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Critique : 28 ans plus tard Le Temple des morts

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28 ans plus tard Le Temple des morts

Royaume-Uni, États-Unis, Canada, 2026
Titre original : 28 Years Later The Bone Temple
Réalisatrice : Nia DaCosta
Scénario : Alex Garland
Acteurs : Ralph Fiennes, Jack O’Connell, Alfie Williams et Chi Lewis-Parry
Distributeur : Sony Pictures Entertainment France
Genre : Horreur / Interdit aux moins de 16 ans
Durée : 1h49
Date de sortie : 14 janvier 2026

2,5/5

Dans la vie, tout est cyclique : les saisons, les épidémies et les modes. Au cinéma, ces dernières ont d’abord tendance à s’emballer, avant de perdre tôt ou tard de leur vigueur et d’intérêt. Face à ce quatrième opus de l’univers créé au début du siècle par 28 jours plus tard de Danny Boyle, on ne sait pas exactement où on en est. Certes, on ne peut qu’admirer l’efficacité avec laquelle les producteurs, Boyle en tête, ont façonné ce nouvel épisode qui est sorti en salles six mois à peine après 28 ans plus tard. Une accélération notable, voire extrême du rythme qui risque de faire de 28 ans plus tard Le Temple des morts guère plus qu’une réplique du film précédent.

Et effectivement, il ne nous viendrait jamais à l’esprit de considérer le cinquième long-métrage de Nia DaCosta comme un ajout majeur à ce monde apocalyptique et pourtant passablement réaliste, où l’humanité doit constamment lutter pour sa survie. Pour cela, il lui manque un ingrédient essentiel, qui avait pu nous tenir en haleine lors de la découverte des deux premiers films et de tous ceux qui se sont évertués à exploiter le même filon depuis.

Cette impression tenace d’une œuvre de transition – le temps que Danny Boyle daigne reprendre les rênes autrement qu’en tant que producteur – se manifeste surtout par l’absence hautement préjudiciable d’une menace vitale. Si quelqu’un voudrait bien faire le calcul des humains tués sauvagement par les cousins de zombies dans chaque film de la série, il ne nous surprendrait pas du tout que leur nombre soit le plus bas dans cette histoire-ci. Et de loin. En effet, le danger dans ce monde au nihilisme lénifiant provient d’abord des autres humains, le tissu social s’étant définitivement évaporé au profit d’un individualisme forcené. Dès lors, c’est plus que jamais chacun pour soi et selon ses croyances désormais dépourvues de fondement, quitte à s’entre-tuer avec un cynisme qui justifie à lui seul l’interdiction en France aux spectateurs âgés de moins de seize ans.

En aparté de la croisade sanguinaire que le gourou interprété par Jack O’Connell mène sans états d’âme, le vaillant docteur que Ralph Fiennes campe pour le deuxième film de suite a par conséquent tout loisir de philosopher sur un improbable avenir où les hommes et les mutants infectés pourraient vivre en harmonie. Ce qui représente un raisonnement et des enjeux scénaristiques assez atypiques pour ce type de film, conçus pour que le sang y coule à flots. Or, le revers de la médaille est indéniablement que cet enchaînement assez mou de séquences et de fils narratifs ne suscite à aucun moment une quelconque urgence d’agir. Il s’agit juste d’un observatoire cinématographique de l’apathie des personnages – compréhensible après tant d’années vécues dans un statu quo de barbarie moderne – qui risque parfois un peu trop de se propager à nous.

© 2026 Miya Mizuno / TSG Entertainment / Columbia Pictures / Sony Pictures Entertainment France Tous droits réservés

Synopsis : Vingt-huit ans après qu’un virus a transformé l’immense majorité des humains en mutants hautement agressifs, les poches de résistance humaine restent très rudimentaires. Le chef de gang Sir Lord Jimmy Crystal accomplit sans pitié sa mission satanique de faire sacrifier un maximum d’hommes et de femmes par sa bande de jeunes acolytes. En comparaison, le quotidien du docteur Ian Kelson est infiniment plus pacifique et solitaire. Il a érigé un monument aux morts fait d’ossements. Et il a réussi à apprivoiser tant soit peu le mutant alpha Samson, dépendant de la morphine que le médecin lui administre.

