Biopic Comédie Critiques de films — 23 juillet 2014
Critique : Maestro

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France : 2014
Titre original : –
Réalisateur : Léa Fazer
Scénario : Léa Fazer,
Acteurs : , ,
Distribution : Rezo Films
Durée : 1h25
Genre : Biopic, Comédie
Date de sortie : 23 juillet 2014

Note : 3,5/5

Synopsis : Apprenti comédien, Henri Renaut rêve de tourner dans Fast and Furious. Rien ne le préparait à passer une audition avec Cédric Rovère, maître d’un cinéma littéraire éloigné de ses aspirations. Le tempérament superficiel et léger de l’acteur va se heurter à l’ascèse d’un cinéaste dont le travail va le bouleverser.

copyright Nicolas Schul

Michael Lonsdale est le double d’ et Pio Marmaï celui de Jocelyn Quivrin dans ce bel hommage au plaisir de faire du cinéma à travers cette confrontation de deux univers opposés mais complémentaires.

 

Sur le tournage des Amours d’Astrée et Céladon

En 2007, Jocelyn Quivrin fait partie de la distribution de ce qui sera le dernier long-métrage d’Eric Rohmer, Les Amours d’Astrée et Céladon. Il s’était senti transformé par ce film, notamment lors de la présentation du film au Festival de Venise. En novembre 2009, il trouvait la mort au volant d’une voiture de course et deux mois plus tard, le cinéaste décédait à l’âge de 90 ans. Marqué par leur rencontre professionnelle, l’acteur avait écrit un scénario où il évoquait ce tournage avec la complicité de qui l’avait dirigé dans Notre univers impitoyable. Touchée par sa disparition prématurée, elle a mené à son terme ce projet personnel qui se révèle drôle et émouvant.

Michael Lonsdale est le double d’Eric Rohmer et Pio Marmaï celui de Jocelyn Quivrin dans ce bel hommage au plaisir de faire du cinéma à travers cette confrontation de deux univers opposés mais complémentaires. Cette dualité se retrouve dans le ton et le style de la réalisatrice qui n’appartient pas non plus à la même famille de cinéma que le noble auteur de la Nouvelle Vague. Son approche est plus grand public mais reste respectueuse et s’avère touchante, malgré ce moment légèrement moqueur où le personnage d’Henri Renaut regarde un film en noir et blanc de Rohmer/Rovère et l’on n’est pas loin de la caricature, Lea Fazer ne parvenant pas à créer un pastiche convaincant des dialogues précieux du réalisateur du Rayon vert ou du Genou de Claire. Certes, l’on reste loin de Meilleur espoir féminin de Gérard Jugnot, grande gifle méprisante et pathétique assénée au cinéma d’art et essai, cette légère faute de goût ne durant heureusement pas longtemps.

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Entre deux cinémas

Le scénario ne se veut pas un récit fidèle à la réalité mais la vision intime d’un jeune comédien qui fait preuve d’un recul étonnant, et peu flatteur, sur lui-même. Dans ce qui sera sa dernière apparition au générique d’un long-métrage, il a capté le ridicule potentiel et l’enthousiasme sincère du Maître, son amour de la belle langue, la loyauté de son équipe malgré des conditions de tournage spartiates et surtout ses propres contradictions et préjugés (liés à l’extrait donc) balayées par sa prise de conscience d’avoir participé à une œuvre ambitieuse. Voir Pio Marmaï apprendre le biniou et maîtriser la diérèse, ou dompter un chien pour un seul plan est un joli moment d’humour, d’émotion et de cinéphilie, accentuant encore un peu plus la tragédie que fut la perte de l’acteur et de l’auteur en devenir qu’était Jocelyn Quivrin. Aurait-il fait une réelle transition vers un cinéma moins strictement commercial, comme 99 francs ou LOL ou aurait-il poursuivi son nouveau goût pour un cinéma différent, comme deux de ses derniers films, à l’aventure de Jean-Claude Brisseau ou d’Axelle Ropert ?

Pio Marmaï joue avec légèreté ce funambule, gentiment bluffeur (Verlaine, what else ?) qui prend son métier avec superficialité et sent a posteriori qu’il a participé à une œuvre qui marquera plus l’histoire du cinéma que les autres films auxquels il a participé. L’acteur révélé par de Rémi Besançon fait souvent de très bon choix, comme d’Isabelle Czajka ou de Pierre Salvadori ou de Marc Fitoussi sortis récemment où il ne fait que de brèves apparitions.

Michael Lonsdale qui n’a étrangement jamais tourné avec Rohmer mais a su naviguer entre le cinéma élitiste de qualité (Marcel Hanoun, Marguerite Duras) et le cinéma de très grand divertissement (Moonraker entre autres) avec un engagement égal est le choix idéal pour redonner vie à cet Éric Rohmer romantisé et ne cherche pas à singer l’idée que l’on pourrait s’en faire. Il ne livre jamais de réponse toute faite dans son interprétation : se rend-il compte que son jeune interprète prend des libertés avec la vérité lorsqu’il passe son audition ou feint-il de l’ignorer ? Il parvient à capter l’intelligence de l’auteur sans écraser son partenaire en surlignant une réponse qui serait trop évidente.

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Dans la distribution, on retrouve Deborah François dont la fonction de personnage totalement fictif est surtout de souligner la dichotomie entre ceux qui sont présents sur le tournage en amoureux profonds du cinéma de Rovère et Henri dont elle sera le principal miroir du côté accidentel de sa présence sur ce tournage. Elle a ces phrases très drôles sur leur dissonance d’engagement : ‘j’comprends pas tes blagues, ça m’angoisse’ ou ‘tu peux pas comparer, , c’est pas Tchekhov’. est une nouvelle fois parfaite en assistance dévouée qui jongle comme elle le peut avec les aléas de la production spartiate malgré la réputation de son auteur.

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Résumé

Lors d’un échange, Rovère dit à Henri, ‘ jouissez de la vie, il est beaucoup plus tard que vous ne pensez ‘, bien triste présage. Pour reprendre d’autres mots de Rovère, ‘on kiffe’ cette ode tendre à la transmission entre deux artistes qui se sont joliment rencontrés, même si ce n’est pas du Rohmer car avec Maestro, Léa Fazer capte avec une relative justesse le plaisir de la création et une certaine poésie de l’acte artistique.

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Pascal Le Duff

Cet article a été écrit par Pascal Le Duff, rédacteur en chef cinéma sur Critique-film.fr. Lire tous ses articles