Critique : Winter Break

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Winter Break 

USA : 2023
Titre original : The Holdovers
Réalisation : Alexander Payne
Scénario : David Hemingson
Interprètes : Paul Giamatti, Dominic Sessa, Da’vine Joy Randolph
Distribution : Universal Pictures International France
Durée : 2h13
Genre : Drame, Comédie
Date de sortie : 13 décembre 2023

3.5/5

Alexander Payne est un réalisateur qui tourne peu : 8 longs métrages de cinéma en 27 ans de carrière, seulement 3 sur les 10 dernières années. Après s’être égaré dans Downsizing, un film réunissant maladroitement comédie et science fiction, il est revenu avec Winter Break à la recette qui avait si bien fonctionné dans Nebraska, un mélange plein de nostalgie, de comédie et de drame dans lequel perce une émotion exempte de pathos.

Synopsis : Hiver 1970 : M. Hunham est professeur d’histoire ancienne dans un prestigieux lycée d’enseignement privé pour garçons de la Nouvelle-Angleterre. Pédant et bourru, il n’est apprécié ni de ses élèves ni de ses collègues. Alors que Noël approche, M. Hunham est prié de rester sur le campus pour surveiller la poignée de pensionnaires consignés sur place. Il n’en restera bientôt qu’un : Angus, un élève de 1ere aussi doué qu’insubordonné. Trop récemment endeuillée par la mort de son fils au Vietnam, Mary, la cuisinière de l’établissement, préfère rester à l’écart des fêtes. Elle vient compléter ce trio improbable.

Un professeur détesté, un élève rebelle et une mère éplorée

A proximité de Boston, en 1970, le lycée privé de Borton jouit d’une excellente réputation. Paul Hunham y enseigne l’histoire ancienne. Très sévère, acerbe, aigri et pédant, il a tout pour être détesté par ses élèves, les relations qu’il entretient avec ses collègues et sa hiérarchie n’étant guère meilleures. Alors que les vacances de Noël approchent, le voilà désigné pour assurer une permanence au lycée lorsque presque tous les élèves vont aller rejoindre leurs familles. Cette année là, un autre professeur devait assurer cette permanence mais il a réussi à y échapper en montant un gros mensonge utilisant sa mère et une maladie qui l’aurait frappée. A dire vrai, pour Paul Hunham, un homme qui ne quitte pratiquement jamais le lycée, prendre en charge le « gardiennage » des cinq élèves qui n’ont pas pu partir pour Noël n’est pas à proprement parler une catastrophe. Par contre, pour les élèves concernés, l’avenir s’annonce sombre avec un tel tyran comme garde-chiourme.

Très vite, 4 de ces élèves vont pouvoir quitter le lycée et le film va se concentrer sur un trio et les relations que ses membres entretiennent entre eux : il y a là Paul Hunham ; Angus Tully, un élève très doué mais particulièrement rebelle et cynique, des traits de sa personnalité qui sont amplifiés par le fait qu’il se sent rejeté par sa mère ; et puis Mary, la cuisinière du lycée, une afro-américaine qui vit avec la douleur d’avoir perdu un fils dans la guerre au Vietnam. Dans cet environnement qui a complètement changé par rapport au quotidien d’un professeur face à une classe entière, le professeur et l’élève vont se confronter l’un à l’autre, ils vont sérieusement s’asticoter et se dire leurs 4 vérités, mais, aidés par la présence toute en douceur de Mary, ils vont mettre à nu leurs blessures cachées, ils vont apprendre des détails importants concernant la vie de l’autre et ils vont en arriver à se comprendre, à ressentir de l’estime l’un pour l’autre et à s’entraider.

Un film sur le mensonge 

C’est en voyant Merlusse, un film de Marcel Pagnol sorti en 1935, qu’a commencé à germer dans l’esprit d’Alexander Payne l’idée de son futur film. Plus tard, le scénario d’un pilote pour une série se déroulant dans un lycée privé pour garçons est arrivé entre les mains du réalisateur et il a obtenu de David Hemingson, son auteur, que le pilote se transforme en long métrage se concentrant sur ce qui va se passer dans le lycée durant les vacances de Noël. L’inspiration qui trouve sa source dans un film de 1935, une action se déroulant en 1970, cela convient parfaitement à Alexander Payne qui reconnaît se trouver parfaitement à l’aise dans le passé. Avec Eigil Bryld, ils sont même allés jusqu’à réaliser un film à la façon d’un film tourné en 1970 : bien que tourné en numérique, Winter Break a tout d’un film de cette époque, avec ses couleurs désaturées et une bande-son  travaillée pour laisser la place à du grésillement. Ce côté « travestissement de la vérité » est en accord avec un  thème récurrent du film, le mensonge : celui du professeur qui a inventé un problème familial pour ne pas se retrouver bloqué au lycée pendant les vacances de Noël ; celui de l’étudiant qui avait obtenu le renvoi de l’étudiant Paul Hunham de l’Université de Havard en l’accusant d’un plagiat qu’il avait lui-même commis ; celui de Angus Tully qui, dans un premier temps, avait affirmé à son professeur que son père était mort avant d’aller ensemble lui rendre visite ; celui de Paul Hunham perpétré pour « couvrir » Angus Tully et lui éviter de devoir quitter le lycée de Barton pour aller dans un lycée militaire. Pas loin du mensonge, on trouve l’injustice, et là, Alexander Payne appuie sur le fait que, pour un lycée privé comme celui de Barton, la réception de dons est économiquement vitale, une dépendance qui génère une forme de favoritisme pour les enfants de donateurs.


Un très bon trio d’interprètes

Il y a près de 20 ans, Paul Giamatti, l’interprète de Paul Hunham, avait déjà tenu le rôle principal dans Sideways, le 4ème long métrage d’Alexander Payne. Dans un rôle de professeur sadique avec ses élèves se transformant petit à petit en bonne pâte allant même jusqu’à devenir un père de substitution pour Angus, un rôle pouvant facilement se prêter à un accès de cabotinage, il se montre particulièrement à son avantage et on lui sait gré d’arriver (parfois de justesse !) à ne pas en faire trop. De son côté, Dominic Sessa, qui était élève dans un des lycées utilisé pour le tournage de Winter Break, s’est retrouvé propulsé interprète du rôle d’Angus. Sa prestation est tellement convaincante que  Variety, le magazine américain consacré au monde du spectacle, l’a récemment intégré dans sa liste des 10 jeunes comédiens à suivre. Quant à Da’vine Joy Randolph, elle se montre d’une grande sobriété dans son rôle de mère éplorée qui, tout en servant de tampon entre le professeur et l’élève, s’efforce de prendre le dessus sur son chagrin. 

Conclusion

Mélange de « feel good movie » et de conte de Noël pour adultes, Winter Break, sans attendre l’exceptionnelle qualité de Nebraska, montre à nouveau, malgré une première demi-heure un peu poussive, tout le talent dont sait faire preuve Alexander Payne, bien aidé par ses interprètes, pour raconter une histoire dans laquelle une certaine nostalgie le dispute à l’émotion et à la comédie. Par ailleurs, on se demande pourquoi la distribution française a choisi d’abandonner le titre original, un titre en anglais, The Holdovers, pour donner à ce film un autre titre en … anglais. 

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