Festivals News — 14 avril 2012
Festival de Brive 2012 : Jours 3 et 4

Festival de Brive 2012, l'affiche de la 9ème édition

Jeudi 12 avril – Jour 3

Aujourd’hui j’avais le programme ambitieux d’assister aux projections de 8 films en compétition mais à Brive, mieux vaut se hâter car le public est nombreux ! Le Festival est victime de son succès et c’est tant mieux surtout que les dépités comme moi, pourront rattraper les deux films projetés le lendemain et que pour la peine, on file en salle voisine regarder deux Pasolini pour le prix d’un ! « Notes pour un film sur l’Inde » tout à fait intéressant et « La Terre vue de la Lune » parfaitement délirant.

Je ne commettrais pas deux fois la même erreur et enchaînerai donc jusqu’au soir les projections des films dont je m’apprête à vous livrer mon sentiment :

COMPLET 6 PIECES de Pascale Bodet
France / 2012 / Fiction / 30 minutes

« Complet 6 pièces se passe à Paris autour de quelques ateliers de couture. C’est un film à sketchs où, par six fois, des situations de travail dérapent. »

Une robe-manteau-capuche convertible en sac à main qui –couleur mise à part- fera à coup sûr, rêver plus d’une modeuse ! D’autant plus que, détail non négligeable, les hublots aimantés laissent judicieusement apparaître la peau car voyez-vous, le prototype est conçu autour d’une interrogation « habit-habitat », alors forcément… Si cette première pièce du complet m’a paru fantaisiste et réjouissante à souhait, la suite m’a nettement moins enthousiasmée. Le ton volontairement (?) factice des dialogues est le principal responsable mais l’insignifiance des histoires suivantes et la stigmatisation systématique des personnages masculins m’ont navrée.

ALPI de Armin Linke

ALPI de Armin Linke

ALPI de Armin Linke
Allemagne / 2011 / Documentaire expérimental / 60 minutes

« L’image des Alpes pour le public (urbain) est celle d’un monde pré-moderne, resté intact, replié sur lui-même, au rythme alangui, lié à des traditions et à un faisceau de pratiques ancestrales. De mon côté, je perçois cette région comme un laboratoire unique de la modernité… »

Devant moi, des images se suivent et se ressemblent trop. Je vois bien les parallèles de ces différents collages : l’ouvrier qui semble danser devant sa machine renvoie au clip tourné, le sable qui s’écoule sur un pan incliné est rappelé plus loin par le saut à ski, etc… Sur le même système d’association, on nous donne à voir la nature recréée, par exemple à travers les canons à neige et la peinture champêtre enfermée entre les quatre murs d’un musée mais tout ceci jamais ne me séduit, pire encore cela m’ennuie. Je réalise alors que la respiration de mon voisin se fait profonde. Quelques rangs devant, un homme prend sa tête dans ses mains. Un peu plus tard, derrière, s’élève un ronflement…

THE MEDIC de Mark Gerstorfer  
Autriche / 2011 / Fiction / 30 minutes

« Une nuit, Konstantin, étudiant en médecine, fait la rencontre d’une femme auto-destructrice. Peut-être par hasard, peut-être parce que c’est la première fois qu’il ait jamais cherché à rencontrer quelqu’un. Konstantin tient à l’aider, et il l’accompagne chez elle. Ils tentent de se rapprocher l’un de l’autre, c’est un échec. Pourtant, Konstantin va finir par trouver comment lui apporter son aide. »

Il y a cette fille bourrée aux allures de Marylou (chorégraphiée chez Gallotta) qui titube jusqu’aux toilettes du bar. Et puis, il y a ce gars très gentil qui lui tient les cheveux pendant qu’elle vomit. Aider les autres, ça, il connaît, pratiquer un massage cardiaque, aucun souci mais quand il s’agit d’être touché à son tour, la chose se complique. Et il y a dans cette impossibilité-là, quelque chose de très beau.

SUR LE DEPART de Michaël Dacheux
France / 2011 / Fiction / 53 minutes

« Mont-de-Marsan, petite ville des Landes. Un soir de juin, deux amis, Piano et Clarinette, se disent adieu. Clarinette part et Piano reste ; ils auront bientôt dix-huit ans. Pendant douze ans, ils se retrouvent à l’occasion des retours de Clarinette dans la ville. Leurs rencontres prennent la mesure du temps qui passe et de leurs sentiments, de leurs attentes et de leurs déceptions. »

Ici, des jeunes gens proprets côtoient les statues du jardin. Chacun d’eux voit son identité réduite à l’instrument dont il joue. D’éternels adolescents aux pommes d’Adam saillantes et aux épaules porte-manteaux parlent beaucoup de sentiments mais ne semblent à aucun moment les éprouver. Les années passent pour ces deux galants et le temps s’étire à n’en plus finir pour nous. A cela s’ajoutent des dialogues ampoulés ou tout du moins outrageusement théâtralisés bref, une dramatique désincarnée.

