Critique : Le feu sacré

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France : 2019
Titre original : –
Réalisation :
Scénario : Eric Guéret
Interprètes : , , ,
Distribution :
Durée : 1h34
Genre : Documentaire
Date de sortie :  21 octobre 2020

4/5

Depuis sa sortie de l’Ecole Louis Lumière, il y a 30 ans, Eric Guéret s’est consacré à la réalisation de documentaires, se faisant une spécialité d’un cinéma de proximité consistant à filmer en immersion totale pendant de longues périodes. Au départ, se demandant comment on pouvait s’organiser pour survivre lorsqu’on perdait son travail dans un secteur touché par le chômage de masse, Eric Gueret souhaitait faire un film sur les conséquences d’un plan social dans une région désindustrialisée. Particulièrement intéressé par la région du nord, il a appris que des salariés de l’aciérie Ascoval, proche de Valenciennes, avaient arrêté la production et bloquaient les carrefours autour de l’usine pour protester contre sa fermeture imminente. Il est allé sur place et il a commencé à tisser des liens.

Synopsis : Dans le Nord, l’aciérie Ascoval est menacée de fermeture. Les 300 salariés ont une année pour trouver un repreneur. Dans la chaleur des fours, sur les barrages routiers et jusqu’aux couloirs de Bercy, les ouvriers, la direction, et les responsables syndicaux refusent de se laisser submerger par cette violence mondialisée : l’usine est neuve, rentable, et parfaitement convertible dans une économie de développement durable. Ce sont les vies de ces hommes et femmes et de leurs familles qui sont en jeu. Leur ténacité et leur union feront leur force.

Il était une fois dans le nord 

Un grand suspens jusqu’à la fin. Des personnages avec qui on se sent en empathie, d’autres, qu’on ne voit guère, qui, manifestement, sont les méchants de l’histoire. Entre ces deux familles de personnages, des hommes et des femmes qui, souvent, semblent sincères mais dont on se demande parfois de quel côté ils penchent vraiment. Mais, dites moi, dans quel genre de film, est-on ? Un western ? un thriller ? Eh bien non, nous sommes dans un documentaire qui nous parle de la lutte menée par les salariés d’une aciérie pour sauver leur outil de travail, pour sauver l’usine qui les fait vivre. Cerise sur le gâteau : ce documentaire se déroule dans une aciérie, un lieu qui se prête à de belles images de cinéma, pour peu que le réalisateur sache y faire. C’est le cas d’Eric Guéret !

Lorsque nous entrons dans l’usine à la suite d’Eric Guéret, ces salariés ont grosso-modo un an pour retrouver un repreneur fiable, suite à l’annonce faite par les propriétaires de cette usine  que leur objectif est de la fermer. Bien évidemment, les personnages avec qui on est en sympathie, ce sont ces salariés, du Directeur de l’usine aux ouvriers en passant par les chefs de poste, la responsable du service achat et les responsables syndicaux de la CFDT et de la CGT. D’autant plus en sympathie que, manifestement, leur cause est juste : spécialisée dans les aciers spéciaux de haute qualité, Ascoval est une des aciéries les plus modernes d’Europe et, travaillant sur le recyclage des ferrailles en utilisant des fours électriques,  elle se montre particulièrement en pointe en matière de protection de l’environnement. Seulement voilà : face à eux, il y a les « méchants », en l’occurrence Vallourec, une multinationale, qui suite à la contraction du marché pétrolier qui a entrainé une baisse de la demande de tubes d’acier destinés au forage, a décidé d’adapter sa production au niveau mondial en fermant l’aciérie Ascoval, l’usine qui, du fait de sa petite taille, s’avère être la plus facile à mettre en liquidation.

Par rapport à la plupart des westerns et des polars dans lesquels le face à face est binaire avec, d’un côté, les « gentils » et, de l’autre, les « méchants », Le feu sacré introduit une troisième catégorie de protagonistes, les politiques et l’administration. Une catégorie beaucoup plus floue, avec des politiques qui, sincèrement ou non, semblent être du côté des « gentils », mais dont les décisions et les actions sont contrecarrées par leur propre administration, gangrénée par les actions de lobbying menées par les « méchants ». Quant à vous raconter la fin de l’histoire, pas question : on laisse entier le suspens ! Et puis, dans le contexte dans lequel se déroule cette histoire, cette fin est forcément provisoire.

Des épines dans les pieds des gouvernements successifs

Les problèmes rencontrés par la sidérurgie française ne sont pas nouveaux, dus à la fois à ce qui se passe au niveau des débouchés, aux délocalisations et à la concurrence livrée par des pays comme la Chine et l‘Inde. En fait, depuis plusieurs dizaines d’années, ces problèmes représentent des épines dans les pieds des gouvernements successifs. On aurait toutefois pu penser que l’aciérie Ascoval basée à Saint-Saulve, près de Valenciennes, ne ferait pas partie de ce problème récurrent : une usine quasiment neuve, travaillant sur le recyclage des ferrailles, une matière première prélevée à proximité de l’usine et qui, sans ce recyclage, représenterait du déchet non valorisé ; une usine équipée de fours électriques émettant 10 fois moins de CO2 par tonne d’acier produite qu’une aciérie intégrée. C’était compter sans les raisonnements à court terme que peuvent tenir les multinationales, toujours plus prompts à satisfaire leurs actionnaires qu’à penser à l’avenir de notre planète.

Une belle galerie de personnages

Comme tout bon film, Le feu sacré nous présente une galerie de personnages particulièrement bien interprétés et ce n’est pas parce qu’ils interprètent leurs propres rôles qu’il faut mésestimer leurs prestations. Cédric Orban, par exemple, le Directeur de l’usine, un homme qui n’a jamais baissé les bras, qui a toujours refusé la demande venant de repreneurs potentiels de commencer par faire un plan social : on aimerait tant que tous les Directeurs d’usine lui ressemblent ! Nacim Bardi et Olivier Burgnies, les deux représentants syndicaux, respectivement CGT et CFDT, bien loin des personnages caricaturaux qu’on aime trop souvent nous montrer dans la position qui est la leur. Bruno Lemaire et, surtout, Xavier Bertrand, des politiques qui, oh surprise, donnent l’impression d’être sincères. Malheureusement, mais c’est compréhensible, il n’y a que les « méchants » qu’on ne rencontre pas dans Le feu sacré.

Conclusion

Grâce à la galerie de personnages qu’il permet de rencontrer, grâce aux rebondissements qui ne cessent de se succéder, grâce aux qualités d’un réalisateur qui sait laisser parler ses interlocuteurs et capter la beauté sauvage d’une usine de sidérurgie, Le feu sacré est un magnifique documentaire tout en s’avérant aussi passionnant que les meilleures fictions en matière de suspens.

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