
L’acteur allemand Mario Adorf est décédé hier à Paris. Il était âgé de 95 ans. Très populaire chez nos voisins d’outre-Rhin grâce à ses centaines de rôles au cinéma et à la télévision, Adorf avait également su se faire un nom à l’international, à travers ses nombreux personnages de méchants guère caricaturaux. Même si l’essentiel de sa carrière s’était faite en Allemagne et en Italie, l’acteur avait aussi ponctuellement fait escale en France.
Au fil d’une filmographie longue de soixante ans, entre 1956 et 2016, il a tourné entre autres pour des réalisateurs de renom tels que Robert Siodmak, Luigi Comencini, Valerio Zurlini, Sam Peckinpah, Dino Risi, Michel Deville, Sergio Corbucci, Yves Boisset, Dario Argento, Jerzy Skolimowski, Edgar Reitz, Volker Schlöndorff, Alberto Lattuada, Billy Wilder, Robert Enrico, Rainer Werner Fassbinder, Danièle Huillet et Jean-Marie Straub, ainsi que John Frankenheimer et Claude Chabrol.

Né en Suisse sans que ses parents ne soient mariés, Mario Adorf avait grandi auprès de sa mère en Allemagne. Après des débuts au théâtre à Munich, il n’avait pas tardé à décrocher ses premiers rôles au cinéma au milieu des années 1950, comme dans le film de guerre 08/15 Go Home de Paul May et Un petit coin de paradis de Josef von Baky. Il s’impose une première fois en 1957 à travers son personnage handicapé mental et tueur en série pendant la Seconde Guerre mondiale dans Les SS frappent la nuit de Robert Siodmak.
C’était le début d’une période d’une dizaine d’années, au cours de laquelle Adorf devenait une valeur sûre du cinéma allemand. Peu importe les genres, sa carrure et son visage faussement candide étaient autant à leur place dans des films de guerre (Le Médecin de Stalingrad de Géza von Radvanyi) et des drames (La Fille Rosemarie, Les Liaisons douteuses et Moral 63 de Rolf Thiele, Les Mutins du Yorik de Georg Tressler – de nouveau disponible sur le replay de la chaîne arte –, ainsi que Mon ami d’école pour des retrouvailles avec Robert Siodmak) que dans des films noirs (Le Gang descend sur la ville et Le Joueur d’échecs de Gerd Oswald).
Au début des années ‘60, Mario Adorf avait participé à ses premiers films étrangers, notamment en France (Le Goût de la violence de Robert Hossein), en Italie (A cheval sur le tigre de Luigi Comencini) et au Royaume-Uni (La Blonde de la station 6 de Seth Holt). Or, son rôle le plus marquant à ce moment-là était celui du méchant Santer dans le western allemand La Révolte des indiens apaches de Harald Reinl, hautement populaire sur le marché germanique. Tellement marquant en fait que l’identification de l’acteur à ce personnage particulièrement antipathique l’avait indirectement obligé de partir en exil artistique, en dehors des écrans de cinéma et de télévision allemands. C’était donc à nouveau le cinéma italien qui allait accueillir Mario Adorf pour le reste des années ‘60 et la première moitié de la décennie suivante.

En témoignent Annonces matrimoniales et Je la connaissais bien de Antonio Pietrangeli, Des filles pour l’armée de Valerio Zurlini, L’Homme d’Istanbul de Antonio Isasi, Opération San Gennaro de Dino Risi, Une rose pour tous de Franco Rossi, Pas folles les mignonnes de Luigi Zampa, Fantômes à l’italienne de Renato Castellani, Ciel de plomb de Giulio Petroni, Le Spécialiste de Sergio Corbucci, La Tente rouge de Mikhail Kalatozov, L’Oiseau au plumage de cristal de Dario Argento, La Grande chevauchée de Robin des bois de Giorgio Ferroni, Je suis vivant ! de Aldo Lado, Milan calibre 9 et Passeport pour deux tueurs de Fernando Di Leo, Société anonyme anti-crime de Steno, Les Aventures de Pinocchio de Luigi Comencini, L’Affaire Matteotti de Florestano Vancini et La Lame infernale de Massimo Dallamano.
Les productions d’autres pays auxquelles Mario Adorf était associé pendant cette période étaient sensiblement plus rares. Malgré une seule et unique excursion dans le cinéma américain par le biais de Major Dundee de Sam Peckinpah. Puis des retours sporadiques en Allemagne, auprès de Wolfgang Staudte (Ganovenehre et Ces messieurs aux gilets blancs), Roland Klick (Deadlock), Jerzy Skolimowski (Roi dame valet) et Edgar Reitz (Die Reise nach Wien). Et enfin quelques films français : Tendres requins de Michel Deville, Cran d’arrêt de Yves Boisset et La Faille de Peter Fleischmann.

En 1975, cette sorte de traversée du désert hors de la terre allemande touchait à sa fin pour Mario Adorf, grâce au thriller politique L’Honneur perdu de Katharina Blum de Volker Schlöndorff et Margarethe von Trotta. Dès lors, il allait retrouver les faveurs de cinéastes allemands tels que son ancien beau-frère Michael Verhoeven (MitGift et Gefundenes Fressen), Reinhard Hauff (La Vedette), Volker Schlöndorff en solo (Le Tambour – Palme d’or au Festival de Cannes en 1979 et Oscar du Meilleur Film étranger l’année suivante) et Rainer Werner Fassbinder (Lola Une femme allemande).
En parallèle, l’acteur était resté fidèle au cinéma italien à travers Cœur de chien de Alberto Lattuada et Un juge en danger de Damiano Damiani, ainsi qu’aux États-Unis au sens (très) large avec Fedora de Billy Wilder et à la France avec L’Empreinte des géants de Robert Enrico.

A partir des années ‘80, Mario Adorf s’était surtout consacré à la télévision, faisant seulement parfois des apparitions au cinéma. Ce fut néanmoins le cas pour Amerika Rapports de classe de Danièle Huillet et Jean-Marie Straub, Le Pacte Holcroft de John Frankenheimer, Momo de Johannes Schaaf, I ragazzi di via Panisperna de Gianni Amelio, Francesco de Liliana Cavani, Sauf votre respect le dernier film de Guy Hamilton, Présumé dangereux de Georges Lautner, Jours tranquilles à Clichy de Claude Chabrol, Mat de Gleb Panfilov, Rossini de Helmut Dietl, Smilla de Bille August et Same Same But Different de Detlev Buck.
En 1997, Mario Adorf a été nommé au European Film Award du Meilleur acteur pour Rossini. Au Festival de Locarno, il avait obtenu un Léopard d’honneur pour l’ensemble de son œuvre en 2016. Entre 1958 et 1992, il a été nommé à cinq reprises au Deutsche Filmpreis Lola. Adorf l’avait gagné pour sa première nomination en tant que Meilleure révélation pour Les SS frappent la nuit et pour sa dernière comme Meilleur acteur dans Pizza Colonia de Klaus Emmerich. De surcroît, il avait obtenu le prix honorifique de l’Académie du cinéma allemand en 2004.
















