Miss Bala

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Mexique : 2011
Réalisateur :
Acteurs : , , James Russo
Distribution : Ad Vitam
Durée : 1h53
Genre : Drame
Date de sortie : 02/05/2012

Globale : [rating:3,5][five-star-rating]

Miss Bala est l’exemple même du film au parti pris marqué, qui impose une mise en scène ambitieuse et peut laisser une partie des spectateurs loin de l’œuvre dans sa globalité. Parfait de maîtrise, le film fait entrer Gerardo Naranjo sur la scène internationale. Peu connu pour ses précédents films (et moins doué alors), on rappellera sa participation à Revolución, film à sketches, dont faisaient également partie des réalisateurs à la mise en scène marquée, comme Amat Escalante (Los Bastardos) et Carlos Reygadas (Lumière silencieuse). Miss Bala, une découverte majeure.

Synopsis : Au Mexique, pays dominé par le crime organisé et la corruption. Laura et son amie Suzu s’inscrivent à un concours de “Miss Beauté”- à Tijuana. Le soir Laura est témoin d’un règlement de comptes violent dans une discothèque, et en réchappe par miracle. Sans nouvelles de Suzu, elle se rend le lendemain au poste de police pour demander de l’aide. Mais elle est alors livrée directement à Nino, le chef du cartel de narcotrafiquants responsable de la fusillade. Kidnappée, et sous la menace, Laura va être obligée de rendre quelques “services” dangereux pour rester en vie.

Empreinte esthétique et immersive

Tout le travail de Naranjo est attaché au soin précieux qu’il apporte à sa mise en scène. Deux heures durant nous suivons le parcours d’une jeune Mexicaine participant à un concours de beauté, puis kidnappée par un cartel qui va se servir d’elle. Le film se veut très perturbant dans sa première approche : nous ne savons jamais réellement où nous sommes,ni pourquoi, de même les liens entre les personnages principaux ne sont-ils jamais décryptés avec un réel appui. Si ce désir de flou amène d’abord une distance, c’est pour ensuite donner un élan plus immersif à l’ensemble du film et précisément au chemin parcouru par l’héroïne. Régulièrement de longs travellings soignés parsèment une mise en scène ludique et maîtrisée – tout semble glisser devant nos yeux, tout comme le destin que cette jeune Mexicaine ne peut contrôler. L’ensemble conduit à une immersion proche et affinée dans ce que subit l’héroïne.

L’ambivalence de la réalisation (grande maîtrise de la forme, kaléidoscope du fond) donne finalement un ton propre au film, comme une attraction désirée, un choix appuyé du réalisateur de mettre l’accent « vérité » sur son long métrage. Les situations les plus incongrues, grâce à leurs résonances communes, créent une unité de temps et une continuité de l’histoire. C’est peut-être en cela que MissBala réussit à séduire. Après un rejet non esthétique, la photo est superbe, mais de linéarité classique – le film nous kidnappe également et nous fait vivre au plus près de ce que l’héroïne peut ressentir.

 

A ce titre, le sens du cadre de Naranjo est parfait d’élégance. S’il pourra en rebuter certains, chaque plan est pensé dans une dimension et dans son mouvement (utilisation soulignée et fine du hors-champ) – ce cinéma-là est décidément le bienvenu à une époque où tout est uniformisé. Cette habileté de cadrage lui permet d’ajouter par effleurement une signification des corps, du corps en l’occurrence – ici simple jouet, fruit de manipulations et vecteur du cheminement de l’histoire, du transit de marchandises entre les frontières mexicaine et américaine. Si GerardoNaranjo maîtrise ses cadres, c’est en totale adéquation avec sa mise en scène, de laquelle il fait entrer et sortir les personnages, toujours à bon escient.

Entre la frontière cinématographique et une certaine forme de photo-reportage, (ex : la scène d’embuscade près de l’autoroute), le réalisateur inflige après coup (et réflexion), une belle gifle au 7ème art. S’il n’est pas le premier, il maîtrise parfaitement le langage démonstratif sur lequel il s’appuie, quitte à aller dans l’excès.

Regard d’une société à la « frontière » de l’anarchie

Tout le travail de Naranjo ne s’arrête pas à la dimension « mise en scène », puisque ce dernier affiche également un total contrôle sur la direction d’acteurs. Stephanie Sigman, cantonnée principalement aux séries hispaniques jusqu’alors, montre avec un talent époustouflant ce qu’elle est à même de faire ressentir. Dans une chute vertigineuse, physique et mentale, l’actrice fait évoluer avec une détermination sans faille son personnage vers une fin qui ne la laissera pas sans séquelles.

Cet ensemble sert le réalisateur dans sa détermination à montrer comment, depuis des années, cartels et milieux politiques se donnent la main afin de contrôler le marché de la drogue. En totale impunité et sous l’égide de la corruption, Tijuana, plaque tournante à la frontière des deux pays, est devenue le royaume de la violence.

Miss Bala est le fruit de cette représentation. Marquant dans son aspect cinématographique, fort dans son sens critique, Gerardo Naranjo frappe juste et fort par un parti pris radical et enthousiasmant – car c’est là le sens premier de son film : dénoncer par une lecture critique des évènements devenus banalement médiatiques. Le film, en flirtant avec tous ces aspects, porté par une comédienne impliquée et bénéficiant d’une réalisation vertigineuse, apporte une vraie découverte dans un cinéma hispanique déjà fort en soi.

Résumé

Si Miss Bala ne pourra pas convaincre n’importe quel spectateur, l’ingéniosité et le savoir-faire de sa mise en scène, l’habileté de sa scénographie et l’intelligence de son propos démontré avec impartialité, font du film de Gerardo Naranjo une réelle attraction du 7ème art. Un réalisateur à suivre, dans les plus « cinématographiques » et modernes du moment.

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