Festival de Cannes 2016 : jour 2

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Festival de Cannes 2016 photo couverture

Ce jeudi 12 mai 2016 marque le deuxième jour de compétition au Festival de Cannes. Les années se suivent mais ne se ressemblent pas puisque le soleil est (pour l’instant) au rendez-vous mais la chaleur est aux abonnés absents. Ce qui n’empêche pas les starlettes de dénuder leurs jambes.

Rester Vertical

La journée a débuté avec la projection du film Rester Vertical d’Alain Guiraudie (4,5/5) (en compétition). Disciple de David Lynch par son talent pour nous plonger dans des univers décalés, de rêve ou cauchemar, le réalisateur français signe une oeuvre toute personnelle (on est dans son monde d’artiste bien à lui) sur la vie, la mort, la sensualité (les scènes de sexe sont filmées avec un sens du cadre, de l’intimité et du désir rares, sublimes par leur évidence dans la continuité du récit, un échange de regard, une séduction animale), le lien avec la nature et une certaine animalité. Guiraudie mêle burlesque débridé et sens du danger permanent, qui se retrouve dans l’incertitude des situations et la menace diffuse puis plus réelle des loups réintroduits dans les Causses. Ce film unique est porté par l’acteur Damien Bonnard, acteur révélé par des courts-métrages, notamment à Brive l’an dernier (voir compte-rendu) dans son premier premier rôle dans un long-métrage. Le titre, déjà intriguant, prend tout son sens dans une dernière scène qui le justifie pleinement et aurait pu s’appliquer au film suivant d’ailleurs, dans un tout autre registre.

Moi, Daniel Blake de Ken Loach présenté au Festival de Cannes 2016

L’après-midi se poursuit avec Moi, Daniel Blake du réalisateur britannique Ken Loach (3,5/5) (compétition). Une immersion dans le quotidien d’un ouvrier anglais, qui lutte pour que son infirmité (un grave problème de coeur) soit reconnue de l’administration après un examen médical qui montre sans contestation possible son impossibilité à travailler. Un film politiquement engagé qui pointe les lacunes du système social britannique et finalement de la dérégulation de tous les services publics et de la déshumanisation des personnels qui y travaillent, sous le poids des gouvernements pressés de gérer les déficits à tout prix, au nom du progrès et de la maîtrise des dépenses sans penser aux conséquences. Les droits chèrement acquis ne sont plus respectés, le peuple est méprisé, humilié, tué. Nul doute qu’en cette période de trouble sociaux, de loi El Khomri et de 49.3, ce film d’un réalisme poignant saura trouvé son public.  Très belle performance de l’inconnu Dave Johns, candidat à un légitime prix d’interprétation accompagné d’une belle troupe d’acteurs. Déprimant, on sort assommé de l’expérience tout de même, mais avec quelques moments d’espoir, lorsque la solidarité fait ressortir les bons côtés de l’humanité.

sieranevada

Premier gros morceau, plus gros morceau même de la compétition, Sieranevada (2,5/5) dure 2h52. Le réalisateur roumain Cristi Puiu peine à justifier la durée de son film, non pas parce qu’il générerait un quelconque ennui, les trois heures faisant preuve d’une réelle tension mais ces quelques 180 minutes passées quasiment dans leur totalité dans un appartement au sein d’une famille réunie autour d’un deuil manquent tout de même un peu de corps dans l’écriture. La mise en scène est le principal intérêt de ce très long-métrage qui peine à faire exister suffisamment concrètement les personnages (peu intéressants au final) malgré le temps pour le faire. La caméra dans le couloir au centre de l’appartement glisse d’une des quatre portes à une autre encore avec une réelle souplesse, les dialogues se poursuivant derrière l’une d’elle fermée puis allant vers une autre ouverte. D’abord admiratif du procédé, l’on finit par le trouver envahissant, notamment à cause de cette durée qui laisse la caméra se voir bouger lentement, très lentement. Le propos sur la société roumaine est d’un grand cynisme et souligne, au sein des disputes intimes d’une famille « normale », un rejet assez glaçant de l’autre, les gitans, les juifs, les croates faisant la cible de l’ostracisme de certains membres de cette communauté unie par les liens du sang.

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