Critiques de films Drame Thriller — 08 avril 2016
Critique : Paulina


paulina affiche : 2015
Titre original : La patota
Réalisatrice :
Scénario : Santiago Mitre,
Acteurs : , ,
Distribution :
Durée : 1h43
Genre : Drame, thriller
Date de sortie : 13 avril 2016


Note : 2/5

C’est une commande d’une chaîne de télévision qui a conduit Santiago Mitre vers le réalisation de Paulina. Ce film est le « remake » de La Patota, un film en noir et blanc sorti en 1960 et qu’on doit à Daniel Tinayre, un réalisateur français qui a fait toute sa carrière en Argentine. Après El Estudiante ou Récit d’une jeunesse révoltée, Prix spécial du jury cinéastes du présent au Festival de Locarno 2011, Paulina est le 2ème long métrage réalisé par Santiago Mitre, par ailleurs connu pour son travail de scénariste auprès de Pablo Trapero. Paulina a été présenté à La Semaine de la Critique à Cannes 2015 et il y a obtenu 2 prix.

 

Synopsis : Paulina, 28 ans, décide de renoncer à une brillante carrière d’avocate pour se consacrer à l’enseignement dans une région défavorisée d’Argentine. Confrontée à un environnement hostile, elle s’accroche pourtant à sa mission pédagogique, seule garante à ses yeux d’un réel engagement politique; quitte à y sacrifier son petit ami et la confiance de son père, un juge puissant de la région. Peu de temps après son arrivée, elle est violemment agressée par une bande de jeunes et découvre que certains d’entre eux sont ses élèves. En dépit de l’ampleur du traumatisme et de l’incompréhension de son entourage, Paulina va tâcher de rester fidèle à son idéal social.


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Une succession de choix contestés

Alors qu’elle a suivi un cursus universitaire brillant qui lui a permis d’obtenir un diplôme d’avocate, Paulina, une jeune « portiña » de 28 ans, issue de la bourgeoisie, décide d’aller donner des cours à de grands adolescents de la région de Posadas, dans le nord de l’Argentine, une ville que seul le fleuve Parana sépare du Paraguay. Une région pauvre, dans laquelle vivent de nombreux immigrants paraguayens. Ce choix de carrière n’est pas du goût de son père Fernando, un juge placé très haut dans la hiérarchie, qui imaginait plutôt pour sa fille une carrière brillante comme avocate ou dans la magistrature. Quant aux rapports avec Alberto, son fiancé, ils se trouvent vite très largement dégradés. Après des débuts difficiles avec ses étudiants, Paulina, confondue avec une autre jeune femme, fait l’objet d’un viol commis par certains d’entre eux. Alors qu’elle connaît ses agresseurs, Paulina, à la surprise générale (père, fiancé, collègues, spectateurs), s’obstine à prétendre le contraire, en particulier lors de ses auditions par la police. Surprise générale qui grandit encore d’un cran lorsqu’il s’avère qu’elle est enceinte et qu’elle refuse de se faire avorter, tout en rajoutant qu’elle se ferait avorter si le viol avait été commis par Alberto ! En fait, les scénaristes Santiago Mitre et Mariano Llinás ont dû trouver à tout prix une réponse au problème posé par l’adaptation à notre époque d’un scénario datant de 55 ans et touchant au viol et à ses conséquences. En effet, si, en 2016, le phénomène du viol est loin d’avoir disparu, des changements notables ont été enregistrés depuis 1960 quant à la façon d’aborder l’éventuelle conséquence de cet acte barbare : à l’époque, même en cas de viol, un avortement ne pouvait être pratiqué de façon légale que dans de très rares pays. En Argentine, sûrement pas, et , le scénariste de La Patota, avait imaginé une fin prenant en compte ce contexte. Depuis mars 2012 et une décision de la Cour suprême, l’Argentine ne sait plus trop où elle en est mais il semble que ce pays se dirige vers l’autorisation de l’avortement en cas de viol. Difficile, dans ces conditions, de ne pas en tenir compte dans l’écriture du scénario !

 

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Un comportement incompréhensible

Difficile de renâcler devant les premières minutes de Paulina : un long plan séquence très brillamment filmé, parfaitement interprété, au cours duquel Paulina et son père Fernando s’opposent quant à la meilleure façon d’agir pour permettre aux classes défavorisées d’avoir une vie plus digne, lorsqu’on fait partie de la bourgeoise éduquée : pour le père, il faut profiter de ses diplômes pour monter aux plus hauts niveaux de la hiérarchie et peser ainsi de tout son poids sur les prises de décision. Pour Paulina, il faut au contraire « descendre » auprès de ces classes défavorisées et les aspirer vers le haut en les aidant à gravir les échelons du savoir. C’est après ce début particulièrement prometteur que les choses se gâtent. Elles se gâtent dans la forme, Santiago Mitre se croyant obligé, sans doute pour jouer la carte du modernisme à tout crin, d’adopter une narration alambiquée que rien ne justifie et qui, de temps en temps, arrive à perdre le spectateur. Elles se gâtent surtout dans le fond, dans la mesure où le réalisateur laisse le spectateur désarmé devant le comportement de Paulina. A la fin du film et malgré le discours qu’elle a tenu face à son père dans les premières minutes, on ne sait toujours pas ce qu’elle recherche en refusant de dénoncer ceux qui l’ont violée et en choisissant de ne pas avorter. A-t-elle pitié de ses agresseurs ? Cherche-t-elle à leur trouver des excuses ? À éviter de gâcher leurs vies ? Cherche-t-elle, avant tout, à s’opposer à son père ? À s’opposer à la société dont le premier réflexe est de punir ? Dans la mesure où la fin du film reste très ouverte, chaque spectateur ressort du film avec sa propre idée sur ce qui va se passer … après ! C’était sans doute le but des deux scénaristes, mais était-ce souhaitable pour autant ? Globalement, il n’est pas interdit de penser que le sujet méritait mieux. Après El Estudiante, film intéressant mais souffrant de nombreux défauts, Santiago Mitre récidive avec ce deuxième film : les défauts sont différents mais le résultat est tout aussi boiteux. Même s’il a travaillé avec Pablo Trapero en tant que scénariste, il lui reste encore pas mal de travail pour l’égaler en tant que réalisateur.

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La confirmation d’une grande comédienne

S’il est un domaine dans lequel Paulina n’a pas à subir de critiques négatives, c’est celui de la distribution. En premier lieu grâce à Dolores Fonzi qui interprète le rôle de Paulina. Malgré les défauts qu’on peut trouver au film, l’ancienne compagne de Gael Garcia Bernal tient le film sur ses épaules avec maestria. On la retrouvera début juillet dans Truman, un film où elle partage l’affiche avec Ricardo Darin et Javier Cámara. A ses côtés, ce sont Oscar Martinez (Les nouveaux sauvages, Les enfants sont partis) qui joue son père et Esteban Lamothe (Roque, l’étudiant de El Estudiante) qui joue son fiancé.


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Conclusion

Après un début particulièrement brillant, Paulina emprunte des chemins qui ne s’avèrent pas toujours très heureux et qui ont tendance, sur un sujet a priori très fort, à dérouter, voire à perdre, la plupart des spectateurs. Par contre, ce film permet de confirmer les très grandes qualités de la comédienne Dolores Fonzi, qualités déjà remarquées dans El Aura et Salamandra.

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Jean-Jacques

Cet article a été rédigé par Jean-Jacques Corrio, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles