Critique : Amelia’s Children

0
586

Amelia’s Children

Portugal, 2023
Titre original : A semente do mal
Réalisateur : Gabriel Abrantes
Scénario : Gabriel Abrantes
Acteurs : Brigette Lundy-Paine, Carloto Cotta, Anabela Moreira et Alba Baptista
Distributeur : Le Pacte
Genre : Horreur / Interdit aux moins de 12 ans
Durée : 1h32
Date de sortie : 31 janvier 2024

3/5

En termes de films d’horreur, mieux vaut savoir le moins possible sur les revirements de l’intrigue et les séquences les plus choquantes, afin d’en tirer une jouissance maximale. On va donc tenter de vous dévoiler le moins d’éléments du scénario de Amelia’s Children, le premier long-métrage que Gabriel Abrantes a réalisé seul, six ans après le déjà très curieux Diamantino. Toujours est-il que la bande-annonce française a de quoi vous induire en erreur. Car les recettes de la terreur ne sont pas ici celles des films d’horreur contemporains et tout à fait interchangeables, qui pullulent sur nos écrans, petits et grands, mais davantage celles, plus anciennes, de l’épouvante.

La tension y naît d’une ambiance malsaine, voire de suppositions, et moins d’effets grandiloquents à la vulgarité ostentatoire. Et même si l’on sait à peu près à quoi s’en tenir à la fin – et encore … –, c’est comme souvent dans les films d’horreur raisonnablement efficaces le chemin semé de frayeurs qui prime sur l’affrontement final sanguinolent.

En arrière-plan, Amelia’s Children s’évertue à raconter l’histoire de rapports fort boiteux entre les sexes. D’un côté, ce sont les femmes qui la font avancer par leur dessein machiavélique ou bien parce qu’elles sont la proie facile, quoique nullement docile, de cette même machination. Et de l’autre, les hommes, qui se résument en fait à trois incarnations de Carloto Cotta, y sont réduits au simple rôle de faire-valoir, des objets sexuels à la solde de rites anciens que le récit se garde soigneusement de trop expliciter. D’où une frustration toute relative face à quelques incohérences scénaristiques, qui sont amplement compensés par cette relecture passablement féministe de codes du genre, qui n’ont pas toujours défendu la cause des femmes, bien au contraire.

© 2023 Artificial Humors / Le Pacte Tous droits réservés

Synopsis : Malgré l’amour inconditionnel de sa copine Riley, Ed a toujours ressenti un vide existentiel en lui. Enfant adoptif, il n’a jamais su qui étaient ses parents biologiques. Grâce à son cadeau d’anniversaire de la part de Riley, une machine qui analyse le code génétique des participants, il apprend qu’il a un frère, Manuel, au Portugal. Le couple ne tarde alors pas à s’envoler vers l’Europe, afin de résoudre ce vieil énigme des origines d’Ed. L’accueil chaleureux dans un grand domaine ancestral fait alors place à des incidents pour le moins bizarre, qui font que Riley se sent de plus en plus mal à l’aise.

© 2023 Artificial Humors / Le Pacte Tous droits réservés

Sous réserve que l’on n’ait pas encore vu les autres films en compétition au dernier Festival de Gérardmer, aventurons-nous à affirmer que Amelia’s Children n’a point volé son prix du jury. C’est un film d’horreur drôlement efficace, sans fioriture, ni vérité profonde. Un divertissement solide en somme, qui a su provoquer chez nous deux, trois frissons insoupçonnés. Ainsi que quelques moments de rigolade parmi le public de la Cinémathèque Française, visiblement réceptif au second degré savamment dosé par lequel se distingue la mise en scène de Gabriel Abrantes. Inutile en effet de prendre au sérieux cette histoire abracadabrante, aux motivations aussi peu définies que les actes barbares qu’elles génèrent. La véritable maestria narrative réside dès lors dans la capacité à nous faire adhérer à un enchaînement de séquences certes troublantes, mais rarement suivies d’actions à la hauteur de cette mise en bouche adroite.

On est donc prêt à pardonner le double emploi du dispositif usé jusqu’à la corde du délire onirique, tout comme celui d’une bande son parfois un peu trop intrusive. Pourtant, l’un comme l’autre s’intègrent parfaitement dans un flux narratif constamment à l’affût du moindre excès. Ce n’est pas tant ce que nous voyons qui nous terrorise que la réaction des personnages, terrifiés à leur tour jusqu’à perdre conscience. La force suggestive suffit alors à maintenir la tension, là où un examen plus approfondi des tenants et des aboutissants de l’intrigue en aurait certainement révélé les failles béantes. Mais n’est-ce pas cela un bon film d’horreur après tout, celui qui maîtrise l’esbroufe à tel point qu’on oublie de se soucier du bien-fondé des forces maléfiques en présence ?

© 2023 Artificial Humors / Le Pacte Tous droits réservés

Autre volet remarquable de Amelia’s Children : la guerre pas si subtile que s’y livrent les personnages masculins et féminins. Pour les premiers, l’analyse n’a guère besoin d’aller plus loin que de constater que le sublime Carloto Cotta y incarne avant tout un objet sexuel ou en tout cas sexualisé. Dans ses différentes variations, il s’agit d’une image de l’homme machiste et en même temps fermement resté dans les jupes de sa mère. La face portugaise de la même médaille se complaît dans des poses qui tirent leur inspiration d’un imaginaire de bûcheron meurtrier. Tandis que son pendant américain se recroqueville de plus en plus sur la posture de pion, trimballé sans trop de volonté propre d’une femme de sa vie à l’autre, au gré des batailles que celles-ci se livrent d’une manière de moins en moins cachée.

Ce qui nous amène à une petite panoplie de personnages féminins globalement détonnante, à commencer par l’héroïne. Au début un simple fournisseur de moyens d’investigation (la machine à ADN) et de communication (les dispositifs de traduction plus ou moins sophistiqués), elle se trouve assez tôt au cœur d’une intrigue de manipulation, qui lui échappe irrémédiablement. Le jeu très investi et pourtant nullement hystérique de Brigette Lundy-Paine garantit une lucidité et une autonomie à son personnage, sans lesquelles l’intrigue tout entière aurait pu chavirer dans le grand n’importe quoi. Car cette grandiloquence-là est bel et bien présente parmi ses antagonistes, que le pari d’un maquillage volontairement outrancier nous a fait prendre pour une seule et unique actrice.

Or, Alba Baptista en Amélia jeune et Anabela Moreira dans son incarnation décrépite confèrent à cette sorcière finalement pas si intemporelle une dimension tragique du plus bel effet. Et une source de moquerie habilement amenée, comme pour mieux souligner avec une dose d’ironie savoureuse à quel point tout ce spectacle extravagant n’engage que ceux et celles qui osent y croire.

© 2023 Artificial Humors / Le Pacte Tous droits réservés

Conclusion

Alors que nous n’avons plus mis les pieds dans les Vosges au mois de janvier depuis une dizaine d’années, Amelia’s Children nous inspire néanmoins une douce nostalgie du Festival de Gérardmer. Le film de Gabriel Abrantes en est le fruit par excellence, c’est-à-dire un film d’horreur rondement mené, qui n’invente rien, mais qui sait nous maintenir en haleine en dépit des ressorts fantasques de son intrigue. Ajoutez-y le toujours très charismatique Carloto Cotta et trois actrices à la prestation particulièrement saisissante et vous vous retrouverez avec un film d’horreur des plus distrayants.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici