Exclusivité VOD : Le retour de Richard 3 par le train de 9h24

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France : 2020
Titre original : –
Réalisation :
Scénario :
Acteurs : , ,
Distributeur : –
Durée : 1h25
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie cinéma : à venir

Note : 4/5

Si la date de sortie du film dans les salles sera déterminée en fonction de la reprise de l’activité des cinémas en France, Le retour de Richard 3 par le train de 9h24 s’impose, à sa façon, comme une allégorie du confinement en famille et s’avère donc complètement d’actualité. Ses producteurs, le réalisateur et toute l’équipe du film ont donc décidé de l’offrir en avant-première à tous les spectateurs connectés jusqu’à la fin de la crise du Covid-19. Pour découvrir le film gratuitement, rendez-vous dès à présent sur http://leretourderichard3.com/

Le dramatique : Un homme condamné par la médecine engage des comédiens pour jouer sa famille disparue et l’aider à se réconcilier avec elle afin de partir en paix. La comédie : comme il engage des comédiens, il tombe sur bien plus névrosés que lui…

Sélectionné dans de nombreux festivals de cinéma depuis l’année dernière, Le retour de Richard 3 par le train de 9h24 y a glané une belle poignée de récompenses : meilleur réalisateur au ARFF International 2019 à Paris, meilleur film de fiction au New Filmmakers Festival de Middlebury (USA), meilleur film, meilleur réalisateur et meilleure musique au Festival du Film Indépendant SMR13 de Saint-Mitre les Remparts, meilleur acteur (Jean-Gilles Barbier) et meilleur scénario au 2ème Paris International Film Festival de New York (USA)… Pour autant, le premier long-métrage d’Eric Bu n’est pas encore sorti dans les salles obscures, et n’a d’ailleurs à ce jour toujours pas trouvé de distributeur. Cet état de fait s’explique néanmoins aisément, et n’a absolument rien à voir avec la qualité du film…

Le retour de Richard 3 par le train de 9h24 est en effet un projet singulier, qui s’est monté dans des conditions particulières, très inhabituelles au cœur d’un cinéma français respectant un cheminement finalement très long prenant souvent des allures d’enfer administratif. Eric Bu et ses producteurs ont donc décidé de financer leur film eux-mêmes, signant de ce fait un film complètement indépendant. Or, ne pas passer par les réseaux traditionnels est, dans le métier, le plus souvent assimilé à une idée d’amateurisme, de la même façon que les livres édités « à compte d’auteur » dans le monde de l’édition. Ainsi, et même si le résultat nous prouve sans conteste qu’Eric Bu et son équipe ont bénéficié d’un très grand professionnalisme à tous les niveaux (écriture, interprétation, décors, lumière, musique…), il y a de fortes chances pour que Le retour de Richard 3 par le train de 9h24 soit considéré pour les professionnels du cinéma comme un simple « film de copains », produit en franc-tireur, n’ayant aucune chance d’être à la hauteur de ses ambitions esthétiques.

L’autre contrainte quand on fait le choix de ne pas respecter les impératifs de l’économie traditionnelle du cinéma, c’est de réunir les talents nécessaires, qui croient dans le projet, et qui acceptent de s’investir en dehors des sentiers battus. Et en dehors de l’équipe technique, c’est surtout dans le choix de l’équipe « artistique » du film – scénariste, acteurs – et même dans le choix de l’unité de lieu que l’on retrouve la volonté d’Éric Bu de relier ses deux passions, qui sont le cinéma et le théâtre. Les acteurs du film viendront donc du théâtre, même si la plupart d’entre eux ont également pas mal cachetonné au cinéma dans de tous petits rôles et à la télévision – beaucoup à la télévision – dans des séries et téléfilms, qui permettent le plus souvent aux acteurs venus de la scène de s’épanouir et de laisser libre cours à leur jeu, que l’on tend souvent à considérer comme trop excessif pour le cinéma.

On trouvera donc néanmoins quelques visages connus dans Le retour de Richard 3 par le train de 9h24, le film étant mené par Hervé Dubourjal, dont le visage a été popularisé par les publicités du Crédit mutuel depuis presque dix ans, dans lesquelles il incarne un père éternellement râleur et méfiant. A ses côtés, on retrouvera également Sophie Forte, popularisée dans les années 90 par ses one-woman-shows et sa participation régulière à l’émission de radio de Laurent Ruquier Rien à cirer, ainsi que , connue pour être un des visages récurrents de l’émission Groland.

