Critique : Revenge

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France, 2017
Titre original : –
Réalisateur :
Scénario : Coralie Fargeat
Acteurs : , , Vincent Colombe
Distribution : Rezo Films
Durée : 1h48
Genre : Thriller
Date de sortie : 7 février 2018

3,5/5

Malgré les efforts encourageants d’une nouvelle génération de cinéastes biberonnés à un cinéma dit de genre, il est toujours difficile pour ces jeunes metteurs en scène ambitieux de se faire accepter par le public, qui continue à penser que ce type de cinéma ne peut venir de France. Il faut dire que à la fin des années 2000, un certain nombre de représentants du genre ont émergé, pas toujours pour le meilleur, ce qui a eu pour effet de décrédibiliser un peu plus un courant quasiment mort-né. Mais comme il ne faut jamais désespérer et qu’il suffit parfois d’un rien pour jeter les projecteurs sur un genre, quel qu’il soit, le succès critique, et, dans une moindre mesure, public, de l’excellent a prouvé que cinéma de genre assumé pouvait rimer avec qualité dans notre beau pays. Après , c’est au tour de Coralie Fargeat de se lancer dans la grande aventure, avec un film casse gueule sur le papier, car attaché au sous genre particulièrement conspué du « rape and revenge » dont le peu d’ambition est tout entier dévoilé dans son appellation. Ce qui surprend d’emblée dans le film, c’est à quel point la jeune cinéaste assume entièrement la simplicité absolue de son concept, ne cherchant jamais à se donner de grands airs avec des considérations auteuristes mais cherchant au contraire à tirer le meilleur parti d’un argument lui permettant de se lâcher totalement dans sa mise en scène, livrant un pur exercice de style ultra stylisé, dont le point de départ « féministe » ne devient très vite qu’un prétexte à un pur défouloir gore flattant tout aussi bien les bas instincts que la rétine affolée par la beauté plastique de l’ensemble.

Synopsis : Une jeune femme se retrouve dans une situation compliquée avec deux beaufs de première, dont l’un va profiter de l’absence du compagnon de celle-ci pour la violer sans se poser de questions existentielles. Lorsque le mec revient et qu’elle lui explique ce qui lui est arrivé, au lieu de la défendre comme tout compagnon digne de ce nom, il va tenter de lui faire promettre de ne rien dire à personne et, se rendant compte qu’elle n’est naturellement pas décidée à se taire, va employer les grands moyens pour la faire taire à tout jamais.

 

Furie rouge

À partir de ce point de départ, le scénario ne s’embarrasse plus du moindre réalisme en faisant littéralement renaître la victime, qui dès lors, ne va plus faire dans le social, en se transformant en amazone qui va exterminer toute cette joyeuse bande très vite dépassée par les événements … Nulle inquiétude à avoir, en disant ceci, je ne dévoile pas grand-chose qui mérite d’être gardé secret, le principal enjeu n’étant pas le scénario dont on se doute facilement des tenants et aboutissants en lisant le synopsis, mais plutôt la façon d’y arriver. Et à ce petit jeu, on peut dire que la cinéaste fait preuve de beaucoup de malice et d’envie pour en foutre plein la tronche au spectateur. Il est surprenant, à ce titre, que le public du , où l’on a découvert le film en avant première, ait en partie rejeté le film sous le prétexte de son invraisemblance, ayant visiblement tout pris au premier degré, alors qu’il semble évident que le ton est à la farce gore volontairement outrancière. Cela se sent dès la caractérisation de nos trois beaufs de service, caricaturaux et pures figures quasi abstraites des mâles frustrés voulant à tout prix affirmer une virilité illusoire, armes à la main, et objectivant la femme comme si le simple fait que celle-ci soit sexy et libérée leur donnait tous les droits sur elle. Il est à ce titre plutôt agréable de voir un film absolument pas moralisateur, où le personnage féminin principal est clairement sexué, sans que celle-ci cherche à s’excuser le moindre instant de sa féminité. Nul discours féministe revanchard pour autant, les personnages masculins n’étant jamais décrits comme représentatifs de tous les hommes de la planète. L’accent caricatural et la mâchoire carrée, le personnage interprété par Kevin Janssens est symptomatique de cette approche quasiment bande dessinée que l’on ne peut décemment prendre au premier degré.

 

Sang pour sang

En fait, le principal problème qui en a fait hurler certains au nanar, se situe dans la façon dont l’héroïne renaît. Là où il aurait fallu plus clairement assumer un aspect surnaturel, et alors même que la cinéaste pourrait justement tirer partie de certains éléments dans le cadre, elle semble ne pas vouloir totalement aller dans cette direction, ce qui peut donner un aspect un peu bancal à la structure, dont on ne sait plus trop à certains moments si l’on est dans le viscéral pur et dur ou le second degré. Mais cette question disparaît lorsque le récit bascule dans l’ultra gore, quasiment abstractif dans ses excès, dont la quintessence sera atteinte lors du climax hallucinant où les hectolitres de sang déversés par les personnages font entrer le film dans la quatrième dimension. Un camarade du genre pinailleur s’est amusé à dire que la cinéaste devrait réviser ses bases concernant le corps humain qui ne possède pas autant de litres de sang, surtout que les personnages devraient s’être écroulés depuis longtemps, mais ne soyons pas trop cyniques, car cela fait franchement plaisir de voir du cinéma pareil en France, à ce point décomplexé et, disons le, franchement jubilatoire.

Surtout que contrairement à tant d’autres piteux représentants du genre en France, cela est accompagné d’une mise en forme particulièrement soignée, pour ne pas dire léchée. Loin de tout amateurisme, la cinéaste assume au contraire un cinéma formaliste à l’excès, où le moindre cadre est effectué avec un soin maniaque, le tout éclairé de façon baroque avec une gamme de couleurs particulièrement variée et excessive. Si l’on n’est pas loin de la pose maniériste à certains moments, et que cela n’est pas toujours justifié, au-delà de la simple beauté du geste, pourquoi reprocherait-on à un cinéaste, quel que soit le genre investi, de faire beau, là où l’on reproche justement trop souvent, et à raison, au cinéma français de n’avoir aucune ambition visuelle, et de faire dans le téléfilm bas de gamme ? En tout cas, la sur-stylisation est ici particulièrement agréable à l’œil, et c’est donc pour cela que le film est toujours plaisant à regarder, quand bien même son récit tendrait à la dilatation peut-être un poil complaisamment étirée, surtout qu’il n’y a que trois mecs à tuer, ce qui fait peu pour un film atteignant tout de même quasiment 1h50, ce qui fait beaucoup pour ce type de récit.

Conclusion

Malgré des défauts imputables à toute première œuvre – ce qui participe au final au charme du film – on ne peut pas retirer à la jeune cinéaste exaltée son enthousiasme et son énergie filmique transparaissant à chaque instant de ce pur ride ultra violent. Superbement mis en scène, Revenge prouve que malgré les mauvaises langues et les mauvais exemples l’ayant précédé, oui, il est tout à fait possible de faire du cinéma de genre en France, et il se pourrait bien que son avenir son féminin. On attendra donc avec impatience et curiosité le prochain effort de sa réalisatrice, et on espère que le public sera au rendez-vous ! La balle est dans votre camp !

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