Critique : Sur la route de compostelle

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Nouvelle-Zélande, Australie : 2019
Titre original : Camino Skies
Réalisation : ,
Interprètes : , , , , ,
Distribution : L’Atelier Distribution
Durée : 1h20
Genre : Documentaire
Date de sortie : 9 septembre 2020

3/5

C’est ensemble que le réalisateur de documentaires et photographe australien Noel Smyth et le producteur néo-zélandais Fergus Grady ont réalisé leur premier long métrage : un documentaire tourné en Espagne dans lequel ils ont suivi six « pèlerins » durant 42 jours, le long du Camino de Santiago, ce chemin de Compostelle qui traverse le nord de la péninsule ibérique depuis Roncevaux jusqu’à Saint-Jacques de Compostelle.

Synopsis : Six  » pèlerins  » se lancent sur le chemin de Compostelle, long de 900 kilomètres entre la France et l’Espagne. Certains entreprennent le voyage pour la première fois, d’autres non, mais tous savent que la route sera longue et parfois difficile mais aussi généreuse en rencontres et en émotions. Comment conserver la motivation face aux nombreuses péripéties qui les attendent sur le Camino ? Ce chemin initiatique et spirituel, celui de la vie, permet à chacun de se révéler … Une histoire de gens ordinaires réalisant un périple extraordinaire, Ultréïa !

Six pèlerins venant des Antipodes

Quelles peuvent être les motivations poussant des individus, pas forcément très sportifs, à entreprendre un très long périple de marche à pied, en complète autonomie sur plusieurs jours, qu’il pleuve ou qu’il fasse chaud, au rythme quotidien de 25 kilomètres environ ? C’est la réponse à cette interrogation que Noel Smyth et Fergus Grady ont cherché à nous donner en réalisant Sur la route de Compostelle. Ces réalisateurs qui viennent des antipodes ont choisi de s’intéresser à six « pèlerins » venant également d’Australie et de Nouvelle-Zélande. 4 femmes, 2 hommes, âges entre 40 et 72 ans. Ils ont également choisi une progression sur le principal itinéraire espagnol, le Camino francès, celui qui, à travers la Navarre, la Rioja, la région de Castille-et-León et la Galice, conduit sur 780 kilomètres du village de Roncevaux à Saint-Jacques de Compostelle. Tout au long des 80 minutes que dure le film on suit les pas et on écoute les paroles de Sue (Susan Morris), une femme de 70 ans qui souffre d’arthrose et d’une cyphoscoliose ; de Julie (Julie Zarifeh), une néo-zélandaise de 54 ans qui, quelques mois auparavant, avait perdu son mari, victime d’un cancer, puis, 16 jours plus tard, son fils ainé âgé de 27 ans, victime d’un accident de rafting ; de Terry, un homme de 69 ans qui, accompagné de son gendre Mark Thomson,  fait pour la 2ème fois ce Chemin de Compostelle, 18 mois après la perte de Maddy, sa petite-fille de 17 ans, décédée après une vie entière de lutte contre la mucoviscidose ; l’australienne Claude Tranchant, 72 ans, qui récidivait partiellement, puisque, 8 ans auparavant, en 2010, elle avait « fait Compostelle » en partant de Vézelay ; Cheryl Stone, la plus sportive des six, une véritable passionnée de randonnée.

Quelle motivation ?

La première question qu’on peut se poser concernant la motivation de celles et ceux qui décident d’aller marcher sur un des Chemins de Compostelle, que ce soit sur une partie plus ou moins longue du chemin choisi ou pour un long périple se terminant à Saint-Jacques de Compostelle, concerne la foi, concerne la religion. Après tout, il s’agit, au départ, d’un pèlerinage religieux dont l’origine remonte au 9ème siècle. C’est même, parait-il, un des « trois grands pèlerinages de la Chrétienté », avec ceux de Jérusalem et de Rome. Chaque année, nous dit le film, plus de 250 000 pèlerins empruntent « El Camino » en quête d’élévation religieuse ou spirituelle. Sans compter toutes celles et tous ceux qui, en particulier en France, consacrent une partie de leurs vacances ou de leurs retraites à marcher sur une partie d’un des itinéraires officiels du pèlerinage. Eh bien, hasard du « casting » ou volonté délibérée des réalisateurs, tout ce qui concerne la foi et la religion n’est pratiquement jamais évoqué dans Sur la route de Compostelle, tout ce qu’on entend de la part des six pèlerins que nous accompagnons montre que leurs motivations sont très variées mais n’entrent pas dans le cadre de la foi au sens strict.