© 2026 Miya Mizuno / TSG Entertainment / Columbia Pictures / Sony Pictures Entertainment France Tous droits réservés

Tandis que les deux premiers films de l’univers imaginé il y a déjà près d’un quart de siècle par le scénariste Alex Garland faisaient office de chronique crépusculaire de notre civilisation en pleine déroute, 28 ans plus tard Le Temple des morts est clairement conté depuis le point de vue de l’après. Tout y paraît figé et glauque. Le cataclysme n’y fait plus cauchemarder personne, grâce à la répartition claire et nette de l’espace, vaguement vivable d’un côté et à risque de l’autre. Le monde d’avant, quant à lui, ne s’y efface pas seulement du paysage, mais également de la mémoire de ceux assez âgés pour pouvoir s’en souvenir. Et puis, à quoi bon ressasser un passé qu’il est impossible de ressusciter sous quelque forme que ce soit ? Sauf que le nouvel ordre de ce monde déréglé a par définition du mal à s’imposer. D’où un certain flottement et même un soupçon de vacuité du propos du film.

Le vide des valeurs laisse par contre une place considérable à toutes sortes de scènes de torture, elles aussi parfaitement gratuites dans un monde où la survie n’est garantie pour personne. A l’exception de la figure quasiment messianique du docteur Kelson, tout un chacun s’emploie donc à massacrer à la chaîne des mutants – à peine plus dangereux ici que des prédateurs cachés dans la forêt – et à faire globalement de même avec des humains qui oseraient empiéter sur la philosophie de survie singulière, propre à chaque personnage d’une certaine envergure. Dans cette ambiance plombante, faite de désespoir et de résignation, le discret protagoniste aux traits d’ermite aurait pu faire la différence. Bien que les yeux intenses de Fiennes traduisent encore une sensibilité et une vivacité hors sol dans ces terres hantées par la mort, la nature même de son personnage s’avère plus floue et difficile à cerner. Comme au fond l’ensemble de ce film fâcheusement inégal.

© 2026 Miya Mizuno / TSG Entertainment / Columbia Pictures / Sony Pictures Entertainment France Tous droits réservés

Car au bout d’un temps de film considérable, au cours duquel Sir Lord Jimmy terrorise gaiement ce qui reste de la population locale et Kelson prend le risque de planer au bord de l’eau en compagnie de son nouveau pote sauvage, le récit bascule soudainement du côté de l’inattendu. Ce sont essentiellement deux séquences qui sont à autant de doigts de sauver le film de Nia DaCosta de sa triste torpeur. Lors de la première, les discours respectifs des deux personnages principaux sont sobrement mis devant leurs contradictions. Pas à travers un affrontement musclé, ni une course poursuite haletante à travers des sous-bois minés par les porteurs du virus. Non, il suffit d’un échange verbal calme et presque respectueux pour rappeler les enjeux de cette histoire-ci en particulier et du microcosme suffocant de l’univers filmique dans son ensemble. Certes, ce sursaut d’un semblant de vie sociale apaisée est de courte durée. Mais il nous paraît très poignant en contraste avec ce qui a précédé et encore plus par rapport à ce qui va suivre.

La dimension spectaculaire du ton du film, assez modeste jusque là, monte alors brutalement d’un cran, quand Kelson met en scène son numéro de prestidigitateur satanique, censé bluffer les jeunes disciples de Sir Lord Jimmy et satisfaire les exigences violentes de celui-ci. Sans crier gare, la réalisation gagne en vigueur et nous ferait presque croire que, dans ce monde terne et funeste, le divertissement tonitruant soit encore en mesure de créer l’illusion. Évidemment, il n’en est rien et les grandes manœuvres d’esbroufe du scientifique finissent inexorablement par être brisées par le mot d’ordre dominant du récit, la violence. Cependant, la route est d’ores et déjà préparée pour le troisième épisode dans la série des 28 ans plus tard, par le biais de l’épilogue avec un Cillian Murphy prêt à reprendre du service pour sauver ce qu’il reste à sauver de ce monde gangrené de toutes parts.

© 2026 Miya Mizuno / TSG Entertainment / Columbia Pictures / Sony Pictures Entertainment France Tous droits réservés

Conclusion

Le temps n’est pas tellement le meilleur allié de 28 ans plus tard Le Temple des morts. La sortie très rapprochée du film de Nia DaCosta de celui que Danny Boyle avait réalisé quelques mois plus tôt invite forcément à la comparaison. Et même si, comme nous, vous avez raté cette première incursion dans l’Angleterre sous le joug des mutants depuis des générations, cette suite un peu bancale manquera probablement de vous enthousiasmer. La faute avant tout à une structure narrative largement anémique en termes de centre de gravité dramatique, susceptible de nous tenir en haleine, voire de nous traumatiser comme 28 jours plus tard avait su si bien le faire. Restent les prestations doucement résignée de la part de Ralph Fiennes et nullement dupe de sa propre imposture par Jack O’Connell. Elles confèrent malgré tout un peu de saveur à ce réchauffé d’une recette qui commence à montrer de sérieux signes de fatigue.

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