Les liens avec le théâtre sont d’ailleurs tellement forts que le film sera adapté pour la scène et créé pour Avignon 2021 avec la même équipe. Cela dit, comme on vient de le souligner, le jeu des acteurs de théâtre est peu compatible avec la réserve nécessaire pour briller au cinéma, et c’est là que l’on sera obligé de reconnaître la rigueur dont a du faire preuve Eric Bu afin de cadrer ses acteurs, de les réguler, et d’aller chercher le meilleur chez tous les participants. A ce niveau, Le retour de Richard 3 par le train de 9h24 est absolument remarquable : à l’exception d’ qui en fait vraiment des caisses – mais qui n’apparaît heureusement que dans les dix dernières minutes du film – les acteurs tout comme les dialogues sonnent juste, l’impact sur les zygomatiques et franc et régulier, et les petites manies des acteurs de théâtre sont soulignées de façon assez réussie et très drôle.

Cependant, si on se replace à nouveau du point de vue du « métier », on ne peut pas dire à nouveau que le film d’Eric Bu marque des points. Car comme on le sait, à moins de bénéficier d’une notoriété importante, quand on est un acteur de théâtre ou de télévision populaire, on ne fait pas de cinéma. Allez le demander à Francis Huster, Cristiana Reali, Barbara Schulz, Laetitia Milot, Fabienne Carat, Corinne Touzet, Natacha Amal, Antoine Duléry, Ingrid Chauvin, Camille Lou ou Stéphane Guillon, la réponse sera unanime : faire du téléfilm, c’est comme faire du porno, ça signifie se condamner soi-même à ne jamais faire de cinéma.

Paradoxalement, la passion, l’impatience et le désir bouillonnant de faire du cinéma par tous les moyens possibles se transforme aujourd’hui, alors que le film est terminé et tout à fait enthousiasmant, en véritable handicap dans un monde du cinéma où chacun doit rester à sa place et où le fait de prendre des chemins de traverse est très, très mal vu. Il semble donc que le film d’Eric Bu, par le choix de son modèle économique tout autant que par le fait que son équipe artistique soit uniquement composée de laissés-pour-compte du cinéma, n’ait clairement pas choisi la facilité du point de vue de sa distribution / diffusion – on a d’ailleurs l’intuition que le film ne trouvera pas, pour toutes les raisons que l’on vient d’évoquer, de distributeur traditionnel. En dernier recours cependant, une des boites de production (Atlan films, Samsha Productions ou Neyrac Films), peut sans doute avoir la carte de distribution, mais cette éventualité réduira probablement de façon assez considérable le nombre de copies en France.

Conclusion

Au final cependant, le film d’Eric Bu, à travers son ambition formelle et narrative ainsi que dans son désir de faire bouger les choses dans le petit monde par trop figé du cinéma français, s’avère bien supérieur à nombre de comédies falotes portées par des personnalités « bankables » mais peu inspirées. Le nombre de récompenses obtenues par le film ne laisse d’ailleurs pas la moindre place au doute : Le retour de Richard 3 par le train de 9h24 est en effet une belle réussite de comédie, efficace, bien rythmée et parfaitement dirigée. La contrainte de l’unité de lieu est gérée avec brio, les acteurs sont excellents et le tout est porté par des dialogues inspirés. Un projet à soutenir et un film découvrir au plus vite donc – profitez-en, il est gratuit !

LE RETOUR DE RICHARD III par le train de 9h24 – Bande annonce 2 from Eric Bu on Vimeo.

