Dossiers — 05 juillet 2013
Je les connais bien je leur ai serré la main #8

Septembre 2000, . Je « couvre » le festival, comme disent les pros, pour le compte du site web non officiel de celui-ci, dont nous nous occupons quelques amis et moi, ce qui nous permet surtout d’assister à pas mal de projections et d’entrer dans la salle des conférences de presse – à ce moment là, je suis encore bien loin d’imaginer que d’ici peu de temps, je serai assis à cette table à mon tour. Et cette année 2000 est franchement impressionnante en terme de vedettes d’outre-Atlantique, puisque nous voyons défiler devant nos yeux Al Pacino, Robin Williams, Pierce Brosnan, Madeleine Stowe, Harold Ramis, Billy Crystal, Steve Martin et j’en passe. Mais un des grands moments de cette édition, c’est la venue de .

Cela fait bien longtemps que Harvey Keitel est entré dans mon panthéon personnel ; je l’avais bien sur admiré dans Taxi Driver, Reservoir Dogs, Pulp Fiction ou The Piano, et j’avais vraiment hâte de le croiser « en vrai ». Il arrive à la conférence de presse du film Three Seasons de Tony Bui, les cheveux poisseux, vêtu d’un jean et d’un tee-shirt blanc et arborant sous ses Ray-Ban une moustache qui lui donne juste l’air d’un gros beauf. Je suis assez déçu, je dois bien l’avouer, et les réponses un peu vaseuses et absconses qu’il donne aux questions des journalistes renforce alors ma première impression. A la fin de la conférence, le public s’approche de la table pour lui faire signer des photographies diverses ; il commence, mais au bout de 20 secondes se met à hurler « no guns, no guns », et part précipitamment. Waguih, le traducteur et modérateur de l’époque, nous explique alors que Harvey Keitel est dans une passe « mystique », qu’il n’assume plus ses rôles violents, etc. Moui… Bref.

Harvey Keitel au festival de Marrakech en décembre 2010 (c) David Rault

Harvey Keitel au festival de en décembre 2010 (c)

Décembre 2010. Je suis devenu un habitué des festivals et des célébrités du grand écran, mais je n’ai encore jamais revu Harvey Keitel. Je suis donc resté sur ma première impression assez mitigée, on va dire. Et cette année, au festival de Marrakech, nous rendons justement un hommage à Mister White. Et le jour J, je vois arriver un type extrêmement classe, vieilli et tassé, arborant de splendides Persol légèrement teintées, et très souriant. Je dois m’occuper de lui pendant quelques jours ; nous échangeons quelques mots, il est très cordial. Manifestement, il est comme le Bordeaux : il vieillit bien. Bon, ceci dit, à ce moment-là il ne me calcule pas vraiment : je suis un type de plus. Son regard va changer après qu’il eut donné une leçon de cinéma passionnante à l’école de cinéma de Marrakech, leçon que je vais traduire assis à ses côtés sur scène. Le soir même, nous nous retrouvons backstage au palais des congrès, et nous discutons enfin ; une vraie discussion, longue, agréable. Harvey Keitel n’a pas eu une vie facile, c’est un homme qui a souffert et qui a failli y laisser beaucoup, mais il a su se servir de ces fêlures pour nourrir ses rôles. J’aurai le grand plaisir de le revoir de nouveau au festival de Deauville en septembre 2012 où nous lui avons rendu hommage à notre tour, et où il nous a honoré de sa lumineuse présence.

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David Rault

Cet article a été rédigé par David Rault, Chroniqueur de Critique Film. Twitter : @davidrault