Eddie Murphy lauréat de l’AFI Life Achievement Award 2026

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Un fauteuil pour deux © 1983 Josh Weiner / Cinema Group Ventures / Paramount Pictures France Tous droits réservés

De l’autre côté de l’Atlantique, les nouvelles de prix de cinéma tombent de même à un rythme accéléré. Quelques jours à peine après la soirée des Oscars d’honneur, c’était au vénérable American Film Institute d’annoncer vendredi dernier, le 21 novembre, le lauréat de son 51ème Life Achievement Award. Il s’agit de l’acteur et comique Eddie Murphy, qui le recevra dans cinq mois, le samedi 18 avril 2026 au Dolby Theatre à Los Angeles. Murphy succède au réalisateur et producteur Francis Ford Coppola, honoré de la sorte au printemps dernier.

Une véritable icône du monde du divertissement américain, Eddie Murphy (* 1961) s’est surtout distingué par sa capacité de se réinventer tout au long de son illustre carrière. Entre ses débuts à la télévision en 1980 dans l’émission culte Saturday Night Live, son succès phénoménal sur scène et au cinéma dans des films comme 48 heures et Le Flic de Beverly Hills, une longue période en dents de scie avec autant d’échecs cuisants que de résurrections insoupçonnées au box-office, jusqu’à une pré-retraite sans doute amplement rémunérée par les plateformes de vidéo en ligne pour lesquelles il tourne exclusivement depuis la fin des années 2010 : Murphy aura toujours fini par tirer son épingle du jeu. Y compris en prêtant sa voix à l’univers de Shrek dans le rôle de l’âne.

Le Flic de Beverly Hills © 1984 Richard R. Robinson / Don Simpson Jerry Bruckheimer Films / Eddie Murphy Productions /
Paramount Pictures France Tous droits réservés

Pourtant, à ses débuts, Eddie Murphy a dû faire face à un environnement professionnel assez hostile envers un jeune homme afro-américain originaire de Brooklyn. Seul un comique de légende comme Richard Pryor a pu lui indiquer la voie à suivre. Et c’est donc en tant que comique sur scène, puis dans la célèbre émission de télévision Saturday Night Life qu’il avait commencé à bâtir sa réputation d’une célébrité aussi sympathique que réfractaire aux idées reçues. Il s’était de même imposé au cinéma dès son premier film en 1982 dans 48 heures de Walter Hill aux côtés de Nick Nolte, puis dans la satire jubilatoire Un fauteuil pour deux de John Landis avec Dan Aykroyd l’année suivante. La consécration planétaire n’allait pas tarder, grâce au Flic de Beverly Hills de Martin Brest en 1984 et son personnage emblématique du flic aux méthodes atypiques Axel Foley.

A partir de ce moment-là, Murphy était seul maître à bord des films taillés sur mesure pour lui et généralement couronnés d’un succès populaire retentissant. Golden Child L’Enfant sacré du Tibet de Michael Ritchie, la première suite du Flic de Beverly Hills réalisée par Tony Scott, ses retrouvailles avec John Landis pour Un prince à New York, ses propres Nuits de Harlem et 48 heures plus tard, toujours de Walter Hill et toujours avec Nick Nolte sont autant de titres qui avaient marqué les années ‘80 et rapporté (très) gros à leur acteur principal.

Bowfinger Roi d’Hollywood © 1999 Zade Rosenthal / Imagine Entertainment / Universal Pictures International France Tous droits réservés

Hélas, la décennie suivante s’était avérée beaucoup moins concluante pour Murphy, réduit essentiellement à essayer de se recycler dans des films comme Boomerang de Reginald Hudlin, Monsieur le député de Jonathan Lynn, une troisième suite du Flic de Beverly Hills avec son réalisateur de chevet John Landis, Un vampire à Brooklyn de Wes Craven, Le Flic de San Francisco de Thomas Carter, Mister G de Stephen Herek et Bowfinger Roi d’Hollywood de Frank Oz, le plus marrant et original parmi eux. Pendant cette relative traversée du désert, seuls les remakes du Professeur foldingue par Tom Shadyac et de Docteur Dolittle par Betty Thomas avaient su plus largement trouver leur public.

Après le tournant du siècle, cette singulière schizophrénie des choix de carrière s’était encore accentuée. Côté succès, il y a eu sa poursuite dans le registre de la voix à prêter dans des films d’animation, après Mulan, dans Shrek et ses suites, ainsi qu’une potentielle réinvention artistique par le biais d’un second rôle dramatique dans la comédie musicale Dreamgirls de Bill Condon. Côté échecs, la liste est sensiblement plus longue, puisqu’elle contient, entre autres, les suites de l’univers Foldingue et Dolittle, Pluto Nash de Ron Underwood, Showtime de Tom Dey, Espion et demi de Betty Thomas, École paternelle de Steve Carr, Le Manoir hanté et les 999 fantômes de Rob Minkoff, Norbit, Appelez-moi Dave et Mille mots de Brian Robbins, Dans ses rêves de Karey Kirkpatrick et Le Casse de Central Park de Brett Ratner, son dernier film à sortir en salles en France il y a quatorze ans, presque jour pour jour.

Dreamgirls © 2006 David James / Laurence Mark Productions / DreamWorks Pictures / Paramount Pictures France Tous droits réservés

Car depuis sa première incursion chez Netflix en 2019 avec le très recommandable Dolemite is my name de Craig Brewer, Eddie Murphy opère un lucratif retour sur investissement en réservant ses services aux seules plateformes. Que ce soit chez Netflix (You people de Kenya Barris et Le Flic de Beverly Hills Axel F. de Mark Molloy) ou chez Amazon Prime (Un prince à New York 2 de Craig Brewer, Noël à Candy Cane Lane de Reginald Hudlin et The Pickup de Tim Story), mieux vaut avoir souscrit à l’une d’entre elles, si vous souhaitez avoir des nouvelles fraîches du comique de légende. Et c’est donc en toute logique que c’est sur Netflix que vient de sortir un documentaire qui lui est consacré, Being Eddie de Angus Wall.

Eddie Murphy a beau disposer d’une grande famille, avec une dizaine d’enfants, côté récompenses de cinéma, il était jusqu’à présent plutôt modestement dépourvu. Si l’on fait abstraction des Razzies, les Framboises qui décrient chaque année les pires films et interprétations … Il a été nommé à l’Oscar du Meilleur acteur dans un second rôle en 2007 pour Dreamgirls et au BAFTA cinq ans plus tôt pour Shrek. Son seul trophée pour un rôle en particulier est le prix du Meilleur acteur de la National Society of Film Critics en 1997 pour Le Professeur foldingue. Côté prix honorifiques, il a obtenu en 2023 le prix Cecil B. DeMille de la presse étrangère à Hollywood.

Dans l’illustre Histoire du AFI Life Achievement Award, vieille de plus d’un demi-siècle, il est le quatrième acteur afro-américain honoré ainsi après Sidney Poitier en 1992, Morgan Freeman en 2011 et Denzel Washington en 2019.

Dolemite is my name © 2019 François Duhamel / Davis Entertainment / Netflix France Tous droits réservés

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