Critique : Love life

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Love life

Japon : 2022
Titre original : –
Réalisation : Kôji Fukada
Scénario : Kôji Fukada
Interprètes : Fumino Kimura, Kento Nagayama, Tomorowo Taguchi, Atom Sunada
Distribution : Art House
Durée : 2h04
Genre : Drame
Date de sortie : 14 juin 2023

3.5/5

Alors qu’il n’a que 43 ans, Kôji Fukada présente déjà son 10ème long métrage et il est une figure phare de la nouvelle génération de cinéastes japonais. En septembre dernier, Love life était en compétition à la Mostra de Venise.

Synopsis : Taeko vit avec son époux Jiro et son fils Keita en face de chez ses beaux-parents. Tandis qu’elle découvre l’existence d’une ancienne fiancée de son mari, le père biologique de Keita refait surface. C’est le début d’un cruel jeu de chaises musicales, dont personne ne sortira indemne

Une histoire qui s’enrichit petit à petit

Love life fait partie de ces films dont l’histoire, en apparence toute simple au départ, s’enrichit petit à petit d’éléments nouveaux livrés de façon feutrée aux spectateurs. En effet, quoi de plus simple, de plus banal, même, qu’un couple avec enfant dont les parents du mari habitent un  l’immeuble voisin, tellement proche que le téléphone n’est même pas nécessaire pour communiquer. Toutefois, on va apprendre très vite que Keita, le garçonnet qui va avoir 7 ans, est bien le fils de Taeko mais que Jiro, le mari de Taeko, n’est pas son père biologique. Si la mère de Jiro s’efforce d’entretenir de bonnes relations avec sa belle-fille, il n’en est pas de même pour son mari, très désagréable avec Taeko à qui, probablement, il reproche d’avoir pris la place de Yamazaki, avec qui Jiro était fiancé et qu’il a brutalement quittée pour épouser Taeko. Un évènement tragique va complètement rebattre les cartes, avec, en particulier, la réapparition de Park, le père biologique de Keita, un homme qui avait quitté Taeko de façon brutale, un homme qui a comme particularités d’être malentendant et coréen par son père, un homme dans une très mauvaise situation sociale. Jiro et Taeko travaillent tous les 2 dans le social, Jiro étant le responsable du bureau d’aide sociale local et Taeko travaillant dans une ONG qui fournit de la nourriture aux SDF. Que ce soit pour un motif professionnel ou, concernant Taeko, pour des raisons liées à son passé, Jiro et Taeko vont être amenés à s’occuper de Park, d’autant plus que Taeko est la seule à pouvoir communiquer avec lui par le langage des signes coréen. Quant à Jiro, il va être amené à se retrouver aux côtés de Yamazaki, son ex fiancée, lorsqu’il va aider ses parents à déménager en province.

A partir d’une chanson

Kôji Fukada ne s’en cache pas, il en est même plutôt fier : son film est un mélodrame. Un mélodrame qui raconte l’histoire d’un couple et celle des retrouvailles, pour chacun des membres de ce couple, avec la ou le partenaire de leur couple précédent, deux couples qui ont été cassés, notons le, par son élément mâle. Toutefois, Love life est loin de n’être que cela ! C’est un film qui nous plonge dans la vie des familles japonaises, dans leur façon de réagir face aux évènements que la vie nous présente, dans les coutumes concernant, dans ce pays, les relations entre individus. Certains spectateurs ressortiront de ce film avec la sensation d’un abyme entre ces « fonctionnements » japonais et nos propres fonctionnements. D’autres, au contraire, repartiront avec l’impression que, tout compte fait, les différences, indéniables sur un certain nombre de points, sont globalement mineures à côté de tout ce qui rapproche les deux peuples quand il s’agit de réagir face aux aléas de la vie.

Pour Kôji Fukada, le point de départ du film se trouve dans la chanson « Love life », interprétée en 1991 par Akiko Yano. Grand fan de cette chanson, Kôji Fukada avait envie depuis longtemps de l’exploiter dans un film et il avait même écrit un synopsis il y a une bonne vingtaine d’années. Un synopsis qu’il a repris en 2014 et c’est en 2018 que lui est venue l’idée de faire de Park un malentendant, permettant ainsi à Taeko et Park d’avoir une langue qui leur soit propre. Il est bon de noter que Atom Sunada, l’interprète de Park est lui-même malentendant. Kôji Fukada faisant de Jiro un personnage à qui l’on reproche de ne pas regarder les autres dans les yeux, Atom Sunada lui a fait remarquer que les malentendants, eux, sont obligés de se regarder dans le yeux. Fumino Kimura, l’excellente interprète de Taeko, peut donner l’impression d’être une nouvelle venue à l’écran. Il n’en est rien, elle tourne beaucoup dans son pays et elle avait un tout petit rôle dans La maison au toit rouge de Yôji Yamada.

Conclusion

Pour son 10ème long métrage, Kôji Fukada propose un mélodrame d’une grande richesse sur les us et coutumes de son pays. Cet admirateur de la Nouvelle Vague française et, tout particulièrement, de Eric Rohmer, confirme qu’il est un des meilleurs réalisateurs de la nouvelle génération japonaise.

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