MIDSUMMER NIGHT (MIDZOMERNACHT) de Hiba Vink   MIDSUMMER NIGHT (MIDZOMERNACHT) de Hiba Vink

MIDSUMMER NIGHT (MIDZOMERNACHT) de Hiba Vink

MIDSUMMER NIGHT (MIDZOMERNACHT) de Hiba Vink     
Pays-Bas / 2011 / Fiction / 49 minutes

« Sur une petite île de la Frise, au large des Pays-Bas, un groupe d’amis très liés fête la “nuit du milieu de l’été”, suivant une tradition suédoise. Pour la première fois, un “étranger” fait partie de ce petit exil festif. Comme dans toutes les amitiés, ces trentenaires partagent tous des secrets. Mais certains restent indicibles. »

Ah ce qu’ils ont l’air heureux ces amis, ces amants ! Qu’ils rient tant qu’il est encore temps car les zygomatiques ne tarderont pas à souffrir d’être ainsi faussement sollicités. Une jeune femme semble étrangère à la bonne humeur générale, c’est une pièce rapportée. D’ailleurs, elle ne sera pas sur la photo. La photo du groupe joyeux. C’est elle qui actionne le déclencheur et ça ne fait que commencer. Les acteurs sont tous très justes et les images si sensitives que l’on devient l’un d’eux,. Tout nous parle, tout nous devient familier : les kilomètres qu’il peut y avoir entre sa propre bouche et celle que l’on voudrait embrasser, les secrets, les talents révélés et aussi la souffrance abritée dans les ventres désertés.

ET ILS GRAVIRENT LA MONTAGNE de Jean-Sébastien Chauvin
France / 2011 / Fiction / 34 minutes

« Fanny et Simon, deux jeunes d’à peine 20 ans, fuient une zone industrielle et s’enfoncent dans la montagne. Ils se connaissent à peine. Un incident malheureux survenu sur leur lieu de travail les lie dans un destin commun. En chemin, ils se séduisent, apprennent à se connaître. La découverte, en pleine nature, d’un téléphone portable qui semble les appeler va les entraîner dans une étrange aventure… »

Le jeu d’acteur de ces deux-là est aussi maladroit que leur jeu de séduction, on n’y croit pas franchement mais on cale tout de même nos pas dans les leurs et on suit intrigués leur progression. On se balade d’un genre à l’autre, tantôt thriller, tantôt quasi science-fiction mais voilà que la nuit tombe et l’on approche d’une bien étrange maison. L’alliance improbable du Projet Blair Witch et de La belle au bois dormant !

 

Vendredi 13 avril – Jour 4

Ce matin, tout le monde se remet à causer météo mais le sourire aux lèvres car il fait grand beau ! Que cela ne nous empêche pas de nous terrer en salles de cinéma. Dans la file d’attente, je surprends quelques conversations, les lycéens m’épatent par leurs échanges généreux et les analyses qu’ils peuvent élaborer…

BORO IN THE BOX de Bertrand Mandico

BORO IN THE BOX de Bertrand Mandico

BORO IN THE BOX de Bertrand Mandico
France / 2011 / Fiction expérimentale / 41 minutes

« De sa conception épique à sa mort cinématographique, le portrait fantasmé et fictif du cinéaste Walerian Borowczyk (dit Boro). Boro-in-the-box découvre un monde cruel et obscène, traverse aventures sensitives et organiques, de la Pologne à Paris, au cœur d’un abécédaire fantasmagorique. »

Me revoilà saisie par une fiction expérimentale ! Deux sœurs jouent à « approcher la mort assez près pour apercevoir les pieds des anges » B comme bestialité, C comme courtiser, l’une d’elles donnera naissance à un enfant caisse-en-bois. Au-dedans, le garçon grandira, E comme enfermement. Un savant mélange de poésie et de crudité, un univers qui n’est pas sans rappeler celui d’Annette Messager, attractif-répulsif : j’ai adoré !

DAYS OF GRASS (DAGEN VAN GRAS) de Tomas Kaan
Pays-Bas / 2011 / Fiction / 49 minutes

« Ben mène une vie de solitude, avec sa mère, dans un grand manoir au fond des bois. Un jour, Ben se lie d’amitié avec le charismatique Tom. Ils vont alors vivre un été de musique, d’alcool et de drogue. L’influence de Tom sur Ben met en danger la relation de celui-ci avec sa mère, et la fin de l’été sera abrupte. »

Une mère exaspérée par le moindre geste de son fils, lors d’un repas, elle critique jusqu’à sa façon de manger. « Je n’en peux plus » lui répond-il, on devine que cela va bien au-delà d’un sentiment de satiété. Parfois la présence des uns rappelle cruellement l’absence des autres Si la suite présente quelques facilités, il reste néanmoins une belle transcription de ce que la création peut apporter comme consolation. Combler le vide, laisser entrer la vie pour ne pas se faire bouffer par les fourmis.

WITHOUT SNOW de Magnus Von Horn
Pologne / 2011 / Fiction / 35 minutes

« “Ce n’est pas ma faute, ce n’est pas ta faute, c’est la faute du paysage.” Linus, 16 ans, vient de tomber amoureux de la petite amie de son meilleur ami. Jamais il n’aurait pu s’imaginer que les conséquences en seraient aussi douloureuses… »

Les vestiaires semblent exister spécialement pour abriter les pires humiliations. Reluquer les filles sous la douche à travers la grille d’aération, ok mais pisser sur son camarade de classe, non. A un âge où la sensibilité passe pour de la sensiblerie et où il faut prouver qu’on est déjà un homme, la colère, le sentiment de rejet peuvent entraîner les pires actions. Belle et forte chronique d’un âge où la peau brûle de ne pas être touchée.

GANGSTER PROJECT de Teboho Edkins
Allemagne – Afrique du sud / 2011 / Documentaire / 55 minutes

« Le Cap, Afrique du Sud. Dans cette société des plus violente et inégalitaire, un jeune blanc décide de tourner un film de gangster, avec de vrais gangsters. Mais auprès d’eux, la réalité le rattrape : leur vie, entre ennui et enfermement, est loin de correspondre à ses attentes. »

Un blanc-bec qui va s’encanailler avec les bad boys et à qui l’on souhaite bien vite de rencontrer quelques pépins. Guerre des gangs, blessures exhibées telles des trophées, combats de chien ; la ville est dangereuse, on conseille vivement de passer son chemin. Le gangster, chef de tribu : du déjà-vu, repassons nous plutôt le DVD de « Sin Nombre ».

BAGNI 66 de Luca et Diego Governatori

BAGNI 66 de Luca et Diego Governatori

BAGNI 66 de Luca et Diego Governatori   
France / 2011 / Fiction / 54 minutes

« Comme tous les étés, Elio rejoint son père en Italie pour l’aider à gérer le petit établissement balnéaire familial, le Bagni 66, situé sur la Côte adriatique. Mais les temps de crise et les conflits permanents ont usé le vieux plagiste, qui ne tarde pas à faire part à son fils de sa volonté de tout abandonner. »

Chez moi, tout film s’ouvrant sur « Cinquantamilla » gagne déjà des points ! Sur cette plage italienne, la transmission s’effectue à l’envers : c’est le fils qui raconte, nostalgique combien c’était mieux avant et le père qui voudrait bien se débarrasser de son affaire. Comme les vacanciers, le film prend son temps et nous invite à paresser…

LA MALADIE BLANCHE de Christelle Lheureux
France / 2011 / Fiction documentaire/ 42 minutes / HD / Noir et blanc / Stéréo

« Une fête estivale dans un village des Pyrénées. Au milieu de la nuit, une fillette suit un sanglier dans la forêt vers une grotte ornée de peintures pariétales. »

Le sanglier doit beaucoup à ce film et réciproquement ! Un noir et blanc granuleux ; un feu de camp, de grandes ombres projetées sur les murs du village. Un crapaud boutonneux, des chatouilles, des mots d’enfants qui font marrer « Les hommes préhistoriques devaient puer des pieds » et de-ci de-là, des bulles de poésie « La maladie des grottes efface notre mémoire ». Un reflet étrange dans le miroir et on pense forcément à Lewis Caroll, notre Myrtille ne suivra pas de lapin mais un sanglier dans une grotte en guise de terrier…

Ce soir, je me couche riche de deux enseignements :

« Le cortex fait à peine 3 millimètres d’épaisseur et il entoure tout le cerveau comme une taie d’oreiller. » Un plagiste yoggi. Et… « Il existe plusieurs espèces de lucioles et donc, différents langages lumineux. » Une jeune fille à son amoureux.

 

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Laetitia

Cet article a été rédigé par Laëtitia Peyre, chroniqueuse pour Critique-film.fr

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