2 Commentaires

  1. Réponse
    Chacun est libre d’aimer ou pas un film. Ceci est valable autant à titre individuel que lorsque que l’on s’est choisi comme vocation d’écrire sur le cinéma. Dans le cas de cette critique du film « Le retour de Richard 3 par le train de 9h24 », j’aimerais apporter quelques précisions.
    La première, surtout si vous n’avez pas encore vu le film. Je ne suis pas d’accord lorsque je lis qu’Yvonnick Muller « en fait des tonnes », il est important de préciser que tout d’abord, Yvonnick est un excellent acteur et dans le film, il est confronté à une double mise en abime : Il joue un acteur qui « en fait des tonnes ». La nuance est importante. Pour info, il est le co-réalisateur du court métrage « Pil Poil » qui a obtenu le César du meilleur court métrage 2020.
    Autre précision, si selon le rédacteur « ne pas passer par les réseaux traditionnels est, dans le métier, le plus souvent assimilé à une idée d’amateurisme, de la même façon que les livres édités « à compte d’auteur », il y a une confusion énorme. Faire un parallèle entre un film indépendant et un livre à compte d’auteur est curieux. A la différence d’un livre édité par justement son auteur, ce film a été le fruit de 3 producteurs (Atlan films, Samsha films et Neyrac films).
    Pour la profession et le Centre du Centre National du cinéma et de l’image animé, la notion de « film de copains » n’existe pas. En revanche, pour la délivrance du visa d’exploitation et de l’agrément leurs conditions sont très claires : chaque artiste ou technicien doit être rétribué ce qui a été le cas. Un film se fait par affinité, par désir de travailler ensemble. Par exemple, le film « Un éléphant ça trompe énormément » a été écrit pour le désir d’acteurs de vouloir jouer ensemble (Bedos, Brasseur, Rochefort…) et de sortir du film à tête d’affiche de l’époque monopolisés par Delon, Belmondo, Gabin, Ventura…). Aujourd’hui, les têtes d’affiches ont changé et les films de copains « bancables » s’appellent par exemple « Les petits mouchoirs », « Mes meilleurs amis »… C’est sûr, ces films, ont trouvé des budgets conséquents vu la notoriété des artistes.
    Dans l’article, le rédacteur part à la recherche notoriété des acteurs du film, comme victime malheureuse du formatage de « l’acteur connu ». Mais, on s’en fiche ! Lorsque le film « Les bronzés » est sorti en salle, qui connaissaient les acteurs ? à part ceux qui les avaient vu justement au théâtre dans la pièce qui était à l’origine du film ?
    Je suis triste de lire que la participation des acteurs du film, au cinéma dans leurs rôles antérieurs au cinéma, ne soit considérée comme de simple « cachetonnage » ce que je trouve à la fois méprisant et injuste. Je pense que le but du film d’Eric Bu « n’est pas de marquer des points ». Son désir est celui de faire son film tout simplement. Les producteurs ont eu conscience de faire un film d’un formatage non commercial mais un film reconnu par le public qui l’a vu dans les festivals à ce jour (les autres ont été malheureusement annulés pour les raisons que nous connaissons). Quels sera l’avenir de ce film ou de la centaine qui devaient sortir ces mois-ci ? Nul ne le sait. Alors la question du distributeur devient accessoire. La seule chose sûre, c’est que vous pouvez voir celui-ci dès maintenant et je rejoins la conclusion du rédacteur : « Un projet à soutenir et un film à découvrir au plus vite donc- profitez-en, il est gratuit ! ».
    François Vila (attaché de presse)

  2. Bonjour François,

    Merci de votre intérêt et de votre passion à soutenir le film. Je suis tout à fait d’accord avec vous sur le fond, comme je le dis dans ma critique, le film d’Eric Bu mériterait clairement de trouver un distributeur et d’être vu par le plus grand nombre, il s’agit d’une belle réussite de comédie.

    Quant aux particularités liées à la production du film d’Eric Bu par rapport au système de financement traditionnel, il ne s’agit de ma part que d’une réflexion – certes un peu à charge contre le côté obtus du « métier » et donc articulée afin de DÉFENDRE le film – qui m’a été inspirée par les propos d’Eric Bu et de ses producteurs eux-mêmes sur la page « Proarti » qui avait servi de crowdfunding afin d’assurer le mixage son du film et d’organiser des projections dans le but de trouver un distributeur : https://www.proarti.fr/collect/project/le-retour-de-richard-3-par-le-train-de-9h24/0

    Les particularités de ce modèle économique, et la gageure d’assumer ce qui est considéré par le métier comme un « film de copains », y étaient cités tels quels par l’équipe.

    On souhaite le meilleur au film d’Eric Bu car comme on l’a dit, on aime Le retour de Richard 3 par le train de 9h24 et on souhaite vraiment le défendre. Maladroitement peut-être, mais on le défend !

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