, avec une inconscience étonnante, jusqu’au moment où la tragédie nous frappe droit au coeur. (Pascal Le Duff)

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Auteur

Pascal Le Duff

Cet article a été écrit par Pascal Le Duff, rédacteur en chef cinéma sur Critique-film.fr. Lire tous ses articles