En fait, les réalisateurs ont choisi de passer leurs journées à marcher en compagnie de leurs « personnages » et, chaque soir, « ils décidaient de la personne à suivre le lendemain, selon ce que chaque individu vivait à ce moment là ». Ils étaient persuadés que le fait de nouer une conversation en marchant permettaient aux gens de se confier plus facilement que sous la forme d’une interview classique, en face à face. De toutes ces bribes de conversation, il ressort que ce qu’attendaient avant tout Julie, Sue, Terry, Mark, Claude et Cheryl, c’était de donner ou, plutôt, de redonner un sens à leurs vies. « Marcher pour faire son deuil », dit clairement Julie, recherche que partagent sans doute Terry et Mark qu’on voit arborer des T-Shirts « 1.6 millions steps in memory of Maddy » (1.6 millions de pas en mémoire de Maddy). Repousser ses limites physiques pour Sue, afin de se montrer plus forte que ses maladies. Et puis, même si l’un d’entre eux affirme que le périple entrepris permet de se libérer des autres, on sent que vivre l’esprit d’entraide et de camaraderie entre marcheurs, que ce soit au cours du trajet journalier ou de l’étape du soir, est également ce que recherchent la plupart des « pèlerins ». El Camino, c’est un concentré de vie, avec ses hauts et ses bas, l’affronter permet de rappeler que la vie n’est pas inéluctablement désespérée et que l’espoir peut succéder au désespoir.

Documentaire vs Fiction

Il y a un an, en juin 2019, était sorti 11 fois Fatima, un film de fiction portugais de João Canijo consacré à un groupe de 11 femmes ayant entrepris le plus important des pèlerinages de Fatima, celui du mois de mai. Un film de fiction dans lequel le réalisateur faisait tout pour faire croire aux spectateurs qu’ils étaient en présence d’un documentaire. Sur un sujet très similaire, Sur la route de Compostelle est un documentaire qui, par certains côtés, s’apparente à une fiction : la présence de six personnages qui font penser à une distribution, le côté « vase clos » du film, les rapports des six personnages avec d’autres pèlerins étant inexistants, l’implication des réalisateurs sous la forme de visions très symboliques telle l’image très souvent présente du chemin qui reste à parcourir, telle la lumière qui apparait à l’extrémité d’un tunnel, tel le poids dont on arrive finalement à se soulager en jetant des cendres dans la mer. Si, à la vision de ces 2 films, il est difficile de savoir lequel est une fiction, lequel est un documentaire, la différence principale entre eux deux réside dans le fait que 11 fois Fatima s’intéresse surtout à l’évolution des rapports au sein d’un groupe de plusieurs personnes amenées à se côtoyer de façon prolongée alors que, dans Sur la route de Compostelle, le film se concentre sur les parcours personnels et sur l’évolution des six personnages. Au bout du trajet, se pose la question habituelle qui apparait inévitablement à la vision d’un tel documentaire : dans quelle mesure la présence d’une caméra et celle d’une prise de son ont-elles influé sur le comportement, le discours et même, pourquoi pas, sur l’évolution des protagonistes ?

Conclusion

Sur la route de Compostelle donne une vision partielle et même un peu partiale de ce que le pèlerinage de Compostelle, si populaire de nos jours, représente dans l’époque que nous vivons. Même si l’on sait que nombreux et nombreuses sont les athées, les agnostiques et les non-pratiquant.e.s qui se lancent sur les chemins de Compostelle, on ne peut manquer d’être surpris de l’absence presque totale d’un quelconque objectif de type religieux dans ce film dans lequel il n’est question que de dépassement physique ou de la recherche d’un sens à donner ou à redonner à sa vie. Finalement, le pèlerin moyen du film semble avoir plus de points communs avec celles et ceux qui se lancent sur les courses à pied de longue distance, chacun et chacune avec ses propres limites, qu’avec les pénitents montant à genoux le grand escalier de Rocamadour, montée accompagnée d’un “Je vous salue Marie” par marche ! Constater ce fait ne nuit pas à l’intérêt qu’on peut porter à ce film.

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